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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2000023

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2000023

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2000023
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHOARAU-GIRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier 2020 et 2 mars 2021, la SARL Bourbon Assistance Conseil, représentée par Me Hoarau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2011, 2012 et 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière, le signataire de la proposition de rectification du 26 décembre 2017 apparaissant comme juge et partie dès lors que la proposition comporte la signature du chef de brigade une première fois en tant que chef de brigade à la place du vérificateur et une seconde fois au titre du visa des majorations, en méconnaissance des articles L. 80 E et R. 80 E-1 du livre des procédures fiscales ;

- le contrôle simultané de cinq entreprises par l'administration fiscale sur une très courte période ne lui a pas permis d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur ;

- en justifiant les redressements litigieux, dans la proposition de rectification substitutive du 26 décembre 2017, par l'acte anormal de gestion, alors qu'elle s'était initialement fondée, dans sa proposition de rectification initiale du 28 novembre 2014, sur la notion d'abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, l'administration doit être regardée comme s'étant implicitement mais nécessairement placée dans une situation d'abus de droit rampant, entachant la procédure d'irrégularité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2020, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Hoarau, représentant la SARL Bourbon Assistance Conseils,

- le directeur régional des finances publiques de La Réunion n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Bourbon Assistance Conseils a fait l'objet, du 9 septembre au 23 octobre 2014, d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos aux 31 décembre des années 2011, 2012 et 2013 à l'issue de laquelle le service lui a notifié, par une première proposition de rectification du 28 novembre 2014, à laquelle s'est substituée une seconde proposition de rectification du 26 décembre 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de cette même période. Elle demande la décharge, en droits et pénalités, de ces rappels et cotisations supplémentaires.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 E du livre des procédures fiscales : " La décision d'appliquer les majorations et amendes prévues aux articles 1729, 1732,1735 ter et 1740 A bis du code général des impôts est prise par un agent de catégorie A détenant au moins un grade fixé par décret qui vise à cet effet le document comportant la motivation des pénalités. " Et aux termes de l'article R. 80 E-1 du même livre : " La décision d'appliquer les majorations et amendes mentionnées à l'article L. 80 E est prise par un agent ayant au moins le grade d'inspecteur divisionnaire ".

3. Il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe que le vérificateur ayant signé la proposition de rectification ne puisse également apposer sa signature au titre du visa des majorations dès lors qu'il a au moins le grade d'inspecteur divisionnaire. En tout état de cause, la décision d'appliquer la majoration litigieuse ayant été prise par un agent ayant le grade d'inspecteur principal, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est, pour ce motif, entachée d'irrégularité.

4. En deuxième lieu, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.

5. En l'occurrence, il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle se sont déroulées au sein des locaux de l'entreprise entre le 9 septembre et le 23 octobre 2014, en présence du représentant légal de l'établissement vérifié. Si la SARL Bourbon Assistance Conseils soutient que la vérification simultanée de cinq entreprises par l'administration fiscale ne lui a pas permis d'avoir la possibilité d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, elle ne produit aucun élément de nature à établir que, lors des différentes réunions ayant eu lieu dans ses locaux, le vérificateur se serait soustrait à toute discussion, alors que, comme le fait valoir l'administration fiscale, la concentration des interventions sur un même lieu et aux mêmes dates était justifiée par les liens étroits existants entre les différents établissements vérifiés. Par suite, la société requérante n'établit pas avoir été privée d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur et n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est, pour ce motif, entachée d'irrégularité.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. Les avis rendus font l'objet d'un rapport annuel qui est rendu public ". En vertu de ces dispositions, l'administration est fondée à écarter comme ne lui étant pas opposables les actes passés par le contribuable, dès lors que ces actes ont un caractère fictif ou, à défaut, n'ont pu être inspirés par aucun motif autre que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé de tels actes, aurait normalement supportées eu égard à sa situation et à ses activités réelles. Toutefois ces dispositions ne sont pas applicables, alors même qu'une de ces conditions serait remplie, lorsque le redressement est justifié par l'existence d'un acte anormal de gestion

7. En l'occurrence, si, dans la première proposition de rectification du 28 novembre 2014, l'administration s'était fondée sur la procédure de répression des abus de droit prévue par les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales pour justifier les réintégrations litigieuses, il résulte de l'instruction que, dans la seconde proposition de rectification du 26 décembre 2017, qui s'est entièrement substituée à la précédente, l'administration a, comme dans ses écritures en défense produites dans la présente instance, remis en cause la réalité des prestations de sous-traitance effectuées par la société Bourbon Assistance Conseils au motif qu'elles étaient fictives ou surévaluées et a considéré que les sommes versées en exécution de ces contrats de sous-traitance étaient dépourvues de contreparties. Ainsi, l'administration n'a entendu, ni explicitement, ni implicitement, dénoncer la passation d'actes fictifs ou qui auraient été conclus dans le seul but d'éluder l'impôt mais a seulement entendu donner à ces actes, compte tenu des faits portés à sa connaissance, une qualification différente de celle adoptée par le contribuable. A supposer même que l'une des conditions de l'abus de droit prévue par les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales aurait été remplie, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition dès lors que l'administration justifie le refus de la déductibilité des charges et de la taxe sur la valeur ajoutée par l'existence d'un acte anormal de gestion. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait implicitement mais nécessairement invoqué un abus de droit et que, faute pour le vérificateur de l'avoir avisée de ce qu'elle avait la possibilité de saisir le comité de l'abus de droit fiscal, les impositions litigieuses auraient été établies à l'issue d'une procédure irrégulière.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la société Bourbon Assistance Conseils doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société Bourbon Assistance Conseils sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Bourbon Assistance Conseils est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Bourbon Assistance Conseils et au directeur régional des finances publiques de la Réunion.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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