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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403625

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403625

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403625
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, Mme C D, représentée par Me Almairac, demande au juge des référés :

1°) de l admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ou au préfet des Alpes-Maritimes ou au de lui attribuer un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII ou de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Almairac en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 laquelle renonce par avance, à percevoir la contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle est arrivée en France en septembre 2021 pour déposer une demande d'asile ; elle est en possession d'une d'attestation pour demandeur d'asile, valable jusqu'au 21 novembre 2024 ; elle est convoquée à la CNDA le 10 juillet 2024 ;

- elle est isolée, malade, sans hébergement et s'est échappée du réseau de prostitution dans lequel elle était soumise en Italie ; ses proxénètes l'ont retrouvée à Bordeaux et elle a porté plainte le 16 mai 2024 ; son état de santé physique et psychologique est incompatible avec une vie dans la rue ;

- en ne lui attribuant aucun logement, l'OFII et le préfet des Alpes-Maritimes ont porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'exercice du droit d'asile et au droit à un hébergement d'urgence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que :

-il est confronté à une saturation de son dispositif d'accueil dans les Alpes-Maritimes;

-l'intéressée ne démontre pas avoir sollicité en vain à plusieurs reprises un hébergement d'urgence ; elle n'établit pas davantage que son état de santé physique et psychologique serait fragile ni qu'elle présenterait unbesoin urgent d'adaptation en raison d'une vulnérabilité médicale caractérisée ;

-elle bénéficie de l'accompagnement social qui lui est nécessaire auprès de la SPADA ; elle bénéficie de l'allocation pour demandeur d'asile ;

-le moyen tiré de la méconnaissance de la directive 2013/33/UE est inopérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que l'intéressée ne justifie pas que sa situation relèverait d'une extrême urgence ni qu'une carence de l'administration dans le cadre de son hébergement l'exposerait à des conséquences immédiates d'une extrême gravité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024 à 15h30 :

- le rapport de Mme B, assistée de Mme Katarynesuk, greffière.

- et les observations de Me Guegon, substituant Me Almairac, représentant Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par () la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'OFII :

3. Aux termes de l'article L.551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L.552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L.348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L.322-1 du même code ". Enfin, aux termes de l'article L.552-8 dudit code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ".

4. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L.521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Dans cette hypothèse, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier au regard de la situation du demandeur d'asile et en tenant compte des moyens dont dispose l'administration et des diligences qu'elle a déjà accomplies.

5. Mme D, ressortissante de nationalité nigériane, demande qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui fournir un hébergement d'urgence en raison de son extrême vulnérabilité résultant de sa condition de femme isolée et de ses problèmes de santé et pour la mettre à l'abri des menaces que ses anciens proxénètes font peser sur sa sécurité. Il est constant que Mme D, qui est convoquée à la CNDA le 10 juillet 2024, bénéficie de l'assistance de la structure du premier accueil des demandeurs d'asile et perçoit l'allocation pour demandeur d'asile. Par la production de deux certificats médicaux datant de plusieurs mois et faisant état de ce qu'elle souffre de lithiases rénales, l'intéressée ne justifie pas que son état de santé la place dans un état de détresse et de vulnérabilité extrême. Elle n'établit pas davantage, en l'absence notamment de production de tout dépôt de plainte, être l'objet de menaces de la part des proxénètes du réseau de prostitution en Italie dont elle allègue s'être enfuie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, l'absence d'octroi d'un hébergement d'urgence par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui est confronté à une saturation de son dispositif d'accueil dans les Alpes-Maritimes avec plus de 1 300 personnes seules en attente d'hébergement, ne constitue pas une carence constitutive d'une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale. La demande dirigée contre l'OFII doit dès lors être rejetée.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le préfet des Alpes-Maritimes :

6. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 ". Aux termes de l'article L. 345-1 du même code : " Bénéficient, sur leur demande, de l'aide sociale pour être accueillies dans des centres d'hébergement et de réinsertion sociale publics ou privés les personnes et les familles qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques, familiales, de logement, de santé ou d'insertion, en vue de les aider à accéder ou à recouvrer leur autonomie personnelle et sociale () ".

7. Pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, la requérante, qui n'établit pas avoir sollicité en vain à plusieurs reprises un hébergement d'urgence en appelant le 115, ne peut être regardée comme étant en situation de détresse au sens de l'article L. 345-2-2 précité du code de l'action sociale et des familles. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre le préfet des Alpes-Maritimes doivent être rejetées.

8. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que celles à fin d'injonction, d'astreinte et au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Almairac.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 8 juillet 2024.

La juge des référés

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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