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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404099

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404099

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404099
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Almairac, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui attribuer, pour elle et sa famille, un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à Me Almairac, laquelle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie du fait de la situation d'extrême vulnérabilité et précarité de la famille caractérisée compte tenu, notamment, de la présence au sein de la cellule familiale d'un enfant atteint d'une paralysie cérébrale et souffrant de tétraplégie accompagnée d'épilepsie et ayant subi une intervention chirurgicale, en dernier lieu, le 8 juillet 2024 ; en outre, la famille a été expulsée du logement dont elle bénéficiait en qualité de demandeur d'asile et aucun autre hébergement ne leur a été accordé ;

- l'absence d'hébergement d'urgence porte par une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, lequel constitue également une liberté fondamentale.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 25 juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie dès lors que la demande d'asile des requérants a été rejetée, qu'une demande d'expulsion de leur hébergement en CADA leur a été signifiée suite au rejet de leur demande d'asile, qu'ils font l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français de sorte qu'ils sont sans droit ni titre et n'ont pas vocation à se maintenir sur le territoire français ;

- il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale du droit à un hébergement d'urgence dès lors que le dispositif d'accès à un hébergement d'urgence est saturé et qu'il est normal que d'autres familles en état de vulnérabilité et dans l'attente d'une décision sur leur droit au séjour soient prioritaires au regard des requérants qui se trouvent sans aucun droit au séjour sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mélanie Moutry, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024 à 15h00, en présence de Mme Bianchi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Moutry, juge des référés ;

- les observations de Me Almairac, pour la requérante, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent ni représenté à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne, est entrée en France accompagnée de son conjoint et de leurs trois enfants aux fins de demander l'asile. Ils ont bénéficié, durant l'examen de leur demande d'asile, d'un logement en CADA. Leur demande d'asile ayant été rejetée, il leur a été ordonné, par ordonnance du 1er juillet 2024 de quitter l'hébergement avant le 3 août 2024. Mme B, face à l'imminence de l'échéance à laquelle sa famille doit quitter l'hébergement, demande au juge des référés, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui attribuer, pour elle et sa famille, un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A B, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Il résulte de l'instruction que Mme B est entrée sur le territoire français accompagnée de son conjoint et de leurs trois enfants mineurs aux fins de demander l'asile. Durant l'examen de leur demande d'asile, la famille a bénéficié d'un hébergement en CADA. Une fois leur demande d'asile rejetée, l'expulsion de la famille a été sollicitée et il y a été fait droit par ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 1er juillet 2024. La famille est ainsi contrainte de quitter l'hébergement dont elle bénéficiait au titre de l'asile avant le 3 août 2024. Il résulte également de l'instruction que la cellule familiale comprend un enfant mineur souffrant de paralysie cérébrale de type tétraplégie spastique majorée aux membres inférieurs et surtout à l'hémicorps gauche qui ne peut que se déplacer qu'en fauteuil roulant au vu de son incapacité à se tenir debout ou assis de manière stable et qui a subi, le 8 juillet 2024, une intervention chirurgicale aux fins de traiter une luxation de la hanche gauche entrainant une période de convalescence de 6 mois. Par suite, quand bien même la famille se trouverait en situation irrégulière sur le territoire français, la requérante et sa famille se trouvent dans une situation d'extrême vulnérabilité et précarité. Par conséquent, compte tenu de l'imminence de l'échéance donnée par l'ordonnance du présent tribunal pour quitter les lieux et de la situation d'extrême vulnérabilité de la famille, la condition d'urgence particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

6. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que Mme B a bénéficié pour elle et sa famille composée de son conjoint et de leurs trois enfants mineurs d'un hébergement le temps de l'examen de leur demande d'asile et que suite au rejet de cette dernière, il leur a été ordonné de quitter l'hébergement mis à leur disposition avant le 3 août 2024. La famille, sans ressource, se retrouve ainsi sans solution d'hébergement. Par ailleurs, il est constant que la cellule familiale comprend trois enfants mineurs dont l'un est polyhandicapé et vient de subir une intervention chirurgicale entrainant une période de convalescence de six mois. En outre, le préfet des Alpes-Maritimes, qui ne conteste pas sérieusement la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve la requérante et sa famille et qui n'établit pas qu'il ne disposerait pas des moyens requis pour assurer la prise en charge des requérants et de leurs trois enfants, se borne à faire valoir l'absence de droit au séjour de la famille alors que le bénéfice du dispositif d'hébergement d'urgence n'est pas conditionné à la régularité du séjour en France des bénéficiaires mais ouvert à toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Par conséquent, compte tenu de toutes ces circonstances, le préfet des Alpes-Maritimes doit être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, qui constitue une liberté fondamentale.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de désigner à Mme B un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir avec son mari et ses trois enfants et notamment celui souffrant d'un handicap moteur l'obligeant à se déplacer en fauteuil roulant, ceci dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Almairac, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Almairac d'une somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à son profit.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de désigner à Mme B un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir avec son mari et ses enfants dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai.

Article 3 : L'Etat versera à Me Almairac une somme de 900 euros en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle et sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où Mme B ne serait pas admise au bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros lui sera versée en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Almairac et à la délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice le 26 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

M. Moutry

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

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