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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2000027

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2000027

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2000027
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHOARAU-GIRARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a rejeté la requête de la société Michel Bertin contestant des rappels de TVA et des rehaussements de résultats. La société soutenait avoir été privée d'un débat oral et contradictoire lors de la vérification de comptabilité, mais le tribunal a jugé qu'elle n'apportait pas la preuve de ce refus de débat. Elle invoquait également un "abus de droit rampant" en raison d'un changement de motivation de l'administration, passant de l'abus de droit à la fictivité des prestations. Le tribunal a implicitement écarté ce moyen, considérant la procédure régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code général des impôts et du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 janvier 2020 et 26 février 2021, la société Michel Bertin, représentée par Me Hoarau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période correspondant à l'année 2013 ;

2°) de prononcer la réintégration des sommes dont l'administration lui a refusé la déduction de son résultat au titre des années 2011, 2012 et 2013 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le contrôle simultané de cinq entreprises par l'administration fiscale sur une très courte période ne lui a pas permis d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur ;

- en justifiant les redressements litigieux, dans la proposition de rectification substitutive du 26 décembre 2017, par le caractère fictif des prestations facturées, alors qu'elle s'était initialement fondée, dans sa proposition de rectification du 28 novembre 2014, sur la notion d'abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, l'administration doit être regardée comme s'étant implicitement mais nécessairement placée dans une situation d'abus de droit rampant, entachant la procédure d'irrégularité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2020, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Hoarau, représentant la société Michel Bertin,

- le directeur régional des finances publiques de La Réunion n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La Société Michel Bertin a fait l'objet, du 30 septembre au 23 octobre 2014, d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos aux 31 décembre des années 2011, 2012 et 2013 à l'issue de laquelle le service a procédé, par une première proposition de rectification du 28 novembre 2014, à laquelle s'est substituée une seconde proposition de rectification du 26 décembre 2017, à la rectification de ses résultats au titre des exercices clos en 2011, 2012 et 2013 et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période correspondant à l'année 2013. Elle demande la décharge, en droits et pénalités, de ces rappels et la réintégration des sommes dont l'administration lui a refusé la déductibilité de son résultat.

2. D'une part, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.

3. En l'occurrence, il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle se sont déroulées au sein des locaux de l'entreprise entre le 30 septembre et le 23 octobre 2014, en présence du représentant légal de l'établissement vérifié. Si la Société Michel Bertin soutient que la vérification simultanée de cinq entreprises par l'administration fiscale ne lui a pas permis d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, elle ne produit aucun élément de nature à établir que, lors des différentes réunions ayant eu lieu dans ses locaux, le vérificateur se serait soustrait à toute discussion, alors que, comme le fait valoir l'administration fiscale, la concentration des interventions sur un même lieu et aux mêmes dates était justifiée par les liens étroits existants entre les différents établissements vérifiés. Par suite, la société requérante n'établit pas avoir été privée d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur et n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est, pour ce motif, entachée d'irrégularité.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. Les avis rendus font l'objet d'un rapport annuel qui est rendu public ". En vertu de ces dispositions, l'administration est fondée à écarter comme ne lui étant pas opposables les actes passés par le contribuable, dès lors que ces actes ont un caractère fictif ou, à défaut, n'ont pu être inspirés par aucun motif autre que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé de tels actes, aurait normalement supportées eu égard à sa situation et à ses activités réelles.

5. En l'occurrence, si, dans la première proposition de rectification du 28 novembre 2014, l'administration s'était fondée sur la procédure de répression des abus de droit prévue par les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales pour justifier les réintégrations litigieuses, il résulte de l'instruction que, dans la seconde proposition de rectification du 26 décembre 2017, qui s'est entièrement substituée à la précédente, comme dans la présente instance, l'administration, qui a remis en cause la réalité des prestations de sous-traitance effectuées par la société Michel Bertin, au motif qu'elle ne disposait d'aucun moyen matériel pour réaliser les missions qui lui ont été facturées et que certaines factures ne généraient aucun flux financier en contrepartie des prestations, a considéré qu'elle avait procédé à la facturation de prestations fictives. Ainsi, l'administration n'a entendu, ni explicitement, ni implicitement, dénoncer la passation d'actes fictifs ou qui auraient été conclus dans le seul but d'éluder l'impôt mais a seulement entendu donner à ces actes, compte tenu des faits portés à sa connaissance, une qualification différente de celle adoptée par le contribuable. A supposer même que l'une des conditions de l'abus de droit prévue par les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales aurait été remplie, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition dès lors que l'administration justifie les rectifications litigieuses par une autre qualification. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait implicitement mais nécessairement invoqué un abus de droit et que, faute pour le vérificateur de l'avoir avisée de ce qu'elle avait la possibilité de saisir le comité de l'abus de droit fiscal, les impositions litigieuses auraient été établies à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Michel Bertin doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Michel Bertin est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Michel Bertin et au directeur régional des finances publiques de la Réunion.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/O la greffière en chef,

La greffière,

C. JUSSY

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