mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-1600051 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DUGOUJON & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un mémoire récapitulatif enregistré le 13 décembre 2018, suite à une requête enregistrée le 14 janvier 2016, et des mémoires enregistrés les 5 septembre 2016, 10 et 13 septembre 2018, la commune de Saint-Leu, représentée par Me Creissen, avocat, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler le procès-verbal de réception de l'émissaire en mer de la station d'épuration " Bois de Nèfles " signé le 4 avril 2013, et, par voie de conséquence, de condamner solidairement, au titre de leur responsabilité contractuelle, la société Egis Eau, maître d'œuvre de l'opération, et le groupement SOGEA Réunion/Compagnie de travaux subaquatiques internationale (CTSI), qui a réalisé les travaux, à lui verser la somme de 6 128 851,84 euros, en réparation des préjudices liés, d'une part, à l'absence de réalisation du tronçon " 0 " de l'émissaire et, d'autre part, à l'absence ou au mauvais état d'anodes sur certains systèmes d'ancrages métalliques de l'émissaire ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner les mêmes à lui verser la somme de 3 086 446,63 euros, au titre de leur responsabilité extra-contractuelle, en qualité de gardien de l'ouvrage pour la période antérieure à la réception de celui-ci ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner les mêmes à lui verser la somme de 7 086 446,63 euros, au titre de la garantie décennale ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la société Egis Eau et du groupement SOGEA Réunion/CTSI une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- à titre principal, le procès-verbal de réception du 4 avril 2013 doit être annulé pour dol, dès lors que, à la date à laquelle ils ont demandé la réception de l'ouvrage, tant le maître d'œuvre que les entreprises de travaux lui ont volontairement dissimulé, d'une part, l'existence de malfaçons, notamment liées au défaut de pose de nombreuses anodes, et d'autre part, l'absence de réalisation du dernier tronçon de l'émissaire. Par suite, en l'absence de réception, la commune est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre et des entreprises de travaux. Leur responsabilité est engagée au titre de l'absence de réalisation de la totalité de l'ouvrage, alors qu'il a été intégralement payé par la commune, ainsi qu'au regard du dépassement manifeste des délais d'exécution. En outre, de manière spécifique, la responsabilité du maître d'œuvre est engagée à raison de l'insuffisance des études préparatoires relatives à la définition du terrain naturel, à l'origine directe d'une sous-estimation de près de 50 % du montant des travaux. Par ailleurs, cette erreur d'estimation du montant des travaux a conduit le maître d'œuvre à méconnaître son devoir de conseil dans le choix de l'entreprise de travaux, en la conduisant à choisir une entreprise dont le prix était largement inférieur au coût réel des travaux ;
- au titre de ces fautes contractuelles, la commune a droit au versement d'une somme de 1,5 millions d'euros HT, au titre des pénalités de retard, d'une somme de 478 551,84 euros, au titre des indemnités versées aux constructeurs de la nouvelle STEP, d'une somme de 4 millions d'euros, au titre du préjudice lié aux frais à venir de réfection de l'émissaire et des frais déjà engagés pour la mise en place d'une solution alternative temporaire, par une inversion de la chaîne de transfert des eaux usées vers les lagunes d'infiltration de la station du cimetière, ainsi qu'une somme de 150 000 euros au titre du préjudice d'image de la commune ;
- dans l'hypothèse où le tribunal refuserait d'annuler la décision de réception des travaux, la commune reste fondée à rechercher la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre au titre d'un manquement à son devoir de conseil lors des opérations de réception de l'ouvrage ;
- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal refuserait d'annuler la décision de réception des travaux, la commune est fondée à rechercher la responsabilité extra-contractuelle du maître d'œuvre et des entreprises de travaux, au titre de leur qualité de gardien de l'ouvrage pour la période antérieure à la réception de celui-ci. A ce titre, la commune a droit au versement d'une somme de 478 851,84 euros au titre des indemnités versées aux constructeurs de la nouvelle STEP, ainsi qu'une somme de 2 457 594,49 euros TTC au titre de la somme versée pour la réalisation de l'émissaire, ainsi qu'une somme de 150 000 euros au titre de son préjudice d'image ;
- à titre infiniment subsidiaire, la commune est fondée à rechercher la responsabilité décennale des trois constructeurs, dès lors que l'absence de tronçon " 0 " et de nombreuses anodes rendent l'émissaire impropre à sa destination et compromettent sa solidité. A ce titre, la commune a droit au versement d'une somme de 2 457 594,49 euros TTC au titre de la somme versée pour la réalisation de l'émissaire, d'une somme de 4 millions d'euros au titre des travaux de réfection de l'ouvrage et la mise en place de solutions alternatives dans le laps de temps intermédiaire, d'une somme de 478 851,84 euros au titre des indemnités versées aux constructeurs de la nouvelle STEP et d'une somme de 150 000 euros au titre de son préjudice d'image.
Par des mémoires en défense enregistrés les 14 septembre 2016, 7 décembre 2018 et 25 janvier 2019, la société SOGEA Réunion, représentée par Me Balique, avocat, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la société Egis Eau soit condamnée à la garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société SOGEA Réunion soutient que :
- à titre principal, les conclusions de la requête ne sont pas fondées, dès lors notamment que les désordres dont la commune de Saint-Leu demande réparation sont imputables à une situation de force majeure liée à des évènements climatiques majeurs survenus entre l'achèvement des travaux, le 17 janvier 2011 et la réception des travaux, le 4 avril 2013 ;
- à titre subsidiaire, elle doit être garantie par le maître d'œuvre de toute condamnation liée à la destruction du tronçon " 0 " et du décrochage de certaines anodes, dès lors que de tels dommages sont imputables à une faute de conception de l'ouvrage, notamment dans le choix du procédé constructif et du site.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 octobre 2016 et le 8 novembre 2018, la société Egis Eau, représentée par Me Roux, avocat, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les sociétés SOGEA Réunion et CTSI la garantissent de toutes condamnations prononcées à son encontre et qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Saint-Leu au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Egis Eau soutient que :
- à titre principal, les conclusions de la requête tendant à la condamnation de la société Egis Eau doivent être rejetées, dès lors d'une part, qu'elles sont irrecevables par l'effet de l'autorité de la force jugée du jugement du tribunal administratif de Saint-Denis n° 1400375 du 28 juillet 2016 devenu définitif, qui présente une triple identité d'objet, de cause et de parties avec le présent litige. D'autre part, la commune n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la société Egis Eau, quel que soit le fondement invoqué ;
- à titre subsidiaire, l'entreprise qui a réalisé les travaux doit être condamnée à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, dès lors qu'aucune faute de conception dans le choix du procédé constructif du site n'est démontrée, et que les désordres liés à la disparition du tronçon " 0 " et certaines anodes relèvent du seul défaut d'exécution des travaux dans les règles de l'art par cette entreprise.
Par jugement du 3 octobre 2019, le tribunal administratif de La Réunion a ordonné une expertise avant dire droit en vue de déterminer la nature, l'importance et le coût des travaux nécessaires pour la réalisation du tronçon " 0 " de l'émissaire en mer, de déterminer la cause de la déconnexion des anodes sur les ancrages des tronçons 9, 10, 12 14, 15, 16, 17 et 18 en précisant leur éventuelle imputabilité à une erreur de conception commise par le maître d'œuvre ou à une erreur d'exécution commise par le groupement de travaux, et d'indiquer la nature, l'importance et le coût des travaux nécessaires pour remédier à ces désordres.
Le rapport de l'expert désigné par le tribunal a été enregistré le 18 juin 2020.
Par des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 septembre 2020 et 8 décembre 2020, la société Egis Eau, représentée par Me Roux, avocat, conclut dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet des conclusions de la commune de Saint-Leu ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Sogea Réunion et CTSI et de la commune de Saint-Leu à la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) à ce que soit mis à la charge de la commune de Saint-Leu une somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- contrairement à ce qu'indique la commune de Saint-Leu, le jugement du 3 octobre 2019 n'est pas revêtu de l'autorité de la chose jugée ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée s'agissant de l'absence de réalisation du tronçon " 0 " dont l'existence, lors des opérations préalables à la réception, a été démontrée au cours des opérations d'expertise et dont la disparition ne lui est en rien imputable ;
- les désordres relatifs à l'absence de certaines anodes et à leur déconnexion sont imputables à un défaut d'exécution de la société CTSI, de manquements du maître d'œuvre à ses obligations au titre des missions DET et AOR et à une faute de la commune qui n'a pas procédé à une surveillance et un entretien régulier de l'ouvrage. Compte tenu du partage de responsabilité retenu par l'expert, sa condamnation doit, en tout état de cause, être limitée à la somme de 2 550 euros à ce titre et ne peut être retenue en l'espèce que ce soit sur le terrain contractuel, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle était informée de l'ampleur du désordre lors des opérations préalables à la réception, ou sur le terrain décennal faute pour l'expert de s'être prononcé sur le caractère décennal de désordres qui touchent un élément d'équipement dissociable de l'ouvrage ;
- elle est fondée à appeler dans cette même mesure en garantie la commune de Saint-Leu et le groupement d'entreprise et à demander le rejet de tout appel en garantie formé à son encontre ;
- la nouvelle expertise sollicitée par la commune ne présente pas d'utilité.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 20 octobre 2020, la commune de Saint-Leu, représentée par Me Dugoujon, avocat, demande au tribunal :
1°) avant-dire droit, d'ordonner une expertise en vue de procéder :
- à la constatation contradictoire des non-conformités, non-exécutions et désordres existants sur l'ouvrage, dans sa totalité ;
- d'en déterminer la cause et la date de survenance ;
- de donner au tribunal tous éléments lui permettant d'apprécier les responsabilités encourues, la nature de ces responsabilités (contractuelle, décennale etc.) ;
- d'indiquer s'il peut être remédié aux désordres ou si l'ouvrage doit être reconstruit dans sa totalité ;
- d'indiquer la nature, l'importance et le coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres, s'il peut y être remédié ;
- de donner au tribunal tous éléments lui permettant d'apprécier l'importance des préjudices subis par la Commune de Saint-Leu ;
- de faire toutes constatations nécessaires, d'enregistrer les observations des intéressés ou d'annexer à son rapport tout document utile.
2°) à titre principal, d'annuler le procès-verbal de réception de l'ouvrage en date du 4 avril 2013 et en conséquence de condamner solidairement, sur le fondement de leur responsabilité contractuelle, la société Egis Eau ainsi que le groupement Sogea Réunion / CTSI à lui verser la somme totale de 6 128 851, 84 € ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement, sur le fondement de leur responsabilité extracontractuelle en tant que gardien de l'ouvrage, la société Egis Eau ainsi que le groupement Sogea Réunion / CTSI à verser à la commune de Saint-Leu la somme totale de 3 086 446, 63 €, à parfaire au jour du jugement ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner solidairement, sur le fondement de leur garantie décennale, la société Egis Eau ainsi que le groupement Sogea Réunion / CTSI à verser à la commune de Saint-Leu la somme totale de 7 086 446, 63 €, à parfaire au jour du jugement ;
5°) de rejeter l'ensemble des appels en garantie formés à son encontre ;
6°) de mettre à la charge des parties défenderesses la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement du 3 octobre 2019 est revêtu de l'autorité de la chose jugée ;
- compte tenu de la découverte de la disparition du tuyau de l'émissaire entre les tronçons T15 et T20 et en amont du tronçon T21, il est nécessaire de prescrire une nouvelle expertise afin de déterminer la nature, l'importance et le coût des travaux nécessaires à la reprise de ces désordres qui présentent un caractère décennal et sont de nature à engager la responsabilité du groupement en charge des travaux et du maître d'œuvre. Dans la mesure où de tels désordres, compte tenu de leur ampleur, justifieront la reconstruction complète de l'émissaire, elle est fondée à demander la condamnation des parties défenderesses à lui verser la somme de 2 457 594,49 euros TTC correspondant au montant qu'elle a dû exposer ;
- c'est à tort, s'agissant de la déconnexion des anodes, qui présente bien un caractère décennal dès lors qu'elle ne permet pas une protection cathodique optimale de l'ouvrage, que l'expert a retenu pour partie sa responsabilité. En effet, en l'absence du tronçon T " 0 ", l'émissaire n'a jamais pu fonctionner rendant peu légitime la question de son entretien. En outre, la durée de vie des anodes, telle que définie au CCTP, n'étant pas dépassée à ce jour, sa responsabilité ne saurait être retenue dans de telles proportions.
Par un mémoire, enregistré le 20 janvier 2021, la société Sogea Réunion, représentée par Me Balique, avocat, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de la commune de Saint-Leu ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant des condamnations prononcées à son encontre soient limitées à la somme de 58 400 euros ;
3°) à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Leu une somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la demande de nouvelle expertise présentée par la commune requérante ne présente aucune utilité ;
- les constatations opérées par l'expert démontrent que l'absence de réalisation du tronçon " 0 " de l'émissaire ne lui est pas imputable pas plus que l'arrachement des ancrages de certaines anodes ;
Par courrier du 19 août 2019, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité par leur objet des conclusions de la requête tendant à l'annulation du procès-verbal de réception des travaux par la commune de Saint-Leu signé le 4 avril 2013.
Vu :
- les pièces du dossier desquelles il ressort que l'ensemble de la procédure a été communiquée à la société CTSI qui n'a pas produit de mémoire en défense ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 juin 2022 :
- le rapport de M. Banvillet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Riou, rapporteur public,
- les observations de Me Dugoujon pour la commune de Saint-Leu, de Me Cauchepin substituant Me Roux pour la société Egis Eau et de Me Balique pour la société Sogea Réunion,
- la société " compagnie de travaux subaquatiques internationale " (CTSI) n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement signé le 21 juillet 2006, la commune de Saint-Leu a confié la maitrise d'œuvre de l'opération relative à la réalisation de l'émissaire en mer de la nouvelle station d'épuration " Bois de Nèfles " à la société BCEOM, aux droits de laquelle est venue la société Egis Eau par avenant du 24 août 2007. A l'issue des études réalisées par ce maître d'œuvre, il a été décidé que l'ouvrage mesurerait 270 mètres de longueur, comprendrait 23 tronçons de 11,70 m de bride à bride numéroté de " 0 " (extrémité en mer) à " 23 " (jonction à sarcophage), comportant un tuyau en polyéthylène à haute densité (PEDH) de 500 mm de diamètre avec des systèmes d'ancrages de type berceau et câbles métalliques, écolestes et d'anodes sacrificielles sur les berceaux métalliques pour réduire les phénomènes de corrosion sur l'ouvrage. Par acte d'engagement signé le 4 novembre 2009, les travaux de réalisation de l'émissaire ont été confiés à un groupement solidaire composé des sociétés SOGEA Réunion, mandataire, et de la société " Compagnie de travaux subaquatiques internationale " (CTSI), pour un montant de 2 038 715 euros TTC. Par procès-verbal de mars 2011, le maître d'œuvre a effectué les opérations préalables à la réception, en relevant l'inexécution de certaines épreuves en l'absence de mise en service de la STEP, l'inexécution de certaines prestations prévues au contrat (remise des dossiers des ouvrages exécutés, remise des notices de fonctionnement et d'entretien de l'ouvrage et remise en état des terrains), l'existence de certaines imperfections ou malfaçons révélées par un film sous-marin d'inspection, et notamment la nécessité de compléter le bétonnage de la section -1 m à -5 m de profondeur de la canalisation, ainsi que l'absence d'anodes sur certains ancrages, et dont la reprise devra être confirmée par la remise d'une nouvelle vidéo. Par procès-verbal signé le 31 janvier 2013, le maître d'œuvre a considéré que les difficultés constatées lors des opérations préalables de mars 2011 étaient résolues après l'exécution concluante des épreuves manquantes, la réalisation des travaux et prestations ayant fait l'objet de réserves et la correction des imperfections et malfaçons, seules restant à réaliser le repli des installations de chantiers et la remise en état des terrains. Par décision du 4 avril 2013, au vu de ce procès-verbal et de la proposition de réception sans réserve formulées le même jour par le maître d'œuvre, la commune a prononcé la réception sans réserve des travaux à compter du 17 janvier 2011 " sous réserve que les installations de chantiers aient été repliées et que les terrains et les lieux aient été remis en état avant le 18 avril 2011 ". Dans le cadre de la présente instance, en premier lieu, la commune de Saint-Leu demande au tribunal d'annuler la décision du 4 avril 2013 par laquelle elle a prononcé la réception sans réserve de l'ouvrage, au motif que cette réception a été obtenue par dol, et, par voie de conséquence de condamner le maître d'œuvre et le groupement de travaux, au titre de leur responsabilité contractuelle, à lui verser la somme de 6 128 851,84 euros, en réparation des préjudices liés à l'absence de réalisation du tronçon " 0 " de l'émissaire et à l'absence ou au mauvais état d'anodes sur certains systèmes d'ancrages métalliques de l'émissaire. A titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal rejetterait ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de réception sans réserve des travaux, la commune demande la condamnation du seul maître d'œuvre à lui verser la même somme, toujours au titre de sa responsabilité contractuelle, mais au seul titre du manquement à son devoir de conseil du maître d'ouvrage lors de la réception des travaux. Ensuite, dans l'hypothèse où le tribunal ne retiendrait pas la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre et du groupement de travaux, la commune demande la condamnation des mêmes à lui verser la somme de 3 086 446,63 euros, au titre de leur responsabilité extracontractuelle fondée sur leur qualité de gardien de l'ouvrage pour la période antérieure à la réception de celui-ci. Enfin, en dernier lieu, la commune demande la condamnation des mêmes à lui verser la somme de 7 086 446,63 euros, au titre de la garantie décennale des constructeurs. Par jugement du 3 octobre 2019, le tribunal administratif de La Réunion a ordonné une expertise avant dire droit en vue de déterminer la nature, l'importance et le coût des travaux nécessaires pour la réalisation du tronçon " 0 " de l'émissaire en mer, de déterminer la cause de la déconnexion des anodes sur les ancrages des tronçons 9, 10, 12 14, 15, 16, 17 et 18 en précisant leur éventuelle imputabilité à une erreur de conception commise par le maître d'œuvre ou à une erreur d'exécution commise par le groupement de travaux, et d'indiquer la nature, l'importance et le coût des travaux nécessaires pour remédier à ces désordres.
Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête :
2. Par jugement n° 1400375 du 28 juillet 2016, devenu définitif, le tribunal a rejeté les conclusions présentée par la commune de Saint-Leu, tendant à la condamnation de la société Egis Eau à lui verser la somme de 1 047 730,30 euros TTC en réparation de préjudices nés de l'exécution du marché de maîtrise d'œuvre relatif à la réalisation d'un émissaire sous-marin de rejet des eaux usées traitées de la nouvelle station d'épuration " Bois de Nèfles " signé le 21 juillet 2006 avec la société BCEOM. Ce jugement qui retient l'irrecevabilité des conclusions présentées par la commune en l'absence de production de la délibération du conseil municipal habilitant le maire à agir en justice, n'a donc pas statué au fond sur le bien-fondé des conclusions présentées par la commune, ne fait aucunement obstacle à ce que la commune saisisse de nouveau le tribunal de conclusions indemnitaires en partie dirigées contre le même maître d'œuvre et tenant à la réparation de préjudices liées à l'exécution du même marché de maîtrise d'œuvre.
3. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir soulevée par la société Egis Eau tirée de l'existence de ce précédent jugement du 28 juillet 2016 doit être rejetée.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de réception des travaux :
4. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles.
5. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Une telle décision, qui marque le terme normal d'une opération de travaux publics, ne saurait être assimilée à une décision de résiliation du contrat, qui met fin de manière anticipée et accidentelle aux relations contractuelles. Par suite, en application des principes précités, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision d'exécution du contrat doivent être rejetées comme irrecevables par leur objet.
Sur la responsabilité contractuelle :
En ce qui concerne les fautes commises :
6. La réception met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. La réception interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation. Il en va ainsi, s'agissant des dommages causés aux tiers, et sauf clause contractuelle contraire, alors même que le maître de l'ouvrage entendrait exercer une action en garantie à l'encontre des constructeurs à raison de condamnations prononcées contre lui au profit de ces tiers, sauf dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part.
7. Aux termes de l'article 1137 du code civil : " Le dol est le fait pour un contractant d'obtenir le consentement de l'autre par des manœuvres ou des mensonges. / Constitue également un dol la dissimulation intentionnelle par l'un des contractants d'une information dont il sait le caractère déterminant pour l'autre partie / Néanmoins, ne constitue pas un dol le fait pour une partie de ne pas révéler à son cocontractant son estimation de la valeur de la prestation. ".
8. Le maître d'œuvre qui s'abstient d'attirer l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage dont il pouvait avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves, commet un manquement à son devoir de conseil de nature à engager sa responsabilité, sans qu'y fasse obstacle la réception des travaux par le maître d'ouvrage.
S'agissant de l'absence de tronçon 0 et de certaines anodes :
9. En premier lieu, il ressort des constats opérés dans le cadre des opérations d'expertise et en particulier de l'analyse de la vidéo réalisée par la société CTSI le 12 février 2011 que le tronçon T " 0 " était bien en place à la date des opérations de réception de l'ouvrage. Dans ces conditions, la commune de Saint-Leu n'est pas fondée à engager la responsabilité contractuelle du groupement en charge des travaux et du maître d'œuvre.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport rédigé par le cabinet Ginger, que certains ancrages des tronçons 7, 8, 10, 11, 12, 14, 16, 17, 18, 19 et 20 ne comportent aucune anode. Dans les circonstances de l'espèce, dès lors notamment qu'aucune trace de ces équipements n'a été retrouvée à proximité des tronçons concernés et que le procès-verbal d'opérations préalables à la réception rédigé en mars 2011 par le maître d'œuvre mentionne expressément l'absence d'anodes sur certains ancrages, ces anodes doivent être regardées comme n'ayant jamais été posées par le groupement de travaux et ne sauraient être regardées comme imputables à des évènements météorologiques exceptionnels liés à des houles cycloniques survenues entre février 2011 et mars 2013, mais seulement à l'absence de réalisation des travaux par le groupement de travaux.
11. Il résulte de ce qui précède que le groupement de travaux SOGEA/CTSI, qui doit être regardé comme s'étant volontairement abstenu de poser certaines anodes sur les ancrages des tronçons 7, 8, 10, 11, 12, 14, 16, 17, 18, 19 et 20, a gravement et délibérément méconnu son obligation contractuelle d'exécution intégrale des travaux, et, dans ces conditions, a obtenu la levée des réserves par dol. Par suite, la commune de Saint-Leu est dans cette mesure fondée à rechercher sa responsabilité contractuelle, sans qu'y fasse obstacle la réception sans réserve des travaux.
S'agissant des anodes déconnectées :
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport rédigé par le cabinet Ginger, que certaines anodes des tronçons 9, 10 et 12 sont totalement déconnectées de leur ancrage, et certaines anodes des tronçons 14, 15, 16, 17 et 18 sont partiellement déconnectées de celui-ci.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction et en particulier des conclusions du rapport d'expertise que l'arrachement total ou partiel de ces anodes soit imputable à des manquements manifestes aux stipulations du marché ou aux règles de l'art, volontairement commises par le groupement de travaux et dont le maître d'œuvre aurait pu avoir connaissance. Dans ces conditions, en l'absence de dol, la réception sans réserve fait obstacle à ce que la commune recherche la responsabilité contractuelle du groupement de travaux au titre de ces désordres. En outre, la commune n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du maître d'œuvre au titre d'un manquement à son devoir de conseil.
En ce qui concerne les préjudices :
16. En premier lieu, la commune de Saint-Leu demande le versement d'une somme d'un montant de 1 509 785,60 d'euros HT, au titre des pénalités de retard, sur le fondement des dispositions de l'article 4.3 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché conclu avec le groupement de travaux. Toutefois, un tel préjudice, lié à l'exécution tardive du marché, est sans lien direct avec l'absence de réalisation du tronçon " 0 " et l'absence d'anodes sur certains ancrages des tronçons 7, 8, 10, 11, 12, 14, 16, 17, 18, 19 et 20, qui caractérisent une inexécution de certaines prestations du marché. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.
17. En deuxième lieu, la commune demande le versement d'une somme d'un montant de 478 551,84 euros, au titre d'indemnités versées aux constructeurs de la station d'épuration " Bois de Nèfles " en raison de surcoûts imputables à l'ajournement des travaux pour cause d'indisponibilité de l'émissaire de rejet en mer et réglés à ces entreprises en application d'un protocole transactionnel signé le 27 novembre 2012. Toutefois, ce protocole concerne l'indemnisation d'une période d'ajournement pour la période du 19 mars 2010 au 2 mars 2011. Il est donc sans lien direct et certain avec les désordres précités relatifs à l'absence de tronçon " 0 " et de certaines anodes, découverts en avril 2013. Par suite, ce chef de préjudice doit également être écarté.
18. En troisième lieu, la commune demande le versement d'une somme de 2 millions d'euros au titre des frais déjà engagés pour la mise en place d'une solution alternative temporaire, à raison de 1 354 863,65 euros HT de frais de récupération des eaux traitées vers les lagunes d'infiltration de la station du cimetière et 650 000 euros de travaux de rénovation, d'extension et de création de nouvelles lagunes d'infiltration sur le site de la STEP cimetière pour accueillir ces eaux usées. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces travaux ont été entrepris antérieurement à la découverte en avril 2013 des désordres liés à l'absence de tronçon " 0 " et à l'absence de certaines anodes. Dans ces conditions, la réalisation de ces travaux est sans lien direct et certain avec ces désordres. Par suite, ce chef de préjudice doit encore être écarté.
19. En quatrième lieu, la commune de Saint-Leu demande le versement d'une somme d'un montant de 150 000 euros au titre du préjudice d'image de la commune, en faisant valoir qu'elle se trouverait " totalement discréditée " pour avoir engagé des sommes colossales d'argent public pour un ouvrage inutilisable depuis sa livraison. Toutefois, au soutien de ses allégations, elle se borne à produire un article paru sur le site d'information " Z'infos 974 " le 6 septembre 2018, qui fait état de l'absence de mise en service de la nouvelle STEP de " Bois de Nèfles ", suite à l'indisponibilité de l'émissaire, mais ne contient aucun commentaire désobligeant à l'égard de la municipalité saint-leusienne. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'indisponibilité de l'émissaire soit imputable de manière directe et certaine aux désordres liés à l'absence de tronçon " 0 " ou à l'absence de certaines anodes. Par suite, ce chef de préjudice doit également être écarté.
20. En dernier lieu, la commune de Saint-Leu demande le versement d'une somme de 2 millions d'euros au titre des travaux nécessaires à la réalisation du tronçon " 0 " de l'émissaire. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement, une telle demande ne peut qu'être rejetée.
Sur la responsabilité quasi-délictuelle :
21. Lorsqu'il n'existe aucune stipulation contractuelle fixant une date différente, la perte résultant de ce que l'ouvrage vient à être détruit ou endommagé par suite d'un cas de force majeure ou d'un cas fortuit est à la charge de l'entrepreneur si la destruction ou les dommages se produisent avant la réception provisoire de l'ouvrage.
22. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la déconnexion totale ou partielle des anodes soit survenue avant la réception provisoire de l'ouvrage en mars 2011. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que ces désordres soient imputables à un cas de force majeure ou un cas fortuit, dès lors, notamment, que l'existence de violentes houles cycloniques durant l'hiver austral sur le littoral réunionnais ne saurait être regardée comme un événement imprévisible. Par suite, la commune de Saint-Leu n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'entrepreneur au titre de qualité de gardien de l'ouvrage avant sa réception provisoire en réparation des préjudices liés aux anodes déconnectées.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
23. Il résulte des principes dont s'inspirent les articles 1792 et 2270 du code civil, que des dommages apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale, sous réserve que les vices à l'origine de ces dommages n'aient pas été apparents à la réception ou que la conséquence et la gravité des vices apparents n'aient pas été décelables au moment de la réception. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la garantie décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
En ce qui concerne l'absence du tronçon 0 :
24. Il résulte des conclusions du rapport d'expertise que la disparition du tronçon " 0 " ne peut, compte tenu de la présence d'anodes à proximité des ancrages et de l'absence de toute marque de déformation à l'extrémité aval du tuyau du tronçon T1, ni s'expliquer par un phénomène d'arrachement ni avoir par ailleurs pour cause la pose d'un nombre insuffisant d'anodes ou de boulons sur les brides de liaison des tronçons T1 et T0 mais trouverait plus vraisemblablement, selon les conclusions non sérieusement contestées de l'expert, son origine dans un démontage du tuyau par des plongeurs. Dans ces conditions, faute de preuve que la disparition de ce tronçon serait imputable au groupement en charge des travaux ou au maître d'œuvre, la commune de Saint-Leu n'est pas fondée à engager leur responsabilité décennale à ce titre.
En ce qui concerne la déconnexion des anodes :
24. Il est constant que le désordre lié à la déconnexion totale ou partielle d'anodes sur les ancrages des tronçons 9, 10, 12, 14, 15, 16, 17 et 18 est apparu dans le délai d'épreuve de dix ans. Il n'est ni soutenu, ni même allégué, que ces désordres présentaient un caractère apparent lors de la réception des travaux. Enfin, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que ces anodes participent d'un dispositif anti-corrosion des ancrages et, par suite, que leur détérioration sur certains ancrages de 8 des 23 tronçons de l'ouvrage est susceptible de compromettre la solidité de l'émissaire. Il ressort du rapport d'expertise du 18 juin 2021 dont les conclusions ne sont pas sérieusement contestées que ce phénomène de déconnexion s'explique principalement par le placement des anodes en équilibre sur la génératrice supérieure des tuyaux en méconnaissance du plan d'implantation établi par la société BAC. Il résulte également de ce rapport que, selon l'expert, cette erreur d'exécution, imputable à la société CTSI, se double, d'une part, d'une carence du maître d'œuvre dans l'exercice de ses missions de direction de l'exécution des travaux et d'assistance aux opérations de réception et, d'autre part, de l'absence de mise en œuvre par la commune de Saint-Leu d'un programme de contrôle et de maintenance du dispositif de protection cathodique après la réception des travaux. Compte tenu des conclusions du rapport d'expertise, il y a, dès lors, lieu, de fixer la part imputable au groupement en charge des travaux à 75%, celle de la maîtrise d'œuvre à 15% et celle de la commune de Saint-Leu à 10%.
25. En l'absence de toute contestation des défendeurs sur la nature et l'estimation du coût des travaux de reprise de ce désordre, il y a lieu de retenir la somme de 14 000 euros toutes taxes comprises proposée par l'expert. Dans ces conditions, la commune de Saint-Leu est fondée à demander la condamnation solidaire de la société Egis Eau et des sociétés Sogea Réunion et CTSI à lui verser la somme de 12 600 euros toutes taxes comprises.
En ce qui concerne la disparition des certains tronçons de l'émissaire :
26. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport établi le 18 juin 2021, qu'à l'occasion du contrôle visuel de l'émissaire opéré le 21 novembre 2019, l'expert a observé la ruine de l'ouvrage entre les tronçons nos 15 et 20 et l'absence de raccordement du tronçon n° 21 au tronçon n° 22 dont il a constaté la disparition. La commune de Saint-Leu, estimant à juste titre que la rupture de la canalisation entre l'amont du tronçon n° 15 et l'aval du tronçon n° 20 tout comme la disparition du tronçon n° 22 sont constitutifs de désordres de nature décennale, demande dans le dernier état de ses écritures la condamnation des parties défenderesses à l'indemniser du montant. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas établi par la requérante, qui ne produit aucun élément technique à l'appui de ses écritures, que ces désordres justifieraient qu'il soit procédé à la reconstruction intégrale de l'émissaire. En outre, dans la mesure où il résulte de l'instruction que l'absence de fonctionnement de l'émissaire trouve son origine dans des difficultés de réalisation des travaux d'atterrage à la station d'épuration " Bois de Nèfles " étrangères à l'état de la canalisation et dont rien n'indique qu'elles ont été aujourd'hui été résolues, l'expertise que la commune de Saint-Leu sollicite ne présente, en l'état du dossier, aucune utilité. Il suit de là que les conclusions tendant à la condamnation solidaire de la société Egis Eau et du groupement Sogea Réunion- CTSI au versement de la somme 2 456 594,49 euros TTC doivent être rejetées.
Sur les dépens :
27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 60 610,90 euros toutes taxes comprises, à hauteur de 75% à la charge solidaire des sociétés Sogea Réunion et CTSI, à hauteur de 15% à la charge de la société Egis Eau et à hauteur de 10% à hauteur de la commune de Saint-Leu.
Sur les appels en garantie :
28. Compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 24 du présent jugement, la société Egis Eau est fondée à demander à être garantie par les sociétés Sogea Réunion et CTSI à hauteur de 75% au titre de la condamnation prononcée au titre des travaux de reprise des désordres relatifs à la protection cathodique En revanche, en l'absence de toute autre condamnation de l'intéressée, les appels en garantie qu'elle forme sont sans objet.
Sur les frais du litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Leu, qui n'est pas partie perdante, le versement aux sociétés Egis Eau, Sogea Réunion et CTSI d'une somme au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre solidairement à la charge des sociétés Egis Eau, Sogea Réunion et CTSI le versement à la commune de Saint-Leu d'une somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La société Egis Eau, la société Sogea Réunion et la société CTSI sont solidairement condamnées à verser à la commune de Saint-Leu la somme de 12 600 euros toutes taxes comprises.
Article 2 : Il est statué sur les appels en garantie des parties dans les conditions fixées au point 28 du présent jugement.
Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise réalisée par M. A, sont liquidés et taxés à la somme de 60 610,90 euros toutes taxes comprises, à hauteur de 75% à la charge solidaire des sociétés Sogea Réunion et CTSI, à hauteur de 15% à la charge de la société Egis Eau et à hauteur de 10% à hauteur de la commune de Saint-Leu.
Article 4 : La société Egis Eau, la société Sogea Réunion et la société CTSI verseront solidairement à la commune de Saint-Leu une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Leu, à la société Egis Eau, à la société SOGEA Réunion et à la société Compagnie de travaux subaquatiques internationale (CTSI).
Copie en sera adressée pour information à M. B A, expert.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Séval, président,
M. Biget, premier conseiller,
M. Banvillet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. BANVILLETLe président,
J.-P. SEVAL
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/la greffière en chef
La greffière,
J. BELENFANT
No 1600051
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026