samedi 15 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100688 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2021 et le 8 février 2022, M. A Baron, représenté par Me Maillot, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 avril 2021 par laquelle la directrice départementale de la police aux frontières de La Réunion a rejeté sa demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il a subis du fait du refus d'embarquement qui lui a été opposé sur un vol du 1er mars 2021 allant de Maurice à La Réunion ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice matériel, et la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 627,50 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus d'embarquement qui lui a été opposé est illégal et constitue une faute, dès lors qu'il a fourni tous les documents demandés ;
- cette faute lui a causé un préjudice matériel, qui doit être évalué à hauteur de 5 000 euros, ainsi qu'un préjudice moral, qui doit être évalué à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire, enregistré le 17 juin 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à la compétence du préfet de La Réunion pour défendre dans cette affaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le refus d'embarquement était légal dès lors qu'il était fondé sur l'absence de transmission par l'intéressé des documents permettant de justifier d'un motif impérieux ;
- la réalité des préjudices allégués n'est pas démontrée ;
- à supposer que la réalité des préjudices soit démontrée, l'appréciation de ces préjudices doit être ramenée à de plus justes proportions ;
- les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, dès lors que la décision du 7 avril 2021 a pour seul objet de lier le contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n°2020-1262 du 16 octobre 2020 ;
- le décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- l'arrêté préfectoral n°2021-313 du 19 février 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Me Maillot, représentant M. Baron.
Considérant ce qui suit :
1. M. A Baron, ressortissant français, s'est vu opposer un refus d'embarquement par la police aux frontières sur un vol allant de Maurice à La Réunion le 1er mars 2021, et n'a pu embarquer que le 8 mars 2021. Par un courrier du 26 mars 2021, il a demandé à la direction départementale de la police aux frontières de l'indemniser des préjudices subis du fait de ce refus d'embarquement. Par un courrier du 7 avril 2021, la directrice départementale de la police aux frontières de La Réunion a rejeté sa demande. Par la présente requête, il demande au tribunal d'une part, d'annuler la décision de rejet de sa demande préalable, et, d'autre part, de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision par laquelle la directrice départementale de la police aux frontières a rejeté la demande préalable de M. Baron a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'intéressé, qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
3. Aux termes de l'article L. 3131-12 du code de la santé publique, dans sa version en vigueur à la date du refus d'embarquement : " L'état d'urgence sanitaire peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain ainsi que du territoire des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution et de la Nouvelle-Calédonie en cas de catastrophe sanitaire mettant en péril, par sa nature et sa gravité, la santé de la population. ". Aux termes de l'article 10 du décret n° 2020-1262 du 16 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " I. - Sont interdits, sauf s'ils sont fondés sur un motif impérieux d'ordre personnel ou familial, un motif de santé relevant de l'urgence ou un motif professionnel ne pouvant être différé, les déplacements de personnes par transport public aérien entre, d'une part, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie ou Wallis et Futuna et, d'autre part, tout point du territoire de la République. / () / III. - Pour les vols au départ ou à destination des collectivités de l'article 73 de la Constitution, de Saint-Martin, de Saint-Barthélemy et de Saint-Pierre-et-Miquelon, le représentant de l'Etat est habilité à interdire les déplacements de personnes par transport public aérien autres que ceux fondés sur un des motifs mentionnés au I du présent article, lorsque les circonstances locales l'exigent. ". Aux termes de l'article 11 de ce même décret, dans sa version applicable à la date du refus : " I. - Les personnes souhaitant bénéficier de l'une des exceptions mentionnées à l'article 10 présentent à l'entreprise de transport aérien, lors de leur embarquement, une déclaration sur l'honneur du motif de leur déplacement accompagnée d'un ou plusieurs documents permettant de justifier de ce motif. () ". Aux termes de l'article 55 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " () Le décret du 16 octobre 2020 susvisé est abrogé. Toutefois, ses dispositions restent applicables aux autres territoires mentionnés à l'article 72-3 de la Constitution, dans la rédaction de ce décret en vigueur au 29 octobre 2020. ". Aux termes de l'article 12 de l'arrêté préfectoral n° 2021-313 du 19 février 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires pour limiter la circulation du virus Covid-19 dans le département de La Réunion : " A compter du 20 février 2021 et jusqu'au 4 mars 2021, seules les personnes justifiant d'un motif impérieux d'ordre personnel ou familial, un motif de santé ou un motif professionnel ne pouvant être différé sont autorisées à se déplacer par transport public aérien à destination ou en provenance de La Réunion. / Les personnes qui effectuent un déplacement fondé sur un motif impérieux mentionné à l'article 12 présentent à l'entreprise de transport aérien, lors de leur embarquement, une déclaration sur l'honneur du motif de leur déplacement, accompagnée d'un ou plusieurs documents permettant de justifier de ce motif. / Le transporteur aérien est tenu de refuser l'embarquement à toute personne ne présentant pas ces documents. ".
4. Il résulte des dispositions précitées que les déplacements aériens à destination de La Réunion étaient interdits à compter du 20 février 2021 sauf s'ils étaient fondés sur un motif impérieux d'ordre personnel ou familial, un motif de santé ou un motif professionnel ne pouvant être différé. M. Baron a transmis, le 22 février 2021, une attestation indiquant un motif impérieux tenant au retour à son domicile. Pour refuser l'embarquement de M. Baron, la direction départementale de la police aux frontières a estimé que les documents fournis par l'intéressé ne permettaient pas d'attester de l'existence du motif impérieux allégué. Toutefois, M. Baron a transmis, dans le courriel du 22 février 2021, son dernier avis d'imposition, une capture d'écran du site de l'Agence en ligne EDF-Réunion indiquant les références de son contrat d'électricité ainsi que la date de la prochaine échéance, en mars 2021, une facture d'électricité de juin 2020, une facture de téléphone de janvier 2021 ainsi qu'une facture d'eau du mois de décembre 2020. Ces documents, qui indiquaient tous la même adresse à La Réunion, étaient de nature à justifier de l'adresse principale de l'intéressé. En outre, il est constant que le retour au domicile principal constituait un motif impérieux d'ordre personnel ou familial. Dans ces conditions, en refusant l'embarquement de l'intéressé, la direction départementale de la police aux frontières a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. Toutefois, si M. Baron indique que ce refus d'embarquement lui a causé un préjudice matériel ainsi qu'un préjudice moral, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ces préjudices. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à demander leur indemnisation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de condamnation formulées par M. Baron doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. Baron au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Baron est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A Baron et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2024
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026