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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405754

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405754

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405754
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la demande de Mme A visant à suspendre la décision du sous-préfet de Grasse accordant le concours de la force publique pour son expulsion. Le juge estime que l'urgence n'est pas caractérisée, la requérante s'étant placée elle-même dans cette situation en contestant tardivement l'ordonnance d'expulsion et en ne justifiant pas de sa vulnérabilité ou de démarches de relogement. Il rappelle que l'administration peut refuser la force publique pour des motifs impérieux d'ordre public ou de dignité humaine, mais qu'en l'espèce, aucune circonstance postérieure à la décision judiciaire ne démontre une atteinte à la dignité. La requête est donc rejetée comme manifestement mal fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Farrugia, doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la décision du sous-préfet de l'arrondissement de Grasse du 17 septembre 2024 accordant à la SA Erilia le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de son logement situé 7 rue Laty à Vallauris à compter du 18 octobre 2024.

Elle soutient que :

- la situation est urgente dès lors qu'elle élève seule son fils qui est en très bas âge et qu'elle a désormais réglé tous ses loyers ;

- il est porté atteinte à son droit au logement.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier-Aubert, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la décision du sous-préfet de l'arrondissement de Grasse du 17 septembre 2024 accordant à la SA Erilia le concours de la force publique à compter du 18 octobre 2024.

2. L'article L. 521-2 du code de justice administrative dispose que : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 de ce code prévoit que le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans des délais particulièrement brefs.

3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. Les modalités d'évaluation de la réparation due au propriétaire en cas de refus du concours de la force publique afin d'exécuter une mesure d'expulsion sont précisées par décret en Conseil d'Etat".

4. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonnée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par une ordonnance du juge des référés du 16 janvier 2024 du tribunal de proximité d'Antibes, il a été ordonné l'expulsion de Mme A de son logement et de tous occupants dans le délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement d'avoir à libérer les lieux. La requérante fait valoir qu'elle a fait appel de cette ordonnance le 16 octobre 2024 et réglé l'ensemble de ses arriérés de loyer. La requérante n'a introduit la présente requête que le 17 octobre 2024, soit la veille de la date à laquelle la force publique a été accordée et n'a contesté l'ordonnance précitée du juge des référés du tribunal de proximité d'Antibes que 9 mois après qu'elle soit rendue se plaçant elle-même dans une situation d'urgence. Son appel formé devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence n'a aucun effet suspensif s'agissant d'une ordonnance du juge des référés " exécutoire à titre provisoire ". Mme A qui allègue qu'elle élève seule un enfant en très bas âge, ne produit aucun élément précis et probant sur sa situation familiale et financière et sur ses démarches infructueuses pour se reloger. La requérante ne fait par ailleurs valoir aucune circonstance postérieure à la décision de justice du 16 janvier 2024 faisant apparaître que l'exécution de cette décision porte atteinte à la dignité humaine.

.

6. Les circonstances invoquées par la requérante ne suffisent pas à caractériser une particulière vulnérabilité de nature à établir une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A peut être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie pour information sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 21 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

V. Chevalier-Aubert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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