mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2406821 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2024 à 16h02, M. A E et Mme D C, épouse E, représentés par Me Coscat, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de leur délivrer, sans délai à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de leur fille B, ou à tout le moin un visa de retour lui permettant de rentrer en France à l'issue d'un voyage en Algérie prévu du 23 décembre 2024 au 6 janvier 2025 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'ils ont sollicité à plusieurs reprises la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur ou un visa de retour pour leur fille B, qui ne peut pas être réadmise en France sans visa, et qu'ils doivent se rendre en Algérie pour un mariage du 23 décembre 2024 au 6 janvier 2025 ;
- l'absence de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de leur enfant porte une atteinte manifestement grave et illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit de mener une vie privée et familiale normale.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 11 décembre 2024 à 11 heures en présence de Mme Masse, greffière d'audience, M. Silvestre-Toussaint-Fortesa a lu son rapport et entendu les observations de Me Coscat, pour les requérants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E et Mme D C, épouse E, ressortissants algériens titulaires de titres de séjour valables respectivement jusqu'au 20 octobre 2025 et jusqu'au 5 avril 2025, ont sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au profit de leur fille B. En l'absence de réponse à cette demande, ils demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre sous astreinte au préfet des Alpes-Maritimes de leur délivrer le document sollicité ou à tout le moins un visa de retour permettant à leur fille de rentrer en France à l'issue d'un voyage en Algérie prévu du 23 décembre 2024 au 6 janvier 2025.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions précitées doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.
En ce qui concerne l'urgence :
3. Pour justifier de l'urgence et de la nécessité pour eux de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, les requérants soutiennent qu'ils ont sollicité à plusieurs reprises la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur ou un visa de retour pour leur fille B, qui ne peut pas être réadmise en France sans visa, et qu'ils doivent se rendre en Algérie pour un mariage du 23 décembre 2024 au 6 janvier 2025. Même si l'absence du document sollicité n'interdit pas à l'enfant des requérants de voyager à l'étranger, ni de revenir en France sous couvert d'un visa de retour, il résulte toutefois de l'instruction que les délais d'obtention d'un tel visa, comme du document de circulation pour étranger mineur, apparaissent incompatibles avec le voyage à l'étranger prévu le 23 décembre 2024. Dans ces conditions, les requérants peuvent être regardés comme justifiant de l'existence d'une urgence nécessitant l'intervention du juge des référés selon la procédure prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :
4. Aux termes de l'article L. 414-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger résidant en France, quelle que soit la nature de son titre de séjour, peut quitter librement le territoire français ". Aux termes de l'article L. 414-4 de ce code : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : / 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; () ". Aux termes de l'article L. 414-5 de ce code : " Le titulaire du document de circulation pour étranger mineur prévu à l'article L. 414-4 peut être réadmis en France, en dispense de visa, sur présentation de ce titre accompagné d'un document de voyage en cours de validité. ". Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les mineurs algériens de dix-huit ans résidant en France, qui ne sont pas titulaires d'un certificat de résidence reçoivent sur leur demande un document de circulation pour étrangers mineurs qui tient lieu de visa lorsqu'ils relèvent de l'une des catégories mentionnées ci-après : ()/ b) Le mineur algérien qui justifie par tous moyens avoir sa résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans et pendant une durée d'au moins six ans () ".
5. Premièrement, il est constant, ainsi que le font valoir les requérants, que la juge des référés du tribunal de céans, présidente du tribunal, a, par ordonnance n°2403554 en date du 9 juillet 2024, considéré que les requérants étaient fondés, sur le fondement des dispositions et stipulations précitées, à obtenir le document de circulation pour étranger mineur sollicité déjà en juillet 2024 pour leur fille B aux fins de se rendre à l'étranger, et a par suite enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de leur délivrer le document sollicité. Deuxièmement, il est constant que la situation des requérants au regard des dispositions et stipulations précitées n'a pas changé depuis l'intervention de l'ordonnance précitée. Troisièmement, il est également constant, selon les dires non contestés des requérants, le préfet des Alpes-Maritimes n'ayant pas produit dans le cadre de la présente instance, que l'ordonnance précitée n'a jamais reçu exécution, le préfet s'étant borné à ne délivrer à leur fille qu'un visa de retour. Dans ces circonstances très particulières, qui mettent en évidence une carence manifeste des services préfectoraux à délivrer aux requérants le document de circulation pour étranger mineur sollicité, alors qu'ils en remplissent les conditions de délivrance sur le fondement des dispositions et stipulations précitées, l'absence de délivrance du document en cause, alors que rien n'y fait obstacle, porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de la jeune B ainsi qu'à son droit de mener une vie familiale privée et familiale normale.
6. ll résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, un document de circulation pour étranger mineur, ou à tout le moins un visa de retour, au bénéfice de l'enfant B E, lui permettant d'être réadmise en France à l'issue de son déplacement à l'étranger prévu du 23 décembre 2024 au 6 janvier 2025. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 000 euros, à verser aux requérants, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, un document de circulation pour étranger mineur, ou à tout le moins un visa de retour, au bénéfice de l'enfant B E, lui permettant d'être réadmise en France à l'issue de son déplacement à l'étranger prévu du 23 décembre 2024 au 6 janvier 2025.
Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme E la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, à Mme D C, épouse E, et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 11 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
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