jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2405423 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, la société anonyme (SA) Aéroports de la Côte d'Azur, représentée par Me Deur, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à M. A B et de tous occupants de son chef, de libérer les locaux " ferme 2 " situés au 245 avenue Francis Tonner à Cannes (06150), dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai et, en cas d'inexécution, d'en ordonner l'expulsion, au besoin avec le concours de la force publique ;
2°) de condamner M. A B à lui payer la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'il est impératif d'assurer le bon fonctionnement du service public ; or, l'occupation irrégulière, sans droit ni titre, compromet la sécurité publique aéroportuaire et la sûreté de la plateforme ; les occupants encourent eux-mêmes de graves dangers, les locaux occupés étant situés à proximité immédiate des pistes ;
- il est impossible de réhabiliter les locaux occupés irrégulièrement ; entrés dans les locaux par voie de fait, les occupants ne peuvent pas bénéficier du sursis de la mesure d'expulsion.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 :
- le rapport de M. Taormina, juge des référés,
- et les observations de Me Audoli, substituant Me Deur, représentant la société Aéroports de la Côte d'Azur.
M. B n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L.521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". L'autorité propriétaire ou gestionnaire du domaine public est recevable à demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier du domaine public. Il appartient au juge des référés de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
2. La société Aéroports de la Côte d'Azur est concessionnaire de l'aérodrome de Cannes-Mandelieu. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion d'une visite du site, il a été constaté par le personnel de l'aéroport, puis par constat de commissaire de justice du 6 septembre 2024, que M. B occupe un bâtiment, provisoirement désaffecté, communément nommé " La Ferme 2 ", situé sur le domaine public aéroportuaire. Il est constant que cet occupant ne dispose d'aucun titre pour occuper le domaine public, de sorte que la mesure d'expulsion demandée par la société concessionnaire de l'aéroport de Cannes-Mandelieu ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
3. La présence de personnes non autorisées sur le domaine public aéroportuaire ne permet pas de vérifier que les règles de sécurité particulières auxquelles sont astreintes toutes entités qui s'établissent en zone de sécurité aéroportuaire soient respectées. Il résulte de l'instruction et notamment des photographies versées au dossier par la société requérante, que les lieux occupés se situent à proximité immédiate d'une piste et de bâtiments et hangars des avions. Il ressort, par ailleurs, des constats cités au point précédent, que les lieux occupés, totalement insalubres, qui ne sont plus affectés au logement des personnes, présentent un caractère dangereux en raison de l'état d'abandon dans lequel ils se trouvent. Ainsi, la mesure d'expulsion sollicitée revêt, dans ces conditions, les caractères d'utilité et d'urgence exigés par l'article L.521-3 du code de justice administrative.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B et tout autre occupant de son chef, de libérer le domaine public aéroportuaire irrégulièrement occupé dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai. A l'expiration du même délai de huit jours, à défaut pour M. B et de tout occupant de son chef, d'avoir libéré les lieux, il pourra être procédé à leur expulsion, avec le concours de la force publique si nécessaire, au besoin avec l'assistance d'un serrurier. Les dispositions de l'article L. 613-1 du code de la construction et de l'habitat et celles des articles L. 412-3 et suivants du code des procédures civiles d'exécution relatives à la " trêve hivernale " ne sont pas applicables, dès lors que M. B s'est installé par voie de fait dans les locaux qu'il occupe sans droit ni titre.
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B, au profit de la société Aéroports de la Côte d'Azur, une somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. A B ainsi qu'à tout occupant de son chef de libérer les locaux situés sur le domaine public aéroportuaire au 245 avenue Francis Tonner à Cannes, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai. En cas d'inexécution de la présente ordonnance à l'expiration de ce délai, il pourra être procédé à l'expulsion des occupants si nécessaire avec le concours de la force publique et en tant que besoin avec l'aide d'un serrurier.
Article 2 : Il est mis à la charge de M. B, au profit de la société Aéroports de la Côte d'Azur, une somme de 1 000 euros, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Aéroports de la Côte d'Azur et à M. A B.
Copie en sera adressée à la commune de Cannes et au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice le 17 octobre 2024.
Le juge des référés
signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
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