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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-1901403

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-1901403

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-1901403
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantGHEDIR FRANCOIS JACQUEMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 octobre 2019 et 2 avril 2020, la SAS Teralta Granulat Béton Réunion, représentée par Me Ghedir, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 août 2019 par laquelle le directeur régional des finances publiques de La Réunion a refusé de lui accorder le remboursement d'un crédit d'impôt d'un montant de 66 581 euros au titre des dépenses de recherche se rattachant à l'exercice 2015 ;

2°) d'ordonner avant-dire droit une expertise du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ;

3°) d'enjoindre, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, au directeur régional des finances publiques de La Réunion de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le développement expérimental d'une formulation de béton possédant des caractéristiques nouvelles et non connues ne se limite pas à une approche performantielle mais constitue au contraire une activité éligible au crédit d'impôt recherche prévu à l'article 244 quater B du code général des impôts ;

- ces travaux entrent bien dans les prévisions du paragraphe 70 de la documentation administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20-20161102.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 mars et 11 mai 2020, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 26 mars 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A, premier consieller,

- les conclusions de M. Riou, rapporteur public ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Teralta Granulat Béton Réunion, qui exerce une activité de fabrication de ciment, béton, granulat et de préfabrication a présenté, le 13 mai 2019, une demande de remboursement de son crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elle a engagées au cours de l'exercice 2015, pour un montant de 66 581 euros, dans le cadre du développement d'une nouvelle formulation de béton possédant des caractéristiques jusqu'ici non connues. Par décision du 7 août 2019, le directeur régional des finances publiques de La Réunion a rejeté sa réclamation. La SAS Teralta Granulat Béton Réunion demande au tribunal de lui accorder la restitution de ce crédit d'impôt.

Sur le terrain de la loi fiscale :

2. Aux termes du I de l'article 244 quater B du code général des impôts : " Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année () II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation de prototypes ou d'installations pilotes. () ; b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. () ; c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; () d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes de recherche privés agréés par le ministre chargé de la recherche, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions. () j) Les dépenses de veille technologique exposées lors de la réalisation d'opérations de recherche, dans la limite de 60 000 € par an. () ". Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III à ce code : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; / b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. / Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ".

3. Ne peuvent être prises en compte pour le bénéfice du crédit d'impôt recherche que les dépenses exposées pour le développement ou l'amélioration substantielle de matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services, dont la conception ne pouvait être envisagée, eu égard à l'état des connaissances techniques à l'époque considérée, par un professionnel averti, par simple développement ou adaptation de ces techniques.

4. Il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations, et, notamment, d'examiner si les opérations de recherche apportent une contribution théorique ou expérimentale à la résolution de problèmes techniques, ou bien présentent un caractère de nouveauté au sens de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts.

5. Il résulte de l'instruction que les travaux réalisés par la SAS Teralta Granulat Béton Réunion consistent pour l'essentiel en des essais, réalisés selon des méthodes et protocoles scientifiques éprouvés, destinés à obtenir une formule de béton permettant d'atteindre les prescriptions techniques attendus pour la réalisation du viaduc de la Grande Chaloupe. Ces travaux, rendus nécessaires par la spécificité des caractéristiques des granulats présents sur l'île entrant dans la composition du béton, visent uniquement à répondre, par adaptation de procédés existants, aux besoins exprimés par le maître d'ouvrage d'un marché de travaux dans lequel la société requérante intervient en qualité de fournisseur et n'ont pas, en tant que tel, été effectués en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle, au sens de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Il suit de là qu'ils n'ont pas le caractère d'opérations de développement expérimental et ne peuvent bénéficier du crédit d'impôt prévu par l'article 244 quater B du code général des impôts.

Sur le terrain de la doctrine :

6. La SAS Teralta Granulat Béton Réunion se prévaut du paragraphe 70 de la documentation administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20-20161102, publiée le 2 novembre 2016, selon laquelle le développement expérimental consiste en des travaux menés de façon systématique fondés sur des connaissances existantes obtenues par la recherche et/ou l'expérience pratique, en vue de lancer la fabrication des nouveaux matériaux, produits ou dispositifs, d'établir de nouveaux procédés, systèmes et services ou d'améliorer substantiellement ceux qui existent déjà. Toutefois, ce paragraphe ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle qui est faite par le présent jugement.

7. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de prescrire avant-dire droit une expertise, que la requête de la SAS Teralta Granulat Béton Réunion doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Teralta Granulat Béton Réunion est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Teralta Granulat Béton Réunion et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Seval président,

M. Biget, premier conseiller,

M. Banvillet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. BANVILLETLe président,

J.-P. SEVAL

La greffière,

J. BELENFANT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef

La greffière,

J. BELENFANT

No 1901403

jb

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