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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2501149

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2501149

vendredi 20 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2501149
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme MEHL SCHOUDER
Avocat requérantLAYET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a statué sur une demande d'indemnisation pour carence de l'État dans l'exécution d'une décision de relogement prioritaire. Le requérant, déclaré prioritaire par la commission de médiation en octobre 2022, n'avait reçu aucune proposition effective de logement dans le délai légal. Le tribunal a retenu la responsabilité de l'État pour faute, ouvrant droit à réparation pour les troubles dans les conditions d'existence subis entre l'expiration du délai (avril 2023) et son relogement effectif (juillet 2025), en application des articles L. 441-2-3 et suivants du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2025, M. C... A..., représenté par Me Layet, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 14 400 euros, augmentée des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis en raison de la carence des services de l’Etat à assurer son relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’il n’a reçu aucune proposition de logement suivie d’effet, alors qu’il a été déclaré prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 27 octobre 2022 ;
- il subit des troubles dans ses conditions d’existence du fait de la carence fautive de l’Etat à le reloger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2026, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la carence fautive de l’Etat n’est pas établie ; que si elle était toutefois retenue par le tribunal, le montant de l’indemnisation des troubles de toute nature dans les conditions d’existence subis devrait être évalué à une somme s’établissant, au maximum, à 540 euros, étant précisé qu’un logement de type T3 lui a été attribué le 16 juillet 2025.

L’aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A... par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 30 janvier 2025.

Vu :
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Mehl-Schouder en application du code de justice administrative pour statuer sur ces litiges.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Mehl-Schouder, magistrate désignée ;
- et les observations de Mme B..., représentant la préfecture des Alpes-Maritimes

Le requérant n’est ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

L’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dispose : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui (…) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 de ce code. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement et prend fin à la date à laquelle un logement adapté a été assuré à l’intéressé, ou à celle à laquelle il a refusé sans motif impérieux une proposition de logement tenant compte de ses besoins et capacités, alors qu’il avait été averti des conséquences de ce refus dans les conditions prévues par l’article R. 441-16-3 du code de la construction et de l’habitation.

Par une décision du 27 octobre 2022, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a, sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, déclaré M. A... prioritaire et devant être relogé d’urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type T2, au motif suivant : « logement sur-occupé avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapé(e) ». La carence de l’Etat à lui faire une offre de logement ou relogement à l’expiration du délai de six mois prévu par le code de la construction et de l’habitation, qui court à compter de la décision de la commission de médiation, est constitutive d’une faute de nature à engager sa responsabilité, à compter du 27 avril 2023, ouvrant à M. A... un droit à réparation dans les conditions indiquées au point 2, jusqu’à son relogement. Le préfet soutient à cet égard, sans être contredit, qu’un bail pour un T3 lui a été attribué le 16 juillet 2025. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne conteste pas le logement tient compte de ses besoins et capacités telles que définies par la commission, la période de responsabilité de l’Etat prend fin le 16 juillet 2025.

M. A..., qui perçoit une allocation au titre de son handicap, était hébergé chez des tiers depuis sa séparation avec son épouse en 2019. Cette dernière a conservé le logement social avec leurs enfant, et il bénéficie d’un droit de visite, Compte tenu de ses conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence, et du nombre de personnes composant son foyer pendant la période de responsabilité de l’Etat, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre des troubles de toute nature subis par M. A... dans ses conditions d’existence en évaluant l’indemnisation due à la somme totale de 560 euros, tous intérêts compris au jour de la présente décision.

Sur les frais de l’instance :

M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Layet, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Layet de la somme de 1100 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A... une indemnité de 560 euros, tous intérêts compris au jour de la présente décision.

Article 2 : L’Etat versera à Me Layet, avocate de M. A..., une somme de 1 100 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., à Me Layet et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.


Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 mars 2026.


La magistrate désignée,
signé
M. Mehl-Schouder
La greffière,
signé
E. Shehu



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.


Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,








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