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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404633

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404633

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404633
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantALMAIRAC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme E tendant à obtenir un hébergement d'urgence pour elle-même et sa fille. La requérante, ressortissante géorgienne en situation irrégulière, avait été expulsée d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile après le rejet définitif de sa demande d'asile. Le juge a considéré que la situation de détresse invoquée résultait exclusivement du refus de la famille de quitter le territoire et d'accepter l'aide au retour proposée, ce qui faisait obstacle à ce que l'atteinte au droit à l'hébergement d'urgence soit regardée comme grave et manifestement illégale. La demande a été rejetée comme manifestement mal fondée en application de l'article L.522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2024, Mme A E, représentée par Me Almairac, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes de lui attribuer, ainsi qu'à sa famille, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, un hébergement d'urgence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Almairac, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve contrainte de vivre dans la rue avec sa fille mineure âgée de trois ans, depuis leur expulsion le 12 août 2024 du logement d'accueil d'urgence qu'ils occupaient, en exécution d'une ordonnance n°2400054 rendue le 29 janvier 2024 par le juge des référés du tribunal de céans à la demande du préfet des Alpes-Maritimes ;

- elle est mère isolée, depuis que le père de son enfant les a abandonnés avec sa fille âgée de trois ans ;

- elle a sollicité à plusieurs reprises un hébergement d'urgence, en vain ;

- par jugement n°2401046 du 18 avril 2024, le tribunal de céans a annulé l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination et enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, au motif que son fils, D F né le 14 février 1997, est atteint d'une maladie grave, qu'il est reconnu personne handicapée par la maison départementale de l'autonomie des Alpes-Maritimes et qu'il est titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " jusqu'au 8 mai 2024 ; qu'une procédure d'exécution de ce jugement a été ouverte ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement d'urgence, en méconnaissance des articles L.345-2 et L.345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que sa famille et elle se trouvent dans une situation de détresse sociale, sans ressources, ni hébergement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du code de justice administrative : " Art. L.521-2. - Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. Art. L.522-1. - Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (). Art. L.522-3. - Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Il résulte de l'instruction que M. B C et Mme A E, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1965 et 1977, sont entrés en France le 6 juillet 2022 accompagnés de leur enfant. Par une décision du 22 août 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a admis les intéressés au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA). Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions rendues le 28 février 2023 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décisions confirmées les 26 juin et 3 juillet 2023 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). La famille G étant logée dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Nice géré par la fondation de Nice PSP-Actes, par une décision du 18 juillet 2023, l'OFII a mis fin à cet hébergement. Les intéressés s'étant maintenus dans lesdits locaux, malgré la mise en demeure du préfet des Alpes-Maritimes du 15 septembre 2023, notifiée aux intéressés le 9 novembre suivant, de les quitter dans un délai de quinze jours, le juge des référés du tribunal de céans saisi par le préfet des Alpes-Maritimes a, par ordonnance n°2400054 rendue le 29 janvier 2024, ordonné l'expulsion de la famille G, laquelle expulsion aurait effectivement eu lieu le 12 août 2024 selon les dires de la requérante.

3. M. C et Mme E ayant, le 20 juillet 2023, refusé l'aide au retour dans leur pays d'origine proposée par l'OFII, avant leur expulsion du logement d'accueil d'urgence qu'ils occupaient indûment, la requérante qui vient d'être expulsée avec sa fille à la demande de l'Etat (préfet des Alpes-Maritimes) doit être regardée comme se trouvant exclusivement à l'origine de la situation de précarité et de vulnérabilité dont elle se prévaut aujourd'hui pour demander à son tour, la condamnation de l'Etat (préfet des Alpes-Maritimes) à lui procurer ainsi qu'à sa famille, un nouveau logement d'accueil d'urgence. Dès lors que, dépourvue de tout titre de séjour, il lui appartenait, bien avant son expulsion, grâce à l'aide proposée par l'OFII, de retourner avec sa famille dans son pays d'origine, Mme E n'est fondée à se prévaloir, ni de l'urgence requise par les dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative précité, ni de l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale par l'Etat (préfet de Alpes-Maritimes) auquel il ne saurait, en tout état de cause, être reproché auprès du juge administratif, un refus d'hébergement d'urgence, après que la même autorité administrative ait été autorisée peu de temps auparavant par la même juridiction à expulser les mêmes personnes d'un hébergement d'urgence.

4. Dès lors, le préfet des Alpes-Maritimes n'ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à aucune liberté fondamentale, la requête de Mme A E doit, par suite, être rejetée, par application de l'article L.522-3 précité du code de justice administrative, ensemble ses conclusions formulées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire et des articles L.761-1 du même code et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E et à Me Almairac.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice le 21 août 2024.

Le juge des référés

signé

G. Taormina

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

N°2404633

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