mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100765 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2021, M. A C B représenté par Me Affejee, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires
d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2013 ainsi que des pénalités y afférentes ;
2°) de prononcer la restitution de la somme de 13 079,51 euros déjà acquittée ;
3°) d'ordonner la mainlevée de l'hypothèque judiciaire provisoire portant sur l'appartement dont il est propriétaire situé 75 rue Mikhail Gorbatchev au Tampon (97430), cadastré parcelle BY664, lots 8 et 19 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la réduction d'impôt dont il entendait bénéficier sur le fondement de l'article 199 undecies B du Code Général des Impôts est fondée, dès lors qu'elle dépendait de l'obtention d'un agrément par la société et que cet agrément a été délivré tacitement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le moyen n'est pas fondé.
Par courrier du 12 avril 2024 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions relatives à la mainlevée de l'hypothèque judiciaire provisoire portant sur l'appartement dont le requérant est propriétaire.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,
- les observations de Me Affejee, représentant M. B.
Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 18 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B est associé de la société par actions simplifiées (SAS) Maces 2013, qui a pour objet l'acquisition et l'installation de chauffe-eaux solaires individuels destinés à être exploités par la SARL GTE Réunion. Par une demande en date du 31 décembre 2012, rectifiée le 7 octobre suivant, la SARL Conseil et Investissement des Mascareignes, prestataire en charge du montage de l'opération d'investissement au profit de la SARL GTE Réunion, a sollicité, pour le compte de ses associés, le bénéfice de l'agrément prévu par les dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, au titre de l'acquisition et de l'installation en 2013, de 1350 chauffe-eaux solaires individuels. Par une décision du 27 décembre 2013, l'administration lui a refusé le bénéfice de l'agrément sollicité et, en conséquence de ce refus, a informé M. B, par une proposition de rectification du 23 septembre 2016, de la reprise de la réduction d'impôt sur le revenu dont il avait bénéficié au titre de l'année 2013 et la somme de 81 905 euros a été mise en recouvrement le 30 avril 2018. Toutefois, par un jugement du 29 novembre 2018 devenu définitif, le tribunal administratif de La Réunion a annulé la décision du 27 décembre 2013 par laquelle le ministre de l'économie et des finances a refusé d'accorder à la société Maces 2013 l'agrément prévu à l'article 199 undecies B du CGI et a enjoint au ministre de l'action et des comptes publics de procéder au réexamen de la demande de la société. Sa réclamation contentieuse du 7 juin 2018 ayant été rejetée, M. B a procédé au règlement de la somme de 13 079,51 euros le 27 février 2019. M. B a formulé une nouvelle réclamation contentieuse le 14 décembre 2018, puis le 30 juin 2020. Sa réclamation du 30 juin 2020 ayant été rejetée le 26 avril 2021, M. B demande principalement au tribunal de lui accorder la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2013 ainsi que des pénalités et intérêts de retard.
Sur les conclusions à fins de décharge et de restitution du crédit d'impôt :
2. Il appartient au juge de l'impôt d'examiner, au terme de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, si un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies B du code général des impôts.
3. Aux termes de l'article 199 undecies B, " I. - Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy, dans les îles Wallis-et-Futuna et les Terres australes et antarctiques françaises, dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. Lorsque l'activité est exercée dans un département d'outre-mer, l'entreprise doit avoir réalisé un chiffre d'affaires, au titre de son dernier exercice clos, inférieur à 20 millions d'euros. Ce seuil de chiffre d'affaires est ramené à 15 millions d'euros et à 10 millions d'euros pour les investissements que l'entreprise réalise au cours des exercices ouverts à compter, respectivement, du 1er janvier 2019 et du 1er janvier 2020. Lorsque l'entreprise n'a clôturé aucun exercice, son chiffre d'affaires est réputé être nul. Si le dernier exercice clos est d'une durée de plus ou de moins de douze mois, le montant du chiffre d'affaires est corrigé pour correspondre à une période de douze mois. Lorsque la réduction d'impôt s'applique dans les conditions prévues aux vingt-sixième et vingt-septième alinéas, le chiffre d'affaires s'apprécie au niveau de l'entreprise locataire ou crédit-preneuse. Celle-ci en communique le montant à la société réalisant l'investissement. Lorsque l'entreprise mentionnée aux deuxième et sixième phrases du présent alinéa est liée, directement ou indirectement, à une ou plusieurs autres entreprises au sens du 12 de l'article 39, le chiffre d'affaires à retenir s'entend de la somme de son chiffre d'affaires et de celui de l'ensemble des entreprises qui lui sont liées. Aux termes de l'article 217 undecies III applicable aux faits du litige : " III. 1. Pour ouvrir droit à déduction, les investissements () doivent avoir reçu l'agrément préalable du ministre chargé du budget, après avis du ministre chargé de l'outre-mer. 2. L'agrément est tacite à défaut de réponse de l'administration dans un délai de trois mois à compter de la réception de la demande d'agrément. Ce délai est ramené à deux mois lorsque la décision est prise et notifiée par l'un des directeurs des services fiscaux des départements d'outre-mer. () Le délai mentionné au premier alinéa peut être interrompu par une demande de l'administration fiscale de compléments d'informations () ". Lorsque, d'une part, des dispositions législatives ou réglementaires ont prévu que le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande d'agrément fait naître, à l'expiration du délai imparti à l'administration pour statuer, une décision implicite d'acceptation de la demande et que, d'autre part, la décision prise dans ce délai, qu'elle accorde ou qu'elle refuse expressément l'agrément sollicité est annulée pour excès de pouvoir par le juge, la décision expresse d'octroi ou de refus disparaît rétroactivement. Cette disparition oblige, en principe, l'autorité administrative à procéder à une nouvelle instruction de la demande dont cette autorité demeure saisie. Toutefois, dans l'hypothèse où est applicable un régime d'autorisation tacite, un nouveau délai de nature à faire naître une décision implicite d'acceptation ne commence à courir qu'à dater du jour de la confirmation de la demande par l'intéressé.
4. M. B fait valoir que dans son jugement du 29 novembre 2018, le tribunal administratif de La Réunion a annulé la décision de refus d'agrément du 27 décembre 2013 et a enjoint au Ministre de l'action et des comptes publics de procéder au réexamen de la demande de la société Maces 2013. Toutefois, dès lors qu'il résulte des propres écritures du requérant que la demande d'agrément n'a pas été renouvelée après notification dudit jugement portant annulation de la décision de refus d'agrément, M. B n'est pas fondé à soutenir que la société Maces 2013 dont il est associé bénéficierait d'un agrément tacite à raison du silence gardé par l'administration pendant plus de trois mois après notification dudit jugement et ce, nonobstant la circonstance qu'une injonction de réexamen de la demande avait été adressée au ministre. C'est donc à bon droit que l'administration a repris la réduction d'impôt au titre de l'année 2013.
5. Il résulte ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu en litige auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2013 ni en tout état de cause à demander la restitution du crédit d'impôt pour des investissements productifs outre-mer sollicité au titre de l'année 2013.
Sur les conclusions à fins de mainlevée d'une hypothèque :
6. Le requérant sollicite la mainlevée de l'hypothèque judiciaire provisoire portant sur l'appartement dont il est propriétaire situé 75 rue Mikhail Gorbatchev au Tampon (97430).
7. Il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire, juge de l'exécution, de se prononcer sur une demande de mainlevée de saisies administratives à tiers détenteur. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées aux fins de mainlevée de l'hypothèque judiciaire provisoire portant sur l'appartement dont il est propriétaire sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la Direction régionale des finances publiques de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 avril 2024.
La rapporteure,
L. LEBONLa présidente,
A. KHATER
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100765
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