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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2507460

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2507460

lundi 19 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2507460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELAS NAUSICA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a été saisi en référé-suspension par une association de parents d'élèves contre une circulaire du rectorat de Nice du 5 novembre 2025, modifiant les modalités d'admission en sections internationales pour la rentrée 2026. Les requérants invoquaient l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de l'acte, notamment en raison de l'incompétence de l'auteur, d'un défaut de publication et d'une rupture d'égalité de traitement. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, les actes litigieux ne produisant aucun effet immédiat d'éviction des élèves concernés. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 12 décembre 2025, et le 7 janvier 2026, l'association des Parents pour la Défense des Droits des Sections Internationales (ADDSI) au sein des établissements scolaires publics de Mougins, Valbonne, Biot et Roquefort-Les-Pins Mme E... A... et Mme D..., représentées par Me Fouret, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la circulaire du rectorat de l’académie de Nice du 5 novembre 2025 relative à l’admission et affectation en section internationale dans les collèges publics des Alpes-Maritimes pour la rentrée 2026 et les « décisions » publiées le 6 novembre 2025 sur le site du rectorat de l'académie de Nice ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l’article L 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

la condition d’urgence est remplie dès lors que le calendrier fixé par la circulaire et les décisions litigieuses annoncé seulement le 6 novembre 2025, prévoit des tests dès les mois de mars et avril 2026 pour un passage en 6ème et au Lycée. Or, le temps imparti aux élèves déjà en section internationale pour s'y préparer est manifestement insuffisant comparé aux élèves scolarisés en dehors des sections internationales ;
il existe un doute sérieux sur la légalité de la circulaire du 5 novembre 2025 qui en raison de dispositions impératives et règlementaires a été prise par une autorité incompétente, en ce qu’elles dérogent aux dispositions de l’article D. 421-31 ducode de l’éducation et de l’arrêté (NOR MENE0601959A) du 28 septembre 2006 relatif aux sections internationales de collège, en omettant de préciser que l’admission est prononcée par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, sur proposition du chef d'établissement ;
- seule une de ces circulaires a pu être obtenue par des voies internes et aucune circulaire n’est publiée sur le site du Rectorat ou sur le site ministériel ; elles ne sont dès lors pas opposables et sont dépourvues de toute force juridique ;
- elles créent une différence de traitement manifeste notamment avec les élèves des autres collèges des Alpes-Maritimes, avec les élèves d'une autre section internationale anglophone, située dans un établissement privé sous contrat d’association, ainsi qu’avec les élèves scolarisés en section internationale élémentaire et des collèges publics d'autres académies (Versailles, Créteil…) qui bénéficient de la continuité automatique de leur parcours vers le collège et le Lycée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2026, la rectrice de l’académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d’urgence n’est pas remplie des lors que les actes en litige ne produisent aucun effet immédiat d’éviction des sections internationales et n’interrompent aucune scolarité en cours et les conséquences et la perte de chance alléguées ne reposent que sur des hypothèses futures ;

Il n’existe en outre aucun moyen sérieux sur la légalité des actes attaqués :
*. Le directeur des services académiques est compétent pour signer les actes contestés en vertu d’un décret du président de la République en date du 8 septembre 2025, publié au Journal officiel de la République française du 9 septembre suivant et des dispositions de l’article R. 222-24 du code de l’éducation ;
* il résulte des dispositions de l’arrêté ministériel du 28 septembre 2006 et des termes de la circulaire en litige que la décision d’admission en section internationale est précédée de l’avis du chef d’établissement
*les modalités de publication ou de notification d'un acte administratif sont par elles-mêmes sans incidence aucune sur sa légalité ;
* le principe d’égalité des usagers devant le service public de l’éducation, n’est pas méconnu alors que les requérants revendiquent le bénéfice d’un traitement différencié ; les élèves étrangers ont une probabilité plus faible que les élèves français d’intégrer dès le primaire une section internationale étant rappelé qu’en vertu de l’article L. 111-1 du code de l’éducation le service public de l'éducation doit contribuer à l'égalité des chances ; il n’existe aucun droit à être admis en section internationale ni à poursuivre automatiquement un tel cursus de l’école au collège ou du collège au lycée et en imposant des tests d’admission, l’administration cherchant à garantir l'intégrité des sections internationales ; enfin il n’est pas établi de différence de traitement d’un département ou d’une académie à l’autre.


Vu :
les autres pièces du dossier ;
la requête, enregistrée sous le n° 2507459 tendant à l’annulation de la décision attaquée.



Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique du 9 janvier 2026, à 11 heures, tenue en présence de Mme Katarynezuk, greffière d’audience.

- le rapport de M. Myara, juge des référés ;
- les observations de Me Fouret, représentant les requérants qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de M. B..., adjoint au chef du service interacadémique des affaires juridiques et M. C..., inspecteur d’académie, représentant la rectrice de l’académie de Nice.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…)

2. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. L’association des Parents pour la Défense des Droits des Sections Internationales au sein des établissements scolaires publics de Mougins, Valbonne, Biot et Roquefort-Les-Pins (ADDSI), Mme E... A... et Mme D..., demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution d’une part des circulaires du 5 novembre 2025 relatives à l’ admission et affectation en section internationale dans les collèges publics des Alpes-Maritimes – pour la rentrée 2026 et les décisions publiées le 6 novembre 2025 sur le site du rectorat de l'académie de Nice .



4. En premier lieu, il ne résulte pas de l’instruction que les élèves actuellement inscrits dans le cursus de section internationale élémentaire et de collège, qui ont été déjà soumis à une première sélection exigeante pour intégrer le parcours international, seraient placés dans une situation moins favorable que les élèves étrangers ou les élèves des autres établissements d’enseignement public ou privé situés dans le ressort de l’académie de Nice pour préparer les épreuves d’admission organisées par les circulaires contestées de se soumettre aux nouvelles conditions d'admission sur test et dossier permettant d’accéder respectivement à la 6ème et à la 2nde de section internationale. Aussi, la circonstance alléguée que les élèves concernés n’auraient eu connaissance des modalités et du calendrier des épreuves organisées par les circulaires en cause qu’au début du mois de novembre 2025, ne suffit pas à faire regarder les actes contestés comme préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à leur situation personnelle ou aux intérêts que les requérants entendent défendre. Il s’ensuit que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. En second lieu, et en l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés par les requérants, tels que repris dans les visas de cette ordonnance n’apparaît de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des circulaires contestées.

6. Dès lors, aucune des conditions mises par l’article L. 521-1 du code de justice administrative à l’exercice des pouvoirs qu’il confère au juge des référés n’étant réunies, la requête de l’ADDSI, Mme A... et Mme D... ne peut qu’être rejetée y compris celles formulées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de l’ADDSI, Mme A... et Mme D... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association des Parents pour la Défense des Droits des Sections Internationales (ADDSI) au sein des établissements scolaires publics de Mougins, Valbonne, Biot et Roquefort-Les-Pins, à Mme E... A..., à Mme D... et au ministre de l’éducation nationale.

Copie en sera délivrée à la rectrice de l’académie de Nice.

Fait à Nice, le 19 janvier 2026.


Le juge des référés,
Signé
Myara


La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière

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