mardi 7 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2500016 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 janvier 2025, Mme A C demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nice, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'attribuer effectivement un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) à son enfant B en exécution de la décision rendue le 12 novembre 2024 par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), par un(e) auxiliaire de vie scolaire pour une durée hebdomadaire de 26 heures, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de la nécessité de permettre à son enfant B de bénéficier de l'assistance d'un accompagnant des élèves en situation de handicap afin d'assurer, dans les meilleures conditions, le déroulement de sa scolarité ;
- la situation de carence liée à l'absence de désignation d'un accompagnant des élèves en situation de handicap est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'éducation de son enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2025, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que, dès lors qu'il n'est pas établi que ses services aient été informés de la décision de la CDAPH, l'administration ne peut être regardée comme n'ayant pas accompli les diligences nécessaires à l'exécution de la mesure d'accompagnement prescrite au bénéfice de l'enfant, quand bien même ces diligences n'ont pas encore porté leur fruit, indépendamment de la volonté de l'administration.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Le rapport de M. d'Izarn de Villefort, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique du 7 janvier 2025 à 14h00, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale, d'exercer sa citoyenneté () ". Aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap () ". Aux termes de l'article L. 351-3 du même code : " Lorsque la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles constate que la scolarisation d'un enfant dans une classe de l'enseignement public ou d'un établissement mentionné à l'article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1. () ".
3. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap, de toute possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de cet article, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie tant au regard de l'âge de l'enfant que des diligences accomplies par l'autorité administrative.
4. Il résulte de l'instruction que le fils de Mme C, B, âgé de 15 ans, est inscrit en classe de 4ème au collège Notre Dame de la Tramontane à Antibes. Par décision du 12 novembre 2024, la commission des droits et de l'autonomie des personnes en situation de handicap (CDAPH) des Alpes-Maritimes a, orienté B, qui présente des troubles du comportement, vers l'enseignement ordinaire pour la période du 12 novembre 2024 au 31 juillet 2026 et lui a attribué, pour la même période, une aide humaine individuelle aux élèves handicapés jusqu'au 31 juillet 2026 pour l'accompagnement, à hauteur de 26 heures, dans l'accès aux activités d'apprentissage scolaires, éducatives, culturelles, sportives, artistiques ou professionnelles. Si Mme C fait valoir que B ne bénéficie pas effectivement de cet accompagnement, en dépit d'une mise en demeure adressée à la rectrice de l'académie de Nice le 9 décembre 2024 et qu'ainsi, son fils demeure déscolarisé, restant seul au domicile familial pendant qu'elle travaille, elle n'établit pas que ce courrier a bien été transmis et reçu par l'administration qui conteste expressément ce point. En tout état de cause, la rectrice, qui a désormais pris en compte cette démarche, insiste sur les délais nécessairement longs pour recruter en cours d'année de nouveaux personnels AESH, compte tenu du très faible nombre de candidats et du profil général requis de la part de ces derniers, qui doit en outre être en adéquation avec les besoins particuliers de l'enfant à accompagner. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la rectrice de l'académie de Nice a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'éducation de son fils B.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice et à la Maison départementale de l'autonomie des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 7 janvier 2025.
Le juge des référés,
signé
P. d'IZARN de VILLEFORT
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
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