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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2407026

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2407026

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2407026
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2024, Mme D C, représentée par Me Almairac, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ou, à défaut, au préfet des Alpes-Maritimes d'attribuer, à elle et sa famille, un hébergement, dans le délai de 48 heures, à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII ou de l'Etat la somme de 1 200 euros, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser directement à son avocat, lequel renonce par avance, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la privation en l'espèce des conditions matérielles d'accueil est constitutive d'une situation d'urgence ;

- l'OFII a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile dès lors qu'elle a été privée du droit de bénéficier des conditions matérielles d'accueil décentes dont disposent les demandeurs d'asile ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a porté une telle atteinte compte tenu de la carence caractérisée dans l'exercice de sa mission, résultant de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 20 décembre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés, compte tenu notamment de la proposition d'hébergement faite ce jour.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produite de de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 décembre 2024, à 14 heures 30:

- le rapport de M d'Izarn de Villefort, juge des référés ;

- les observations de Me Begon, substituant Me Almairac, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, qu'il n'est pas établi que l'ADOMA ait donné son accord pour l'héberger avec sa famille, que la date d'entrée dans les lieux n'est pas indiquée par l'OFII et qu'elle maintient en tout état de cause sa demande contre l'Etat au titre de l'hébergement d'urgence dans l'attente de son hébergement en centre d'accueil pour demandeurs d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ".

5. Il résulte de l'instruction que M. A, puis Mme C, son épouse, accompagnée de leur fille B, née le 22 juin 2021, tous de nationalité russe, sont entrés irrégulièrement en France, le 12 janvier 2023 et le 21 novembre 2024, et ont déposé des demandes d'asile, le 1er février 2023 et le 5 décembre 2024. Ils bénéficient des conditions matérielles d'accueil depuis le 5 décembre 2024, incluant l'allocation pour demandeur d'asile majorée, et l'orientation de cette famille a été reconnue prioritaire. Il résulte des pièces annexées au second mémoire présenté par l'OFII, enregistré le 20 décembre 2024 à 14 h 07, qu'un hébergement a été identifié pour la requérante, son époux et leur fille, au centre d'accueil pour demandeurs d'asiles ADOMA à Digne-les-Bains et qu'une décision d'orientation vers cette structure d'hébergement a été prise le même jour. Si l'OFII n'a pas été en mesure de justifier du retour d'un document à remplir par cette structure en vue de l'entretien de préadmission, que cette décision d'orientation ne précise pas le jour et l'heure de l'admission des intéressés dans cette structure et qu'elle était donc en cours de notification à la date de l'audience, elle est susceptible de produire son plein effet à bref délai. Quelle que soit la suite réservée par Mme C à cette proposition, celle-ci ne permet pas de regarder comme remplie la condition d'urgence particulière, exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pour qu'en l'espèce le juge des référés prescrive en application de cet article les mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. L'une des conditions posées par ces dispositions n'étant pas remplie, la demande présentée par Mme C doit donc être rejetée. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement, au ministre de l'intérieur et à Me Almairac.

Copie en sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 23 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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