mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2000214 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HOARAU-GIRARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mars 2020 et 15 avril 2021, M. B A, représenté par Me Hoarau, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à sa charge au titre de l'année 2016, à la suite de l'acceptation partielle de sa réclamation du 5 décembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration fiscale a omis de répondre au moyen exprimé dans sa réclamation préalable relatif à la contestation des distributions constituées par la prise en charge par la société des frais relatifs aux scooters des mers ;
- c'est à tort que l'administration a regardé les dépenses engagées par l'EURL Colikado Express pour la location de deux véhicules de tourisme mis à sa disposition comme des rémunérations et avantages occultes dès lors qu'il s'agit de véhicules de fonction ;
- en tout état de cause, dès lors que les bénéfices sociaux visés par les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts sont présumés distribués à la clôture de l'exercice au terme duquel ils ont été constatés, sauf si la société, le bénéficiaire des distributions ou l'administration apportent des éléments de nature à établir que la distribution a été, en fait, soit postérieure, soit antérieure à cette date, le service ne pouvait retenir des montants de 57 357 et de 9 355 euros au titre des dépenses engagées pour la location de ces deux véhicules de tourisme, les loyers versés en 2016 ne s'élevant qu'à 12 917,12 et à 9 282,26 euros ;
- les dépenses engagées par l'EURL Colikado Express au titre des frais annuels de francisation pour deux scooters des mers ne constituent pas des rémunérations et avantages occultes dès lors qu'il s'agit de frais de sponsoring engagés dans l'intérêt de l'exploitation ;
- l'administration a méconnu le principe " non bis in idem " en lui appliquant la majoration de 25 % prévue par les dispositions du 7 de l'article 158 du code général des impôts et la majoration de 10 % prévue par celles de l'article 1758 A du même code.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 mars 2020 et 19 avril 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal sud-est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un courrier du 16 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen d'exception d'inconstitutionnalité des dispositions du 7 de l'article 158 du code général des impôts faut d'avoir été présenté dans un mémoire distinct.
Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public, enregistrées le 22 mai 2024, ont été présentées par l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal sud-est et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus, conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est le gérant et unique associé de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Colikado Express, laquelle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales, sur la période du 1er août 2014 au 31 juillet 2017. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les revenus perçus au titre des années 2016 et 2017 par lequel l'administration fiscale a tiré les conséquences de la vérification de comptabilité de l'EURL Colikado Express pour regarder l'intéressé comme bénéficiaire des distributions ayant consisté en des avantages et rémunérations occultes. Le service lui a ensuite notifié, par une proposition de rectification du 18 juin 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Par une réclamation du 5 décembre 2019, M. A a sollicité le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2016. Sa demande a fait l'objet d'une décision d'acceptation partielle intervenue le 27 janvier 2020. Par la présente requête, il sollicite la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restées à sa charge au titre de l'année 2016, à la suite de l'acceptation partielle de sa réclamation.
Sur le moyen dirigé contre la décision de rejet de la réclamation :
2. Les vices qui peuvent entacher la décision de rejet d'une réclamation sont sans influence sur la régularité ou le bien-fondé de l'imposition contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale aurait omis de répondre au moyen exprimé par M. A dans sa réclamation préalable relatif à la contestation des distributions générées par les scooters des mers, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
3. Aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel. " Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / () ".
4. Doivent être imposées comme avantages occultes mentionnés au c. de l'article 111 précité du code général des impôts les dépenses effectivement exposées et concourant au financement d'un avantage en nature qui n'a pas été explicitement inscrit en comptabilité, en méconnaissance des dispositions de l'article 54 bis du code général des impôts.
En ce qui concerne les deux véhicules de tourisme :
5. En premier lieu, à partir de 2015, M. A a eu à sa disposition deux véhicules de tourisme, une Porsche Macan et une Ferrari, pris en location longue durée par l'EURL Colikado Express. L'administration fiscale a considéré comme des rémunérations et avantages occultes et regardé comme des bénéfices distribués à M. A une somme de 57 357 euros pour la Porsche Macan et une somme de 9 355 euros pour la Ferrari au titre de l'année 2016 correspondant aux dépenses de location engagées par l'EURL Colikado Express. A cet égard, le service a considéré que les deux véhicules ayant été photographiés au domicile du requérant dans le département du Var, lors d'une perquisition effectuée dans le cadre d'une procédure judiciaire dont l'administration a eu connaissance sur autorisation du ministère public, ils n'ont jamais été utilisés sur l'île de La Réunion où s'exerce exclusivement l'activité de l'EURL Colikado Express. Dans ces conditions, elle a retenu une utilisation personnelle exclusive desdits véhicules Le requérant fait valoir, d'une part, que la circonstance que les véhicules n'aient pas quitté la métropole n'a aucune incidence sur leur caractère de véhicules de fonction dès lors que la société a une activité internationale et comporte un pôle central en métropole et, d'autre part, que l'achat et la revente de la Ferrari ont permis de dégager une plus-value reprise dans les résultats de la société. Toutefois, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations démontrant que les dépenses engagées pour ces véhicules de tourisme auraient été effectuées dans l'intérêt de la société et n'auraient pas un caractère somptuaire. Ainsi, dans la mesure où il a eu la disposition de ces deux véhicules pour son usage personnel, M. A doit être regardé comme ayant bénéficié d'un avantage en nature s'ajoutant à ses autres rémunérations. En outre, il n'est pas soutenu que l'avantage en nature concernant ces dépenses ait été explicitement inscrit en comptabilité. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que les dépenses engagées par l'EURL Colikado Express pour la location de ces deux véhicules de tourisme, à hauteur de 57 257 euros pour le véhicule Porsche et de 9 355 euros pour le véhicule Ferrari, constituent des rémunérations et avantages occultes considérés comme des revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
En ce qui concerne les deux scooters des mers :
6. A partir de 2015, l'EURL Colikado Express a acquis deux scooters des mers. L'administration fiscale a considéré comme des rémunérations et avantages occultes et regardé comme des bénéfices distribués à M. A une somme de 1 133 euros correspondant aux frais annuels de francisation engagés par l'entreprise pour ces deux scooters des mers. M. A soutient que ces dépenses doivent être regardées comme des charges engagées dans l'intérêt de l'exploitation et donc déductibles au titre des frais de sponsoring et se prévaut, à cet égard, d'un jugement du tribunal de grande instance de Saint Denis en date du 13 juillet 2018 ayant admis que deux scooters des mers sont " floqués au nom de l'entreprise de sorte que leur acquisition paraît justifiée par l'intérêt social " de l'entreprise. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que, lors de la vérification de comptabilité de l'EURL Colikado Express, M. A a présenté au service des photographies d'évènements avec des logos " COLIPAYS " justifiant cet investissement, les scooters des mers en question étaient de couleur noire, tandis que ceux dont la présence a été constatée lors de la perquisition au domicile du requérant étaient de couleur blanche. Si M. A fait valoir que les scooters des mers de couleur blanche sont ceux utilisés pour les entraînements alors que les scooters de couleur de couleur noire sont ceux utilisés pour les courses, il ne l'établit pas. En outre, il ne produit aucune pièce permettant de regarder les deux scooters des mers en litige comme ayant servi comme support de sponsoring et non à son seul usage à titre personnel. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que les dépenses engagées par l'EURL Colikado Express au titre des frais annuels de francisation pour les deux scooters des mers qu'elle a acquis constituent des rémunérations et avantages occultes considérés comme des revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
Sur les pénalités et majorations fiscales :
7. Aux termes du 7 de l'article 158 du code général des impôts : " Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : / () / 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice ; / () ". Et aux termes de l'article 1758 A du même code : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. () ".
8. D'une part, la majoration de 25 % prévue par les dispositions précitées du 7 de l'article 158 du code général des impôts ne constituant pas une sanction, M. A ne peut utilement soutenir que l'application du coefficient prévu par ces dispositions méconnaitrait le principe non bis in idem par son cumul avec les pénalités prévues par les dispositions de l'article 1758 A du code général des impôts.
9. D'autre part, à supposer que le requérant puisse être regardé comme excipant de l'inconstitutionnalité des dispositions du 7 de l'article 158 du code général des impôts pour méconnaissance du principe de légalité des délits et des peines, ce moyen ne peut qu'être écarté comme irrecevable faute d'avoir été présenté dans un mémoire distinct, comme l'exigent les dispositions de l'article R. 771-3 du code de justice administrative.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fins de décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à sa charge au titre de l'année 2016 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal sud-est.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller.
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026