Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2502819 du 12 juin 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Nice, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a, sur la demande de la commune de Beuil, enjoint à la société Le Cians d’évacuer sans délai le camping « Le Cians » et d’enlever les installations mentionnées au point 4 de cette ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à l’expiration d’un délai de 8 jours à compter de la notification de l’ordonnance.
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 octobre et 18 décembre 2025, la commune de Beuil, représentée par Me Berrezai, demande au juge des référés :
1°) de liquider provisoirement l’astreinte prononcée par l’ordonnance du 12 juin 2025;
2°) d’ordonner le versement du produit de l’astreinte à la commune de Beuil ;
3°) de mettre à la charge de la société Le Cians la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’ordonnance n° 2502819 du 12 juin 2025 n’a pas reçu complète exécution dès lors que demeurent en place l'ancien bain nordique, correspondant à la partie résiduelle du bâtiment à usage de spa dont l’enlèvement a été ordonné et, sur l’emplacement n°18, le chalet en bois avec terrasse extérieure, une table avec deux bancs en bois, et un parasol déporté ;
- à la date du 27 octobre 2025, le montant de l’astreinte à liquider s’élève à 68 500 euros ;
- la société Le Cians fait preuve de mauvaise foi.
Par des mémoires en défense enregistrés les 10 novembre 2025, 13 novembre 2025 et 18 décembre 2025, la société à responsabilité limitée unipersonnelle (SARLU) Le Cians, représentée par Me Vincent, conclut, à titre principal, à la suppression de l'astreinte provisoire, à titre subsidiaire, à la modération de cette astreinte et, en tout état de cause, à l’octroi d’un nouveau délai pour évacuer les biens restants et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la commune de Beuil sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’inexécution ne résulte que des agissements de la commune de Beuil qui limite trop strictement l’accès au site ;
- seuls demeurent en réalité sur le site le « family lodge » et un spa ;
- elle a proposé l’acquisition du « family lodge » ;
- sa situation financière est dégradée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. d’Izarn de Villefort, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 19 décembre 2025, à 11 heures 00, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :
- le rapport de M d’Izarn de Villefort, vice-président,
- les observations de Me de Premare substituant Me Berrezai, représentant la commune de Beuil, qui confirme le contenu de ses écritures,
- et les observations de Me Clément, représentant la société Le Cians, qui maintient son argumentation.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 911-7 du code de justice administrative : « En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée. ».
2. Le juge administratif, lorsqu’il fait droit à une demande tendant à la libération d’une dépendance du domaine public irrégulièrement occupée, enjoint à l’occupant de libérer les lieux sans délai, une telle injonction prenant effet à compter de la notification à la personne concernée de la décision du juge. Si l’injonction de libérer les lieux est assortie d’une astreinte, laquelle n’est alors pas régie par les dispositions du livre IX du code de justice administrative, l’astreinte court à compter de la date d’effet de l’injonction, sauf à ce que le juge diffère le point de départ de l’astreinte dans les conditions qu’il détermine. Lorsqu’il a prononcé une telle astreinte, il incombe au juge de procéder à sa liquidation, en cas d’inexécution totale ou partielle ou d’exécution tardive de l’injonction. Il peut toutefois modérer ou supprimer l’astreinte provisoire, même en cas d’inexécution de la décision juridictionnelle.
3. Par une ordonnance n° 2502819 du 12 juin 2025, notifiée à la société Le Cians le 25 juin 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Nice, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a, sur la demande de la commune de Beuil, enjoint à la société Le Cians d’évacuer sans délai le camping « Le Cians » et d’enlever les installations mentionnées au point 4 de cette ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à l’expiration d’un délai de 8 jours à compter de la notification de l’ordonnance.
4. Il résulte de l’instruction, notamment du procès-verbal de constat effectué à la demande de la commune de Beuil le 15 octobre 2025 par un commissaire de justice, dont le contenu n’est pas contesté par la société Le Cians, que, à la date de la présente ordonnance, cette société n’a pas procédé à l’enlèvement de l’intégralité des installations mentionnées au point 4 de l’ordonnance n° 2502819 du 12 juin 2025 dès lors que demeurent en place l'ancien bain nordique, correspondant à la partie résiduelle du bâtiment à usage de spa de type chalet et, sur l’emplacement n°18, le chalet en bois appelé « family lodge », avec terrasse extérieure, table, deux bancs en bois, et parasol déporté. La société Le Cians soutient que, pour l’exécution de cette ordonnance, par courriel du 12 juin 2025, la commune de Beuil a fixé des créneaux d’accès au camping pendant 8 jours de 9 heures à 17 heures tous les jours mais que l’accès des personnes extérieures s’étant proposées pour l’aider lui a été interdit par le nouvel exploitant. Cependant, l’une des attestations produites porte sur un enlèvement qui aurait échoué pour ce motif le 9 juin 2025, soit antérieurement à l’ordonnance à exécuter et au courriel précité. La seconde attestation produite ne comporte aucune date ni aucune précision. La société Le Cians ne démontre ni même n’allègue qu’elle se serait rapprochée des services de la commune de Beuil pour organiser l’enlèvement des installations en litige. Il n’est donc pas établi que l’exécution partielle de l’ordonnance n° 2502819 du 12 juin 2025 ne résulterait que du fait de la commune de Beuil, qui démontre d’ailleurs que le chalet en bois appelé « family lodge » a été mis en vente sur un site d’annonces en ligne par la société Le Cians. Celle-ci n’est pas fondée à se prévaloir, pour justifier de cette absence d’exécution, de sa situation financière, dès lors qu’il n’est pas établi que cette situation rendrait impossible le déplacement des installations restantes. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de procéder à la liquidation de l’astreinte pour la période courant du 25 juin 2025 au 19 décembre 2025. Toutefois, il y a lieu, en application des dispositions précitées de l’article L. 911-7 du code de justice administrative, de modérer l’astreinte initialement prononcée et de fixer le montant de la somme due par la société Le Cians à 5 000 euros. Par ailleurs, ainsi qu’il a été rappelé au point 2, il n’appartient pas au juge des référés de donner un délai pour permettre à l’occupant sans titre du domaine public d’évacuer les lieux, qu’il s’agisse de l’injonction de libérer les lieux ou de la liquidation de l’astreinte assortissant l’injonction prononcée.
5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de Beuil, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société Le Cians une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Beuil à ce titre.
ORDONNE :
Article 1er : La société Le Cians est condamnée à verser à la commune de Beuil la somme de 5 000 euros.
Article 2 : La société Le Cians versera une somme de 1 500 euros à la commune de Beuil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la société Le Cians sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Beuil et à la société à responsabilité limitée unipersonnelle Le Cians.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au ministère public près la Cour des comptes.
Fait à Nice, le 19 décembre 2025.
Le juge des référés,
signé
P. d’IZARN de VILLEFORT
La République mande et ordonne au préfet des Alpes Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,