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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500198

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500198

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500198
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2025, Mme G E et M. F D, représentés par Me Della Monaca, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (B) de prendre les dispositions nécessaires à la mise à l'abri immédiate de la famille, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prendre en charge leur hébergement dès notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de B ou de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée par l'absence de logement et de ressources, l'état de santé de l'un de leurs enfants ;

- B a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile dès lors qu'ils ont été privés du droit de bénéficier des conditions matérielles d'accueil décentes dont disposent les demandeurs d'asile ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a porté une telle atteinte compte tenu de la carence caractérisée dans l'exercice de sa mission, résultant de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2025, B conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas réunies.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas réunies.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 janvier 2025, à 10 heures 00, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de M d'Izarn de Villefort, vice-président,

- les observations de Me Della Monaca, représentant Mme E et M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11 h 00.

Une note en délibéré, présentée par Mme E et M. D, a été enregistrée le 17 janvier 2025 à 11 h 22.

Une note en délibéré, présentée par B, a été enregistrée le 17 janvier 2025 à 11 h 46.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme E et M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il appartient au requérant, qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de justifier de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

5. Mme E et M. D, accompagnés de leurs quatre enfants mineurs, dont l'une âgée de moins de deux ans, sont à la rue actuellement. Alors même qu'ils auraient entendu demandé le bénéfice d'un logement d'urgence lorsqu'ils ont fait l'objet d'une procédure d'expulsion, ces circonstances caractérisent une situation d'extrême urgence qui répond à l'exigence posée en ce sens par l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale :

S'agissant des conclusions dirigées contre B :

6. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ".

7. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Dans cette hypothèse, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier au regard de la situation du demandeur d'asile et en tenant compte des moyens dont dispose l'administration et des diligences qu'elle a déjà accomplies.

8. Il résulte de l'instruction que, à la suite du rejet, par la Cour nationale du droit d'asile, des recours formés par Mme E et M. D à l'encontre des décisions de l'OFPRA rejetant leurs demandes d'asile, les intéressés ont présenté des demandes de réexamen, qui ont été rejetées le 25 avril 2023. Par une décision du 15 décembre 2022, B leur a refusé l'octroi des conditions matérielles au motif qu'ils avaient présenté une demande de réexamen de leurs demandes d'asile. Si, le 15 décembre 2023, ils ont déposé une demande d'asile pour leur fille C, ils ont alors déclaré être hébergés avec l'ensemble de la famille, incluant leurs trois enfants. Ils n'ont ainsi ni contesté la décision du 15 décembre 2022, ni informé B de l'évolution de leur situation en matière d'hébergement. Postérieurement à l'introduction de la requête, ils ont été convoqués par B à un entretien en vue de l'évaluation de leur vulnérabilité et d'un examen de leur situation. Dans ces conditions, si la demande d'asile déposée pour leur fille C a été rejetée le 30 janvier 2025 et que leur recours à l'encontre de cette décision doit être examiné par la CNDA le 6 février 2025, B ne saurait être regardé comme ayant manifestement méconnu les exigences qui découlent du droit d'asile.

S'agissant des conclusions dirigées contre l'Etat :

9. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

10. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement de ces dispositions, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

11. Il résulte de l'instruction que, par décision du 23 décembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a, sur le fondement de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007, mis en demeure Mme E et M. D de quitter dans le délai de 7 jours le logement social qu'ils occupaient sans droit ni titre à Nice. Mme E et M. D, ressortissants russes nés le 28 mai 1996 et le 11 septembre 1986, sont parents de quatre enfants, dont trois sont scolarisés, nés les 19 juillet 2016, 15 octobre 2017, 18 décembre 2021 et 12 juin 2023. Leur fils A âgé de 7 ans souffre de problèmes neurologiques à la suite d'un accident de la circulation. Si les copies d'écran de téléphone produites ne permettent pas de dater les appels au 115, le préfet soutient que les requérants les ont effectués après avoir appris leur expulsion. Eu égard notamment à la situation particulière de leur fils et de manière générale à l'âge de leurs enfants, leur situation doit être considérée comme parmi les plus vulnérables, alors qu'il n'est pas contesté qu'ils ne sont pas en mesure, eu égard à leur absence de ressources, de se loger dans le parc privé ni dans le parc social. Le préfet n'oppose pas une argumentation fondée sur les moyens dont il dispose mais se borne à faire état de la possibilité pour les intéressés de reconstituer la cellule familiale dans le pays d'origine. Sur ce point, en tout état de cause, la demande d'asile présentée au nom de l'un des enfants des requérants n'est pas devenue définitive, le recours devant la CNDA étant pendant à ce jour. Dans ces conditions, l'absence de prise en charge des requérants et de leurs enfants au titre de l'hébergement d'urgence caractérise une carence des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte, par suite, une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prendre en charge Mme E et M. D et leurs enfants, dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

12. Mme E et M. D étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, leur conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Della Monaca, avocate des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Della Monaca d'une somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme E et M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à leur profit.

.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme E et M. D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de désigner à Mme E et M. D un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir avec leurs enfants, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Della Monaca une somme de 900 euros en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle et sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme E et M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à leur profit.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G E, à M. F D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement et à Me Della Monaca.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 17 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORT

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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