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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500831

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500831

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500831
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMagistrat Mme SANDJO
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 14 et 18 février 2025, M. A B demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de communiquer au tribunal son entier dossier ;

2°) de désigner un avocat commis d'office et un interprète en langue pachto ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 13 février 2025 portant exécution d'une interdiction définitive du territoire prononcée à son encontre, et fixant l'Afghanistan comme pays d'exécution de la mesure d'éloignement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 31 de la Convention de Genève ;

- il méconnait les stipulations de la directive n° 2011/95 du Parlement européen et du Conseil concernant les normes relatives aux conditions d'octroi d'une protection internationale.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2025 à 10 heures 09, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève ;

- la directive n° 2011/95 du Parlement européen et du Conseil concernant les normes relatives aux conditions d'octroi d'une protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sandjo, conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du mardi 18 février 2025 à 15 heures 30 :

- le rapport de Mme Sandjo, magistrate désignée,

- les observations de Me Balle, représentant M. B.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, ressortissant afghan né en 1993, est entré en France en 2017. Par une décision du 14 décembre 2017, il a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par un jugement de la chambre correctionnelle de la Cour d'appel d'Aix en Provence du 20 octobre 2021, il a été condamné à une peine de 6 ans d'emprisonnement pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou le séjour irrégulier en France d'étrangers en situation irrégulière en bande organisée, assortie d'une interdiction définitive de territoire français. Par une décision du 2 juillet 2024 l'OFPRA a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire à M. B, décision contre laquelle il a déposé un recours devant la cour nationale du droit d'asile (CNDA), enregistré le 17 juillet 2024, et actuellement pendant. Par un arrêté en date du 13 février 2025, dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a décidé sa reconduite d'office à destination de l'Afghanistan, ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement réadmissible.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne à l'administration de communiquer l'entier dossier administratif :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. Le préfet des Alpes-Maritimes ayant produit, le 17 février 2025, préalablement à la tenue de l'audience, les pièces relatives à la situation administrative de M. B, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :

4. M. B, placé en rétention administrative, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Balle, avocate commise d'office désignée par le bâtonnier du barreau de Nice, le requérant ayant indiqué en séance comprendre le français. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 février 2025 portant exécution d'une interdiction du territoire et fixant l'Afghanistan comme pays de destination :

5.En premier lieu, par un arrêté n° 2024-1278 du 25 novembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 275-2024 du lendemain, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme C D, cheffe du pôle ordre public au bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer notamment les décisions fixant le pays de renvoi en exécution d'une interdiction du territoire national prononcée par l'autorité judiciaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6.En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il précise à cet égard que M. B a fait l'objet d'une condamnation à une interdiction du territoire national définitive pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France par une décision de la chambre correctionnelle de la Cour d'appel d'Aix en Provence le 20 octobre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation ne peut qu'être écarté.

7.En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté en litige, procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. B, laquelle ressort précisément des termes de cet arrêté. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

8.En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Lorsqu'il est mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice (), la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 et L. 424-11 est retirée. L'autorité administrative statue sur le droit au séjour des intéressés à un autre titre dans un délai fixé par décret en Conseil d'État. () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

9.Si, en vertu des dispositions précitées, un étranger, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, qui a exercé un recours contre cette décision auprès de la CNDA et qui n'entre pas dans l'un des cas dérogatoires prévus par l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la CNDA, ni ces dispositions, qui ne s'appliquent qu'aux demandeurs d'asile, ni aucune autre disposition du même code, ne prévoient un droit au maintien sur le territoire français de l'étranger à qui le bénéfice de la protection subsidiaire a été retiré et qui a contesté cette décision devant la CNDA. Ainsi, en l'espèce, M. B, à qui la protection subsidiaire a été retirée par une décision de l'OFPRA du 2 juillet 2024 et qui n'a pas la qualité de demandeur d'asile, ne peut utilement invoquer un droit au maintien sur le territoire français durant le temps d'examen de son recours formé devant la CNDA. Il n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

10.En cinquième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11.Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12.Il est constant, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement que M. B a fait l'objet d'une condamnation à une interdiction du territoire national définitive pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France par une décision de la chambre correctionnelle de la Cour d'appel d'Aix en Provence le 20 octobre 2021. Le préfet des Alpes-Maritimes a, par l'arrêté en litige, fixé comme il était tenu de le faire pour pourvoir à l'exécution de cette décision du juge judiciaire, l'Afghanistan ou tout autre pays dans lequel il peut être apporté la preuve que le requérant est légalement admissible comme pays de destination.

13.M. B n'ayant pas été admis au bénéfice du statut de réfugié, il ne peut utilement se prévaloir des conséquences à tirer d'un retrait de la protection subsidiaire au regard de la qualité de réfugié. En tout état de cause, en se bornant à se prévaloir de craintes pour sa vie en cas de retour en Afghanistan, M. B n'établit pas qu'il serait effectivement personnellement exposé à des risques ou traitements prohibés par les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La production d'une analyse globale de la CNDA datée de mars 2023 sur la situation sécuritaire de certaines provinces du pays ne suffit pas à caractériser l'existence d'une menace actuelle et personnelle pour sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige méconnaitrait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition le 19 février 2025.

La magistrate désignée,

signé

G. SANDJOLa greffière,

signé

M-C. MASSE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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