vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100134 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DUGOUJON & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 février 2021 et 7 mars 2022, la société Charpente Cenomane, représentée par Me Haudebert, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :
1°) d'annuler les titres de recette émis par la commune de Saint-Joseph le 19 novembre 2020 pour un montant total de 18 563,73 euros dans le cadre de l'exécution du marché de construction de la médiathèque ;
2°) d'annuler le décompte de liquidation du 28 août 2020 ;
3°) de condamner la commune de Saint-Joseph à lui verser la somme totale de 18 563,73 euros qu'elle a retenue à l'occasion du décompte de liquidation ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Joseph une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les avis des sommes à payer n'indiquent pas la juridiction compétente pour connaître d'un recours contentieux ;
- ils sont fondés sur un décompte de liquidation qui est intervenu dans des conditions irrégulières, dès lors que le procès-verbal d'avancement des travaux du 4 avril 2017 n'est pas signé par le maître d'ouvrage et que ledit décompte a été notifié au-delà d'un délai de deux mois à compter de ce procès-verbal ;
- le décompte de liquidation est entaché d'un vice de forme, dès lors qu'il ne mentionne pas de façon lisible le nom de son signataire ;
- il est intervenu dans des conditions irrégulières, le procès-verbal d'avancement des travaux du 4 avril 2017 n'étant pas signé par le maître d'ouvrage.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2022, la commune de Saint-Joseph, représentée par Me Dugoujon, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive, le décompte de liquidation n'ayant pas été contesté dans un délai de trente jours suivant sa notification ;
- les moyens soulevés par la société requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seroc, conseiller,
- les conclusions de M. Legrand, rapporteure publique,
- les observations de Me Leclaire, substituant Me Haudebert, avocat de la société Charpente Cenomane,
- et les observations de Me Dugoujon, avocat de la commune de Saint-Joseph.
Considérant ce qui suit :
1. Par avis d'appel public à la concurrence du 6 novembre 2013, la commune de Saint-Joseph a engagé une procédure de passation d'un marché de travaux ayant pour objet la " construction de la médiathèque de Saint-Joseph ". La société Charpente Cenomane a été déclarée attributaire du lot n° 2 portant sur la charpente bois et la couverture, l'acte d'engagement ayant été signé le 6 novembre 2014. Le délai d'exécution des travaux, initialement fixé à quinze mois, a été prolongé en raison d'importants retards de chantier et la date de réception des travaux a en fin de compte été fixée au 23 août 2016, mais n'a pu être respectée. Eu égard aux préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ces retards, la société Charpente Cenomane a adressé à la commune un mémoire en réclamation daté du 23 août 2016, en vue d'obtenir une indemnisation à hauteur de 520 312,72 euros. Par une décision du 7 mars 2017, la commune de Saint-Joseph a résilié le marché. Par un décompte de liquidation en date du 9 octobre 2020 notifié à l'entreprise le 19 octobre 2020, la commune a mis à la charge de celle-ci les sommes de 1 101,48 euros au titre d'un trop perçu et de 17 462,25 au titre de pénalités de retard, soit une somme totale de 18 563,73 euros. Par deux titres de recette émis le 19 novembre 2020, la commune de Saint-Joseph a exigé le paiement de ces sommes. En l'absence de réponse à son courrier de contestation adressé à la commune le 16 décembre 2020, la société Charpente Cenomane a saisi le tribunal le 6 février 2021 pour demander l'annulation du décompte de liquidation et des deux titres de recette, ainsi que la condamnation de la commune à lui verser la somme de 18 563,73 euros.
Sur le décompte de liquidation :
2. D'une part, aux termes de l'article 45 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux) : " Le représentant du pouvoir adjudicateur peut mettre fin à l'exécution des prestations faisant l'objet du marché avant l'achèvement de celles-ci, soit de son fait ou de celui de son mandataire dans les conditions prévues à l'article 46.2, soit pour faute du titulaire dans les conditions prévues à l'article 46.3 (). / Le règlement du marché est effectué alors selon les modalités prévues aux articles 13.3 et 13.4, sous réserve des stipulations de l'article 47. () ". Aux termes de l'article 47.1.1 de ce CCAG : " En cas de résiliation, il est procédé, le titulaire ou ses ayants droit, tuteur, administrateur ou liquidateur, dûment convoqués dans les conditions prévues par les documents particuliers du marché, aux constatations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier. Il est dressé procès-verbal de ces opérations dans les conditions prévues à l'article 12. Ce procès-verbal comporte l'avis du maître d'œuvre sur la conformité aux dispositions du marché des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés. / Ce procès-verbal est signé par le maître de l'ouvrage. Il emporte réception des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, avec effet de la date d'effet de la résiliation, tant pour le point de départ du délai de garantie défini à l'article 44 que pour le point de départ du délai prévu pour le règlement final du marché à l'article 13.3.2 ".
3. Ces stipulations qui font courir de la date de l'établissement du procès-verbal qu'elles prévoient, le délai de règlement final du marché prévu à l'article 13.3.2, n'ont pour objet que de permettre au titulaire d'établir et de transmettre son projet de décompte final au maître d'œuvre afin d'obtenir ce règlement. Contrairement à ce que soutient la société Charpente Cenomane, l'absence d'établissement de ce procès-verbal n'a pas pour effet de faire obstacle à ce que le décompte de liquidation, s'il a été régulièrement établi et notifié, devienne définitif.
4. D'autre part, aux termes de l'article 50.1.1 du CCAG travaux : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. () ".
5. Il résulte des stipulations précitées que tous les différends entre le titulaire du marché et le maître d'ouvrage doivent donner lieu à la présentation d'un mémoire préalable dans un délai de 45 jours, y compris lorsque la contestation porte sur le décompte de liquidation. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le décompte de liquidation qui, en application de l'article 47.2 du CCAG travaux se substitue au décompte général prévu par l'article 13.4.2, a été notifié à la société Charpente Cenomane le 19 octobre 2020. Alors que cette dernière disposait d'un délai de 45 jours à compter de la réception de ce décompte pour porter sa réclamation auprès du maître d'ouvrage ou de son mandataire, elle ne justifie pas avoir, postérieurement à la notification du décompte, transmis en temps utile au maître d'œuvre ou au maître d'ouvrage un mémoire exposant ses réclamations et leur montant à l'égard du trop-perçu et des pénalités de retard mis à sa charge par la commune dans le cadre de ce décompte de liquidation, son courrier du 16 décembre 2020 ne pouvant être regardé comme un mémoire en réclamation portant sur le décompte de liquidation dans la mesure où, par cette démarche, elle se bornait à mettre en demeure le maître d'ouvrage de lui notifier le procès-verbal de résiliation et à exprimer une contestation visant les titres de recette qui venaient de lui être notifiés. Par suite, ainsi que le fait valoir la commune, les conclusions dirigées contre le décompte de liquidation sont irrecevables.
Sur les titres de recette :
6. En premier lieu, le moyen tiré du caractère incomplet de la mention des voies et délais de recours est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité et le bien-fondé des titres de recette litigieux.
7. En second lieu, la société requérante soutient que les titres de recette ont été irrégulièrement émis sur la base d'un décompte de liquidation intervenu dans des conditions irrégulières, dès lors notamment que le procès-verbal d'avancement des travaux du 4 avril 2017 n'avait pas été signé par le maître d'ouvrage et que la notification dudit décompte a été effectuée tardivement. De tels moyens mettent en cause la régularité de la procédure d'établissement du décompte de liquidation ainsi que le bien-fondé de la créance issue de cet acte. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, la contestation du décompte de liquidation est irrecevable en l'absence d'un mémoire en réclamation préalable, et cette irrecevabilité est de nature à rendre irrecevables les moyens qui, à l'occasion de la contestation des titres de recette, tendent à critiquer la régularité ou le bien-fondé du décompte de résiliation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Charpente Cenomane doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces mêmes dispositions au profit de la commune de Saint-Joseph.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Charpente Cenomane est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Joseph au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Charpente Cenomane et à la commune de Saint-Joseph.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Aebischer, président,
- M. Ramin, premier conseiller,
- M. Seroc, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
Le rapporteur,
S. SEROC
Le président,
M.-A. AEBISCHER
La greffière,
S. BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
La greffière,
S. BALOUKJY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026