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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100651

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100651

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100651
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2021, Mme C B A, représentée par Me Antoine, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier ouest Réunion (CHOR) à lui verser une somme de 35 550 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation de ses préjudices consécutifs à l'opération chirurgicale du 4 juillet 2009 ;

2°) de mettre à la charge du CHOR une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la perforation de l'intestin grêle, subie lors de l'appendicectomie réalisée le 4 juillet 2009 est constitutive d'une faute ;

- le retard de diagnostic et de prise en charge de la péritonite est fautif ;

- ses préjudices doivent être évalués à 160 euros au titre des frais divers, 1 000 euros au titre des dépenses de santé futures, 13 040 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 4 750 euros au titre des souffrances endurées, 4 500 euros au titre du déficit esthétique temporaire, 3 600 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 2 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 2 000 euros au titre du préjudice de formation, 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 2 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 août 2021 et 30 août 2022, le centre hospitalier ouest Réunion (CHOR), représenté par Me Romatif, conclut à ce que les demandes de Mme B A soient ramenées à de plus justes proportions et que les demandes présentées par la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion (CGSSR) soient rejetées.

Elle fait valoir :

- que les demandes de Mme B A sont surévaluées ;

- que les demandes de la CGSSR ne sont pas justifiées.

Par des mémoires, enregistrés les 7 septembre 2021 et 14 septembre 2022, la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion (CGSSR) demande au tribunal de mettre à la charge du CHOR la somme de 57 357,29 euros, assortie des intérêts au taux légal, au titre des frais exposés pour son assurée sociale et celle de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Vu :

- l'ordonnance n°1901537 du 8 janvier 2020 du juge des référés du tribunal administratif de La Réunion ;

- l'ordonnance n°1901537 du 30 juin 2021 du juge des référés du tribunal administratif de La Réunion ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Me Vidélo-Clerc substituant Me Romatif, représentant le CHOR.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 juillet 2009, Mme B A, née le 5 septembre 1971, a été opérée d'une appendicectomie sous coelioscopie au centre hospitalier Gabriel Martin de Saint-Paul, devenu le centre hospitalier ouest Réunion (CHOR). Le 14 juillet 2009, elle a subi une opération par laparotomie au centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion pour la prise en charge en urgence d'une péritonite consistant notamment en la pose d'une stomie temporaire. Le 23 novembre 2009, Mme B A a été de nouveau opérée au CHOR pour le rétablissement de sa continuité digestive. Par une ordonnance n°1901537 du 8 janvier 2020 le juge des référés du tribunal administratif a ordonné une expertise à la demande de Mme B A. L'expert a rendu son rapport le 22 octobre 2020. Par une demande indemnitaire préalable reçue le 17 mai 2021, Mme B A a sollicité du CHOR l'indemnisation des préjudices consécutifs à l'opération du 4 juillet 2009. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner le CHOR à lui verser la somme globale de 35 550 euros.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 22 octobre 2020 que la perforation de l'intestin grêle de Mme B A à proximité de son appendice résulte d'une faute commise lors de l'opération du 4 juillet 2009. Cette perforation est la cause directe et certaine de la péritonite dont a été victime la patiente. Il résulte de ce même rapport que l'état de santé de Mme B A, témoignait, quarante-huit heures après l'opération, d'un tableau clinique qui devait conduire à des investigations permettant de diagnostiquer une péritonite. Toutefois, la péritonite de Mme B A n'a pas été diagnostiquée lors de son hospitalisation au CHOR qui a pris fin le 8 juillet 2009. Cette absence de diagnostic a nécessité l'opération en urgence de la péritonite par laparotomie au CHU de La Réunion le 14 juillet 2009, puis la reprise opératoire du 23 novembre 2009. L'absence de prise en charge de la péritonite par le CHOR lors de son hospitalisation du 4 au 8 juillet est également constitutif d'une faute. Il en résulte que le CHOR a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité qui ouvrent droit à Mme B A à la réparation intégrale des préjudices imputables à celles-ci.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

4. En premier lieu, Mme B A demande la condamnation du CHOR à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation des dépenses de santé futures qu'elle serait amenée à exposer en raison des frais liés au traitement de l'éventration de sa cicatrice consécutive à la laparotomie. Toutefois, s'il résulte du rapport d'expertise du 22 octobre 2020 qu'une éventration d'une de ses cicatrices a été diagnostiquée en 2017, il ne résulte pas de l'instruction que cette éventration nécessitera une prise en charge médicale, ni que cette prise en charge impliquera de manière certaine des frais restant à sa charge. Par suite, la demande de la requérante présentée à ce titre est écartée.

5. En deuxième lieu, il résulte du rapport d'expertise du 22 octobre 2020 que le besoin d'assistance par une tierce personne de Mme B A peut être évalué à une heure par semaine sur une période de deux mois. Sur la base d'un tarif horaire de 13 euros, prenant en compte le montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance en 2009, augmenté des diverses charges y afférentes, il sera alloué à Mme B A une somme de 104 euros.

6. En dernier lieu, Mme B A demande la condamnation du CHOR à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de son préjudice professionnel et 2 000 euros au titre de son " préjudice de formation ", dès lors qu'elle soutient avoir dû mettre un terme à sa reconversion professionnelle en qualité d'infirmière en raison des opérations qu'elle a subies en 2009. Toutefois, ainsi que le relève le CHOR en défense, Mme B A n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations de telle sorte qu'elle n'établit pas l'existence du préjudice dont elle demande la réparation. Par suite, la demande de la requérante présentée à ce titre doit être écartée.

En ce qui concerne les préjudices personnels :

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 22 octobre 2020 que la date de la consolidation de l'état de santé de Mme B A doit être fixée au 23 février 2010.

S'agissant des préjudices temporaires :

8. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise du 22 octobre 2020 que Mme B A a subi un déficit fonctionnel temporaire de 100% pendant 25 jours, 75% pendant 123 jours, 25% pendant 31 jours et 10% pendant 54 jours. Sur une base de 15 euros par jour, il sera alloué à Mme B A une somme totale de 1 956 euros à ce titre.

9. En deuxième lieu, les souffrances endurées par Mme B A ont été estimées par le rapport d'expertise à 3,5/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 4 750 euros.

10. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B A a dû porter une poche de stomie durant quatre mois à la suite de l'opération du 14 juillet 2009. Pour ce motif, l'expert a évalué son préjudice esthétique temporaire à 3/7. Compte tenu de ces éléments il sera alloué à Mme B A une somme de 2 000 euros à ce titre.

S'agissant des préjudices permanents

11. En premier lieu, le déficit fonctionnel permanent de Mme B A est estimé par le rapport d'expertise à 2,5%. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 2 900 euros.

12. En deuxième lieu, Mme B A soutient qu'elle justifie d'un préjudice d'agrément indemnisable à hauteur de 2 000 euros en raison de son impossibilité de se rendre à la plage avec ses enfants compte tenu de ses cicatrices abdominales. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les cicatrices de Mme B A font obstacles à ce qu'elle se rendre à la plage ni à ce qu'elle se baigne dans la mer. Par suite, la demande de la requérante présentée à ce titre doit être écartée.

13. En dernier lieu, il ressort du rapport d'expertise du 22 octobre 2020 que le préjudice esthétique permanent de Mme B A est évalué à 2/7. Par suite, il pourra être alloué une somme de 1 800 euros à Mme B A pour l'indemnisation de ce préjudice.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'une somme totale de 13 510 euros doit être mise à la charge du CHOR en réparation de l'ensemble des préjudices de Mme B A imputables aux fautes retenues par le présent jugement. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 mai 2021, date de la réception de la demande indemnitaire préalable de Mme B A.

Sur les droits de la caisse de sécurité sociale :

15. En premier lieu, il résulte du décompte détaillé produit par la CGSSR que cette dernière a dépensé une somme de 5 469 euros au titre de l'hospitalisation de Mme B A du 5 au 9 juillet 2009 au centre hospitalier Gabriel Martin, 20 218 euros pour son hospitalisation du 13 juillet au 24 juillet 2009 au CHU de La Réunion, 26 078,31 euros au titre de son hospitalisation à domicile du 24 juillet au 9 novembre 2009 et 123,60 euros de frais médicaux liés à des consultations et des soins infirmiers.

16. Si le CHOR fait valoir que les frais liés à l'hospitalisation de Mme B A du 5 au 9 juillet 2009 sont uniquement liés à l'appendicectomie, il résulte du rapport d'expertise du 22 octobre 2020 que l'état de santé de Mme B A, témoignait, quarante-huit heures après l'opération, d'un tableau clinique qui devait conduire à des investigations permettant de diagnostiquer une péritonite. Il s'en déduit que la péritonite de Mme B A a justifié son maintien en hospitalisation du 7 au 9 juillet 2009. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de la CGSSR pour cette période dans la limite de 3 281,40 euros correspondant au montant de la prise en charge pour la période du 7 au 9 juillet 2009.

17. En revanche, la CGSSR demande que lui soit versée une somme de 5 468,38 euros au titre des dépenses de santé futures en raison de la prise en charge à venir de l'éventration de Mme B A. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la prise en charge médicale et hospitalière de l'éventration de Mme B A n'est, à ce stade, pas certaine. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la CGSSR en tant qu'elle porte sur cette somme.

18. Il résulte de ce qui précède que le CHOR versera à la CGSSR une somme de 49 701,31 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 7 septembre 2021, en raison des dépenses de santé qu'elle a exposées pour son assurée sociale.

19. En second lieu, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022, il y a lieu de mettre à la charge du CHOR la somme de 1 162 euros à verser à la CGSSR au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens de l'instance :

20. Les frais d'expertise tels que taxés et liquidés à hauteur de 5 637,59 euros par une ordonnance n° 1901537 du 30 juin 2021 sont laissés à la charge du CHOR.

Sur les frais liés à l'instance :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CHOR le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme B A.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHOR est condamné à verser à Mme B A une somme de 13 510 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 mai 2021.

Article 2 : Le CHOR versera à la CGSSR les sommes de 49 701,31 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 7 septembre 2021, en remboursement des frais qu'elle a exposés et 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 3 : Les dépens de l'instance taxés et liquidés à hauteur de 5 637,59 euros sont maintenus à la charge du CHOR.

Article 4 : Le CHOR versera à Mme B A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A, au centre hospitalier ouest Réunion et à la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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