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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100563

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100563

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100563
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRATINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2021, M. et Mme A, représentés par Me Ratinaud doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en ce qui concerne l'année 2016, c'est à tort que l'administration a refusé de déduire de leurs revenus fonciers déclarés en 2016 la facture de 7052,50 euros ;

- en ce qui concerne la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 A du code général des impôts, l'administration n'établit pas le manquement délibéré et cette pénalité a été appliquée à l'ensemble des rectifications.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques de La Réunion a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon et les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A et Mme C, épouse A, ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 à 2017, à l'issue duquel l'administration fiscale leur a, suivant une proposition de rectification en date du 24 septembre 2018, notifié des rehaussements dans la catégorie des revenus fonciers au titre de ces trois années, en raison notamment de la remise en cause de la déductibilité de travaux réalisés dans un logement donné en location, situé 177 route nationale 2 à Sainte-Rose. Ils se sont vu par ailleurs infliger sur l'ensemble des rehaussements dans la catégorie des revenus fonciers des pénalités pour manquement délibéré, sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. Après acceptation partielle de leur réclamation préalable, M. et Mme A demandent la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à leur charge au titre des années 2015 à 2017.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Si M. et Mme A demandent la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à leur charge au titre des années 2015, 2016 et 2017, ils n'assortissent ces conclusions d'aucun moyen relatif aux années 2015 et 2017, de sorte que les conclusions présentées au titre des impositions de ces deux années ne peuvent qu'être rejetées.

3. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et les charges de la propriété ". Aux termes de l'article 29 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter et 33 quater, le revenu brut des immeubles ou parties d'immeubles donnés en location, est constitué par le montant des recettes brutes perçues par le propriétaire, augmenté du montant des dépenses incombant normalement à ce dernier et mises par les conventions à la charge des locataires. () ". Aux termes de l'article 31 du même code : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : 1° Pour les propriétés urbaines : a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; () ".

4. Les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où notamment les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu.

5. Pour justifier la déductibilité des dépenses de travaux en litige, M. et Mme A ont produit, après demande de justifications, une facture de la société Efikas constructions, en date du 3 mai 2016, ainsi qu'une attestation de la société en date du 23 avril 2021, signée par le responsable de la société. Si, sur la facture, des achats de plomberie sont mentionnés sans indiquer la destination des produits achetés et est portée l'adresse du 23, rampe des Chicots à Saint-Benoît, correspondant à l'habitation principale de M. et Mme A, l'attestation établie par le gérant de la société Efikas constructions précise que les travaux de plomberie ont été réalisés sur le bien sis 177 route nationale 2 à Ste Rose, qui constitue le logement donné en location. La seule circonstance, opposée par l'administration, que la société Efikas constructions était en liquidation judiciaire depuis le 17 juin 2018 et dissoute par jugement du 12 juin 2019 ne permet pas de remettre en cause la déductibilité de cette dépense d'entretien effectivement supportée par le contribuable. Dans ces conditions, M. et Mme A sont fondés à demander la déduction de leurs revenus fonciers au titre de l'année 2016 de la somme correspondant à cette facture, soit 7052 euros et à être déchargés des cotisations supplémentaires mises à leur charge, en droits et pénalités, résultant de cette réduction en base.

Sur les pénalités :

6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Aux termes des dispositions de l'article 31-I-l°.m) du code général des impôts, dans sa version applicable au litige " Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : 1° Pour les propriétés urbaines : ()Pour les baux conclus à compter du 1er octobre 2006, une déduction fixée à 30 % des revenus bruts des logements donnés en location si ces logements font l'objet d'une convention mentionnée à l'article L. 321-4 du code de la |construction et de l'habitation et conclue au plus tard le 31 décembre 2016. Cette déduction est consentie à compter de la date de prise d'effet de la convention et pendant toute sa durée d'application. Cette déduction est portée à 45 % des revenus bruts des logements lorsque ces logements font l'objet d'une convention mentionnée à l'article L. 321-8 du même code, pendant la durée d'application de cette convention ().

7. D'une part, pour établir le manquement délibéré commis par les requérants, l'administration fait valoir que M. et Mme A ont indiqué dans leur réponse du 3 septembre 2018, ne pas avoir établi de convention avec l'Agence nationale de l'habitat et ce, pour l'ensemble des locaux donnés en location et imposés dans la catégorie des revenus fonciers. Or, les requérants ne pouvaient ignorer que le bénéfice de ce dispositif était conditionné par la conclusion d'une convention avec l'Agence nationale de l'habitat. De plus, les circonstances de la répétition de l'infraction de 2012 à 2017 pour des montants significatifs en déduction des revenus fonciers témoignent de la volonté des requérants de soustraire des sommes à la détermination de leur revenu imposable et par conséquent au calcul de l'impôt, chacune des déclarations de revenus de 2012 à 2017 ayant été souscrite sans se soucier des conditions à remplir pour l'application de la déduction spécifique. En outre, M. et Mme A ont bénéficié du dispositif Girardin détaillé à l'article 999 undecies A du code général des impôts pour la construction neuve du local sis au 23 chemin de la rampe des Chicots à Saint-Benoît, qui constitue leur habitation principale et qui ne saurait être cumulé avec le dispositif dont ils sollicitent l'application. Ainsi, l'administration fiscale, qui se prévaut de la nature et de la répétition des manquements doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de M. et Mme A de se soustraire à l'impôt. Il en résulte que l'administration justifie en l'espèce du bien-fondé des pénalités de 40 % pour manquement délibéré qui leur ont été infligées, en application de l'article 1729 du code général des impôts.

8. D'autre part, si M. et Mme A soutiennent que la pénalité a été appliquée à l'ensemble des rectifications, l'administration a établi que ce moyen manque en fait et doit donc être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des pénalités pour manquement délibéré au titre des années 2015 à 2017.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont seulement fondés à demander la réduction de leur base d'imposition au titre de l'année 2016, à hauteur de 7052 euros, en droits et pénalités.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à titre principal dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La base imposable à l'impôt sur le revenu de M. et Mme A au titre de l'année 2016 est réduite, dans la catégorie des revenus fonciers, à concurrence d'un montant de 7052 euros.

Article 2 : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 résultant de la réduction de leur base imposable prononcée à l'article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 avril 2024.

La rapporteure,

L. LEBONLa présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100563

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