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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2600253

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2600253

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2600253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme SORIN
Avocat requérantLAIFA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant sur le recours pour excès de pouvoir de M. A..., a annulé l'arrêté du 6 janvier 2026 par lequel le préfet du Var lui avait fait obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour de trois ans. La magistrate désignée a retenu un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant, le préfet n'ayant pas pris en compte son traitement médical en France ni son concubinage avec une ressortissante française. Cette annulation entraîne l'effacement du signalement de M. A... dans le système d'information Schengen, conformément aux articles L. 613-5 et R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'au décret n° 2010-569 du 28 mai 2010.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 13 janvier 2026, M. C... A..., demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 6 janvier 2026 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de sa reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans ;

2°) d’enjoindre au préfet du Var de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :
- l’arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen personnel et réel de sa situation particulière ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur dans l’appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale compte tenu de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2026, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Sorin, première conseillère, en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


A été entendu au cours de l’audience publique du 15 janvier 2026 :

- le rapport de Mme Sorin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Laifa, représentant M. A... assisté de Mme B..., interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête.


L’instruction a été close à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant tunisien né le 24 décembre 2001, a fait l’objet, par arrêté du 6 janvier 2026 du préfet du Var, d’une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois années. Par sa requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A... suit un traitement médical en France et qu’il vit en concubinage avec une ressortissante française ce qui n’est pas contesté par la préfecture du Var. Dans ces conditions, en ne prenant pas en compte ces éléments dans l’appréciation de la situation du requérant, le préfet a entaché sa décision d’un défaut d’examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A.... Ce dernier est donc fondé à demander par ce seul moyen, l’annulation des décisions contenues dans l’arrêté du 7 janvier 2026.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

3. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ». Aux termes de l’article R. 613-7 du même code : « Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ». Aux termes de l’article 7 du décret du 28 mai 2010 : « Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription (…) ».

4. Le présent jugement annule l’interdiction de retour prise à l’encontre de M. A... et il résulte des dispositions citées au point précédent qu’une telle annulation implique nécessairement l’effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d’enjoindre au préfet du Var de mettre en œuvre sans délai la procédure d’effacement de ce signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.


Sur les frais de l’instance :

5. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme demandée par M. A... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.






D E C I D E:


Article 1er : L’arrêté du 6 janvier 2026 par lequel le préfet du Var a obligé M. A... à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a assorti cette obligation d’une interdiction de retour d’une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de mettre en œuvre sans délai la procédure d’effacement du signalement aux fins de non-admission de M. A... dans le système d’information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, au bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.


Lu en audience publique le 15 janvier 2026.




La magistrate désignée,


signé
G. SORIN

La greffière,


signé
A. BAHMED





La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, le greffier,








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