jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2000022 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HOARAU-GIRARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier 2020 et 26 février 2021, l'EURL Bourbon Expertises Conseil, représentée par Me Hoarau, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercice clos en 2011, 2012 et 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le contrôle simultané de cinq entreprises par l'administration fiscale sur une très courte période ne lui a pas permis d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur ;
- en justifiant les redressements litigieux, dans la proposition de rectification substitutive du 26 décembre 2017, par l'acte anormal de gestion, alors qu'elle s'était initialement fondée, dans sa proposition de rectification du 28 novembre 2014, sur la notion d'abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, l'administration doit être regardée comme s'étant implicitement mais nécessairement placée dans une situation d'abus de droit rampant, entachant la procédure d'irrégularité ;
- les majorations pour manquement délibéré ne sont que la conséquence mathématique des cotisations supplémentaires d'imposition contestées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2021, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les observations de Me Hoarau, représentant l'EURL Bourbon Expertises Conseil,
- le directeur régional des finances publiques de La Réunion n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Bourbon Expertises Conseils a fait l'objet, du 9 septembre au 23 octobre 2014, d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos aux 31 décembre des années 2011, 2012 et 2013 à l'issue de laquelle le service lui a notifié, par une première proposition de rectification du 28 novembre 2014, à laquelle s'est substituée une seconde proposition de rectification du 26 décembre 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de cette même période. Elle demande la décharge, en droits et pénalités, de ces rappels et cotisations supplémentaires.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
3. En l'occurrence, il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle se sont déroulées au sein des locaux de l'entreprise entre le 9 septembre et le 23 octobre 2014, en présence du gérant de l'établissement vérifié lors de la première et de la dernière intervention du vérificateur. Si l'EURL Bourbon Expertises Conseils soutient que la vérification simultanée de cinq entreprises par l'administration fiscale ne lui a pas permis d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, elle ne produit aucun élément de nature à établir que, lors des différentes réunions ayant eu lieu dans ses locaux, le vérificateur se serait soustrait à toute discussion, alors que, comme le fait valoir l'administration fiscale, la concentration des interventions sur un même lieu et aux mêmes dates était justifiée par les liens étroits existants entre les différents établissements vérifiés. Par suite, la société requérante n'établit pas avoir été privée d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur et n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est, pour ce motif, entachée d'irrégularité.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. Les avis rendus font l'objet d'un rapport annuel qui est rendu public ". En vertu de ces dispositions, l'administration est fondée à écarter comme ne lui étant pas opposables les actes passés par le contribuable, dès lors que ces actes ont un caractère fictif ou, à défaut, n'ont pu être inspirés par aucun motif autre que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé de tels actes, aurait normalement supportées eu égard à sa situation et à ses activités réelles. Toutefois ces dispositions ne sont pas applicables, alors même qu'une de ces conditions serait remplie, lorsque le redressement est justifié par l'existence d'un acte anormal de gestion.
5. En l'occurrence, si, dans la première proposition de rectification du 28 novembre 2014, l'administration s'est fondée sur la procédure de répression des abus de droit prévue par les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales pour justifier les réintégrations litigieuses, il résulte de l'instruction que, dans la seconde proposition de rectification du 26 décembre 2017, qui s'est entièrement substituée à la précédente, l'administration a, comme dans ses écritures en défense produites dans la présente instance, remis en cause la réalité des prestations de sous-traitance comptabilisées par l'EURL Bourbon Expertises Conseils au motif qu'elles étaient fictives ou surévaluées et a considéré que les sommes versées en exécution de ces contrats de sous-traitance étaient dépourvues de contrepartie. Ainsi, l'administration n'a entendu, ni explicitement, ni implicitement, dénoncer la passation d'actes fictifs ou qui auraient été conclus dans le seul but d'éluder l'impôt mais a seulement entendu donner à ces actes, compte tenu des faits portés à sa connaissance, une qualification différente de celle adoptée par le contribuable. A supposer même que l'une des conditions de l'abus de droit prévue par les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales aurait été remplie, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition dès lors que l'administration justifie le refus de la déductibilité des charges et de la taxe sur la valeur ajoutée par l'existence d'un acte anormal de gestion. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait implicitement mais nécessairement invoqué un abus de droit et que, faute pour le vérificateur de l'avoir avisée de ce qu'elle avait la possibilité de saisir le comité de l'abus de droit fiscal, les impositions litigieuses auraient été établies à l'issue d'une procédure irrégulière.
En ce qui concerne les majorations :
6. Si l'EURL Bourbon Expertises Conseils fait valoir que les majorations pour manquement délibéré, prévues par les dispositions de l'article 1729, a du code général des impôts, ne sont que la conséquence mathématique des cotisations supplémentaires d'imposition contestées, le moyen tel que formulé n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par l'EURL Bourbon Expertises Conseils doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par l'EURL Bourbon Expertises Conseils sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Bourbon Expertises Conseils est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Bourbon Expertises Conseils et au directeur régional des finances publiques de la Réunion.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 28 novembre 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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