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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2000887

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2000887

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2000887
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOUTOUALLAGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 octobre 2020 et 16 mai 2021, la société Benjamine et la société TTS (Tous Travaux Spéciaux), représentées par Me Moutouallaguin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2020 par laquelle l'agent de contrôle de l'inspection du travail de l'unité de La Réunion a ordonné l'arrêt temporaire des travaux réalisés à l'aide d'une foreuse sur traîneau alimentée par air comprimé sur le chantier de la résidence Benjamine à Sainte-Suzanne ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'inspecteur du travail aurait dû demander à l'employeur de faire vérifier l'état de conformité des installations et équipements avant de prononcer l'arrêt temporaire des travaux, en application des dispositions de l'article L. 4722-1 du code du travail ;

- en l'absence de décision de refus d'autorisation de reprise des travaux comportant les mentions prévues à l'article 3 de l'arrêté du 29 juin 1992 malgré les éléments transmis par la société TTS à l'agent de contrôle de l'inspection du travail visant à assurer la sécurité du chantier, la procédure d'arrêt des travaux a été méconnue ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 4731-1 du code du travail dès lors que la foreuse ne présentait pas un danger grave et imminent de nature à justifier l'arrêt temporaire des travaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2021, le ministre du travail de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus, conseiller,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de Me Moutouallaguin, représentant la société Benjamine et la société TTS,

- le ministre du travail n'étant ni présent et ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La société Benjamine, maître d'ouvrage, est chargée de réaliser une résidence à Sainte-Suzanne comprenant des logements sociaux pour le compte de la société d'économie mixte d'aménagement, de développement et d'équipement de La Réunion. La société TTS est chargée de réaliser des travaux de sécurisation contre les risques d'effondrement et d'ensevelissement sur le chantier de la résidence Benjamine. Par une décision du 30 juillet 2020, réceptionnée le 5 août 2020, l'agent de contrôle de l'inspection du travail de l'unité de La Réunion a ordonné l'arrêt temporaire des travaux réalisés par la société TTS à l'aide d'une foreuse sur traîneau alimentée par air comprimé sur le chantier de la résidence Benjamine à Sainte-Suzanne. Par la présente requête, la société Benjamine et la société TTS demandent au tribunal l'annulation de la décision du 30 juillet 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 4731-1 du code du travail : " L'agent de contrôle de l'inspection du travail () peut prendre toutes mesures utiles visant à soustraire immédiatement un travailleur qui ne s'est pas retiré d'une situation de danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, constituant une infraction aux obligations des décrets pris en application des articles L. 4111-6, L. 4311-7 ou L. 4321-4, notamment en prescrivant l'arrêt temporaire de la partie des travaux ou de l'activité en cause, lorsqu'il constate que la cause de danger résulte : () / 4° Soit de l'utilisation d'équipements de travail dépourvus de protecteurs, de dispositifs de protection ou de composants de sécurité appropriés ou sur lesquels ces protecteurs, dispositifs de protection ou composants de sécurité sont inopérants () ". Aux termes de l'article L. 4321-1 du même code : " Les équipements de travail et les moyens de protection mis en service ou utilisés dans les établissements destinés à recevoir des travailleurs sont équipés, installés, utilisés, réglés et maintenus de manière à préserver la santé et la sécurité des travailleurs, y compris en cas de modification de ces équipements de travail et de ces moyens de protection. ". Aux termes de l'article L. 4321-2 du même code : " Il est interdit de mettre en service ou d'utiliser des équipements de travail et des moyens de protection qui ne répondent pas aux règles techniques de conception du chapitre II et aux procédures de certification du chapitre III du titre Ier. ". Aux termes de l'article R. 4322-1 du même code : " Les équipements de travail et moyens de protection, quel que soit leur utilisateur, sont maintenus en état de conformité avec les règles techniques de conception et de construction applicables lors de leur mise en service dans l'établissement, y compris au regard de la notice d'instructions. () ". Aux termes de l'article R. 4322-2 du même code : " Les moyens de protection détériorés pour quelque motif que ce soit, y compris du seul fait de la survenance du risque contre lequel ils sont prévus et dont la réparation n'est pas susceptible de garantir le niveau de protection antérieur à la détérioration, sont immédiatement remplacés et mis au rebut. ". Aux termes de l'article R. 4312-1 du même code : " Les machines neuves ou considérées comme neuves au sens de l'article R. 4311-1 sont soumises aux règles techniques prévues par l'annexe I figurant à la fin du présent titre. ". Aux termes de l'annexe I de l'article R. 4312-1 du même code : " () 1.3.2. Risque de rupture en service. / 1° Les différentes parties de la machine ainsi que les liaisons entre elles sont conçues et construites pour résister aux contraintes auxquelles elles sont soumises pendant l'utilisation. Les matériaux utilisés présentent une résistance suffisante, adaptée aux caractéristiques de l'environnement de travail prévu par le fabricant, notamment en ce qui concerne les phénomènes de fatigue, de vieillissement, de corrosion et d'abrasion. La notice d'instructions indique les types et fréquences des inspections et entretiens nécessaires pour des raisons de sécurité. Elle indique, le cas échéant, les pièces sujettes à usure ainsi que les critères de remplacement. Si, malgré les précautions prises, un risque de rupture ou d'éclatement subsiste, les parties concernées sont montées, disposées ou protégées de manière que leurs fragments soient retenus, évitant ainsi des situations dangereuses. Les conduites rigides ou souples véhiculant des fluides, en particulier sous haute pression, sont conçues et construites pour supporter les sollicitations internes et externes prévues ; elles sont solidement attachées ou protégées pour que, en cas de rupture, elles ne puissent occasionner de risques. / 2° En cas d'acheminement automatique de la matière à usiner vers l'outil, pour éviter des risques pour les personnes, il convient que soient remplies les conditions suivantes : / -lors du contact outil/pièce, l'outil doit avoir atteint sa condition normale de travail ; / -lors de la mise en marche ou de l'arrêt de l'outil (volontaire ou involontaire), le mouvement d'acheminement et le mouvement de l'outil doivent être coordonnés. / () 1.3.8. Choix d'une protection contre les risques engendrés par les éléments mobiles. Les protecteurs ou dispositifs de protection conçus pour la protection contre les risques engendrés par les éléments mobiles sont choisis en fonction du type de risque. Les critères ci-après sont utilisés pour faciliter le choix. ".

3. Pour justifier la décision d'arrêt temporaire des travaux en litige adressée à la société TTS, fondée sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 4731-1 du code du travail, l'agent de contrôle de l'inspection du travail de l'unité de La Réunion a relevé le danger grave et imminent que représentait l'utilisation par trois salariés d'une foreuse, dont les caractéristiques n'étaient pas identifiables en l'absence de marque " CE " apparente et qui comportait, d'une part, une pièce en mouvement dépourvue de dispositif de protection ou de sécurité, et d'autre part, un tuyau d'arrivée d'air maintenu par un fil de fer exposant les travailleurs à un risque de rupture. L'inspecteur du travail a considéré que ces faits constituaient une infraction aux dispositions précitées des articles L. 4321-1, L. 4321-2, R. 4322-1, R. 4312-1 et des points 1.3.2 et 1.3.7 de l'annexe I de l'article R. 4312-1 du code du travail.

4. Toutefois, d'une part, les sociétés requérantes produisent la certification " CE " de la foreuse et, d'autre part, il ressort du procès-verbal de constat d'huissier réalisé par la société TTS le 4 août 2020 et non contesté en défense que l'engin comporte un marquage " CE " rivé au mât de la foreuse permettant l'identification du type de l'engin, de son constructeur et portant un numéro de série. Ainsi, la foreuse était présumée conforme aux règles applicables, notamment à celles énoncées par l'annexe I précitée de l'article R. 4312-1 du code du travail, alors que le ministre du travail n'a apporté aucun élément de nature à remettre en cause cette présomption de conformité. En outre, les sociétés requérantes font valoir que la société TTS a maintenu la foreuse dans son état de conformité aux règles de sécurité et a pris les mesures de prévention des risques d'atteinte à la santé et à la sécurité des travailleurs. Si elles ne contestent pas avoir temporairement ajouté un " fil de fer " pour faire la jonction entre le compresseur et la foreuse pour son alimentation en air comprimé, elles soutiennent qu'il s'agit d'un câble " anti-coup de fouet " utilisé pour sécuriser les connexions de flexibles hydrauliques ou de tuyaux d'air comprimé. En défense, le ministre se borne à faire valoir que les salariés manipulant la foreuse étaient soumis à des risques récurrents de blessures liés aux mouvements de translation du train de tige et de la chaîne mais n'apporte aucun élément circonstancié de nature à démontrer que la foreuse n'était pas conforme aux règles applicables et ne comportait pas de dispositifs de protection et de sécurité suffisants. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la foreuse présentait effectivement un danger grave et imminent pour les salariés l'utilisant, justifiant l'arrêt immédiat des travaux. Dès lors, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 4731-1 du code du travail.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Benjamine et la société TTS sont fondées à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2020 par laquelle l'agent de contrôle de l'inspection du travail de l'unité de La Réunion a ordonné l'arrêt temporaire des travaux réalisés à l'aide d'une foreuse sur traîneau alimentée par air comprimé sur le chantier de la résidence Benjamine à Sainte-Suzanne.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société Benjamine et à la société TTS en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 30 juillet 2020 par laquelle l'agent de contrôle de l'inspection du travail de l'unité de La Réunion a ordonné l'arrêt temporaire des travaux réalisés à l'aide d'une foreuse sur traîneau alimentée par air comprimé sur le chantier de la résidence Benjamine à Sainte-Suzanne est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à la société Benjamine et à la société TTS la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Benjamine, à la société TTS et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au directeur des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Banvillet, premier conseiller.

M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 5 décembre 2023.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

J. BELENFANT

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef

La greffière,

J. BELENFANT

JB

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