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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100672

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100672

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100672
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTRAGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2021, M. B A, représenté par Me Tragin, demande au tribunal :

1°) de condamner le groupe hospitalier Est Réunion (GHER) à lui verser une somme de 42 700 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de cet hôpital une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le GHER a commis une faute dans le cadre de sa prise en charge en mai 2014, liée à un retard de diagnostic concernant l'ampleur du traumatisme subi par son genou gauche ;

- son préjudice lié à l'incidence professionnelle doit être indemnisé à hauteur de 10 000 euros ;

- il a subi un déficit fonctionnel temporaire indemnisable à hauteur de 1 200 euros ;

- son déficit fonctionnel permanent lui ouvre droit au versement d'une somme de 7 500 euros ;

- son préjudice d'agrément doit être évalué à 5 000 euros ;

- son préjudice esthétique temporaire doit être indemnisé à hauteur de 2 000 euros et son préjudice esthétique permanent à hauteur de 4 000 euros ;

- les souffrances endurées doivent être évaluées à hauteur de 10 000 euros ;

- il a subi un préjudice sexuel indemnisable à hauteur de 3 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2021, le groupe hospitalier Est Réunion (GHER), représenté par Me Vital Durand, demande au tribunal de limiter sa condamnation à la somme de 7 746,5 euros.

Il fait valoir que :

- il s'en remet à l'appréciation du tribunal s'agissant de la faute ;

- les demandes du requérant sont pour certaines injustifiées, pour d'autres excessives.

La procédure a été communiquée à la Caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion, compétente pour les travailleurs indépendants, qui n'a pas produit.

Vu :

- l'ordonnance n°1500936 du 18 février 2016 par laquelle le juge des référés a ordonné une expertise médicale à la demande de M. A ;

- l'ordonnance n°1500936 du 8 août 2018 par laquelle le président du tribunal administratif a taxé et liquidé les frais de l'expertise à 1 895,95 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, victime d'une chute le 18 mai 2014, a été admis, le même jour, au service des urgences du groupe hospitalier Est Réunion (GHER) à Saint-Benoît. Estimant la prise en charge médicale fautive, M. A a saisi le juge des référés du tribunal afin de voir ordonner une expertise. L'expert a rendu son rapport le 9 juin 2016. Par une demande indemnitaire préalable datée du 24 juillet 2020, M. A a sollicité du GHER l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison des fautes commise à l'occasion de cette prise en charge. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le GHER à lui verser une somme de 42 700 euros en réparation de ses préjudices.

Sur la responsabilité du GHER :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 9 juin 2016 que M. A a été victime d'une rupture du tendon quadricipital consécutivement à sa chute le 18 mai 2014. Cette rupture du tendon n'a pas été diagnostiquée à l'occasion de sa prise en charge au service des urgences du GHER le 18 mai 2024, mais seulement le 3 juillet 2014 à la suite d'examens par imagerie à résonnance magnétique réalisés tardivement les 18 et 21 juin 2014. En raison de ce retard de diagnostic, M. A n'a pas pu être traité par une intervention chirurgicale qui aurait, selon l'expert, abouti notamment à un meilleur résultat fonctionnel et permis de diminuer le temps de rééducation. Il résulte de ce qui précède que le GHER a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

4. Il résulte de l'instruction que M. A est gérant d'une société dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). S'il fait valoir que son avenir professionnel est bloqué et qu'il n'a pu bénéficier d'aucune progression professionnelle, il ne précise pas la réalité concrète de ses fonctions et ne produit aucune pièce de nature à démontrer l'existence d'un tel préjudice, qui n'a, au demeurant, pas été retenu par l'expert. Par suite, la demande d'indemnisation d'un préjudice lié à l'incidence professionnelle ne peut être accueillie.

En ce qui concerne les préjudices extra patrimoniaux :

Quant aux préjudices extra patrimoniaux temporaires :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A a subi un déficit fonctionnel temporaire en lien avec le retard de diagnostic qui doit être évalué à 50% sur 34 jours et 25% sur 47 jours. Sur une base journalière de 13 euros par jour pour un taux à 100%, il sera fait une juste appréciation en évaluant son préjudice à la somme de 373,75 euros.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. A a subi un préjudice esthétique temporaire du fait du retard de diagnostic, lié au port d'une attelle, à l'usage de béquilles et à la claudication qui en a résulté. Ce préjudice esthétique temporaire doit être évalué à 2/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 900 euros.

7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les souffrances endurées par M. A en lien avec la faute doivent être évaluées à 1/7. Dans ces conditions, il lui sera alloué une somme 1 000 euros.

Quant aux préjudices extra patrimoniaux permanents :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent de M. A en lien avec la faute doit être évalué à 5%. Il lui sera alloué une somme de 5 500 euros à ce titre.

9. En deuxième lieu, si M. A fait valoir qu'il pratiquait notamment le jet-ski, la marche ainsi que la jardinerie, il ne produit aucun justificatif permettant de démontrer l'exercice régulier de ces activités antérieurement au dommage. Dans ces conditions, la demande d'indemnisation d'un préjudice d'agrément ne peut être accueillie.

10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le préjudice permanent de M. A lié à la boiterie qu'il a conservée après consolidation doit être évalué à 1/7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une somme de 900 euros.

11. En quatrième et dernier lieu, M. A fait valoir qu'un préjudice sexuel résulte de la faute commise par le GHER. Toutefois, l'existence de ce préjudice ne résulte pas de l'instruction et n'a, au demeurant, pas été retenue par l'expert. Au surplus, à supposer que ce préjudice soit établi, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir un lien de causalité entre ce préjudice et le retard de diagnostic. Par suite, il ne sera pas fait droit à la demande du requérant présentée à ce titre.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le GHER est condamné à verser à M. A une somme de 8 673,75 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dépens de l'instance tels que taxés et liquidés par l'ordonnance du 8 août 2018 sont mis à la charge définitive du GHER.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du GHER le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : Le GHER est condamné à verser à M. A une somme de 8 673,75 euros.

Article 2 : Les dépens de l'instance tels que taxés et liquidés par l'ordonnance du 8 août 2018 sont mis à la charge définitive du GHER.

Article 3 : Le GHER versera une somme de 1 500 euros à M. A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au groupe hospitalier Est Réunion et à la caisse générale de sécurité sociale de la Réunion venue aux droits du régime social des indépendants de la réunion.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,Le président,

J. BEDDELEEMCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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