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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2000222

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2000222

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2000222
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHOARAU-GIRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2020 et 8 avril 2021, l'EURL Colikado Express, représentée par Me Hoarau, demande au tribunal :

1°) de la décharger, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été notifiés au titre de la période allant d'août 2014 à juillet 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification du 13 décembre 2018 relative aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour l'exercice clos en 2015 et la proposition de rectification du 7 juin 2019 annulant et remplaçant celle du 24 avril 2019 relative aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour les exercices clos en 2016 et 2017 sont insuffisamment motivées, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- en rejetant les prestations facturées par la SARL Colipays International, par la SAS Société de développement et d'investissement et par la SCI Lagrange au motif qu'elles ne correspondaient à aucune prestation de service, l'administration doit être regardée comme ayant considéré qu'il s'agissait de prestations fictives, s'étant alors implicitement placée dans une situation d'abus de droit rampant, entachant la procédure d'irrégularité ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 23 mars 2020 et 19 avril 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal sud-est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus, conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Colikado Express, exerçant une activité de transport de colis, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales, sur la période du 1er août 2014 au 31 juillet 2017, à l'issue de laquelle le service lui a notifié, par deux propositions de rectification du 13 décembre 2018 pour les exercices clos en 2014 et 2015 et du 7 juin 2019 pour les exercices clos en 2016 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant d'août 2014 à juillet 2017. Après rejet de sa réclamation préalable, l'EURL Colikado Express demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été ainsi assujettie.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". L'article R. 57-1 de ce même livre dispose que : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, la régularité d'une proposition de rectification ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs.

4. D'abord, la société requérante soutient que la proposition de rectification du 13 décembre 2018 est insuffisamment motivée quant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée relative à la déduction de la taxe grevée sur les factures de la société Colipays international. En l'occurrence, la proposition de rectification adressée à l'EURL Colikado Express mentionne l'impôt concerné, la période d'imposition, le montant des rectifications opérées et leur fondement juridique. Le vérificateur a détaillé les motifs pour lesquels la réalité des prestations qui auraient été fournies par cette société à la société Colikado Express n'est pas établie. En particulier, il a notamment indiqué que les factures présentées étaient insuffisamment précises et que la société requérante n'a pu justifier de la réalité, de la nature et de l'étendue des prestations par la production de documents se rapportant aux missions exécutées et qu'en conséquence, les sommes facturées par la société Colipays International ne pouvaient faire l'objet d'une déduction de taxe sur la valeur ajoutée.

5. Ensuite, la société requérante soutient que la proposition de rectification du 7 juin 2019 annulant et remplaçant celle du 24 avril 2019 est également insuffisamment motivée quant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée relative à la déduction de la taxe grevée sur les factures de la SARL Société de développement et d'investissement et de la SCI Lagrange. En l'occurrence, la proposition de rectification adressée à l'EURL Colikado Express mentionne l'impôt concerné, la période d'imposition, le montant des rectifications opérées et leur fondement juridique. Le vérificateur a détaillé les motifs pour lesquels la réalité des prestations qui auraient été rendues par ces deux sociétés à la société Colikado Express n'est pas établie. D'une part, il a notamment indiqué, s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déduite sur les " management fees " facturées par la SARL, que les factures présentées étaient insuffisamment précises et que la société requérante n'a pu justifier de la réalité, de la nature et de l'étendue des prestations par la production de documents se rapportant aux missions exécutées. D'autre part, le vérificateur a précisé, s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déduite sur la location d'un immeuble par la SCI Lagrange, que le juge pénal, dans un jugement correctionnel du 13 juillet 2018, devenu définitif et ayant acquis l'autorité de la chose jugée, avait relevé que la bâtisse pour laquelle l'EURL Colikado Express s'acquittait de loyers était inexploitée et en travaux. Par conséquent, le vérificateur en a conclu que les sommes facturées ne pouvaient faire l'objet d'une déduction de taxe sur la valeur ajoutée. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, rien ne s'oppose à ce que l'administration fiscale motive sa rectification en se basant sur une décision du juge pénal.

6. Dans ces conditions, la société requérante a été suffisamment informée des motifs de droit et de fait fondant les rectifications en cause, de façon à lui permettre de présenter utilement ses observations et d'engager avec l'administration un dialogue contradictoire. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, qui s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par l'administration, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. Les avis rendus font l'objet d'un rapport annuel qui est rendu public ". Aux termes de l'article 272 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a été perçue à l'occasion de ventes ou de services est imputée ou remboursée dans les conditions prévues à l'article 271 lorsque ces ventes ou services sont par la suite résiliés ou annulés ou lorsque les créances correspondantes sont devenues définitivement irrecouvrables. () / 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture. / () ". Et aux termes de l'article 283 du même code : " () 3. Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. / 4. Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée. / () ".

8. La société requérante soutient qu'en rejetant les prestations facturées par la SARL Colipays International, la SAS Société de développement et d'investissement et la SCI Lagrange au motif qu'elles ne correspondaient à aucune prestation de service, l'administration doit être regardée comme ayant considéré qu'il s'agissait de prestations fictives, s'étant alors implicitement placée sur le terrain de l'abus de droit. Ce faisant, elle aurait entaché la procédure d'irrégularité dès lors qu'elle l'a privée de la garantie prévue par les dispositions précitées du livre des procédures fiscales liée à la saisine du comité de l'abus de droit fiscal. Toutefois, il résulte de l'instruction que les rappels litigieux de taxe sur la valeur ajoutée se fondent sur les dispositions précitées des articles 272 et 283 du code général des impôts auxquelles l'administration se réfère avec constance dans les deux propositions de rectification du 13 décembre 2018 et du 7 juin 2019, l'ayant conduit à considérer que les sommes facturées ne correspondaient pas à l'exécution d'une prestation de service et ne pouvaient donc pas faire l'objet d'une déduction de taxe sur la valeur ajoutée. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle a été privée, dans le cadre des procédures de contrôle dont elle a fait l'objet, de la garantie prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales liée à la saisine du comité de l'abus de droit fiscal.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par l'EURL Colikado Express à fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Colikado Express est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Colikado Express et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal sud-est.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller.

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

J. BELENFANT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

jb

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