jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100885 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | R222-13 (JU 1 BIS) |
| Avocat requérant | SAS LEXIPOLIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une saisine et un mémoire, enregistrés les 9 juillet et 18 novembre 2021, le préfet de La Réunion défère au tribunal, comme prévenus d'une contravention de grande voirie, la société à responsabilité limitée (SARL) Holding RK, Mme K et M. J, et lui demande :
1°) d'infliger une amende aux contrevenants ;
2°) d'enjoindre aux contrevenants de remettre les lieux en état sous astreinte ;
3°) d'autoriser l'administration, en cas d'inexécution, à procéder d'office aux frais des contrevenants, au besoin, avec le concours de la force publique, à la remise en état des lieux.
Il soutient que par un procès-verbal n° 2021-01 du 15 avril 2021, il a été constaté la présence sans autorisation, sur la dépendance du domaine public maritime correspondant à l'emprise de l'ancien chemin de fer réunionnais, au droit de la parcelle cadastrée CZ 1250 située à la Saint-Paul, d'un portail en fer à deux battants supporté par deux poteaux en maçonnerie de blocs agglomérés, d'une clôture avec un soubassement en béton supportant des poteaux et un grillage rigide en fer et, à l'intérieur de l'emprise clôturée, d'un conteneur maritime posé au sol.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 août et 14 décembre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Holding RK, représentée par Me Poitrasson, conclut :
1°) à sa relaxe ;
2°) à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le litige relève de la compétence du juge judiciaire dès lors qu'il vise à remettre en cause son droit de propriété ;
- l'emprise de l'ancien chemin de fer réunionnais a été vendue par un acte transcrit le 22 octobre 1927 ;
- elle est propriétaire de l'emprise de l'ancien chemin de fer réunionnais au droit de la parcelle CZ 1250.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Mme I, représentant le préfet de La Réunion.
Considérant ce qui suit :
1. Par un procès-verbal n° 2021-01 du 15 avril 2021, l'agent assermenté de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement a constaté, sur le territoire de Saint-Paul, au droit de la parcelle cadastrée CZ 1250, sur l'emplacement de l'ancienne emprise du chemin de fer réunionnais, la présence, au sud-est, d'un portail en fer à deux battants supporté par deux poteaux en maçonnerie de blocs agglomérés, au sud-ouest, d'une clôture avec un soubassement en béton supportant des poteaux et un grillage rigide en fer et, au nord-ouest, à l'intérieur de l'emprise clôturée, d'un conteneur maritime posé au sol. Par la présente saisine, le préfet de La Réunion défère au tribunal, comme prévenus d'une contravention de grande voirie, la société à responsabilité limitée (SARL) Holding RK, propriétaire de la parcelle CZ 1250, ainsi que Mme K et M. J, ses gérants.
Sur la compétence de l'ordre administratif :
2. Aux termes de l'article L. 774-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller statue sur les difficultés qui s'élèvent en matière de contravention de grande voirie, à défaut de règles établies par des dispositions spéciales. "
3. Il résulte implicitement mais nécessairement de ces dispositions que l'ordre juridictionnel administratif est compétent pour statuer sur les litiges qui s'élèvent en matière de contravention de grande voirie. En l'espèce, le tribunal a été saisi par le préfet de La Réunion dans le cadre de la procédure de contravention de grande voirie. Par suite, la SARL Holding RK n'est pas fondée à soutenir que l'ordre juridictionnel administratif n'est pas compétent pour statuer sur cette requête.
Sur le bien-fondé de la contravention de grande voirie :
4. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. " Aux termes de l'article L. 2132-3 du même code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende. ".
5. Aux termes de l'article L. 2111-4 du général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : / () / 4° La zone bordant le littoral définie à l'article L. 5111-1 dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion ; () " Aux termes de l'article L. 5111-1 du même code : " La zone comprise entre la limite du rivage de la mer et la limite supérieure de la zone dite des cinquante pas géométriques définie à l'article L. 5111-2 fait partie du domaine public maritime de l'État ". Aux termes de l'article L. 5111-2 du même code : " La réserve domaniale dite des cinquante pas géométriques est constituée par une bande de terrain délimitée dans les départements de La Réunion, de la Guadeloupe et de la Martinique. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 5111-3 dudit code : " Les dispositions de l'article L. 5111-1 s'appliquent sous réserve des droits des tiers à la date du 5 janvier 1986. Les droits des tiers résultent : / 1° Soit de titres reconnus valides par la commission prévue par les dispositions de l'article 10 du décret n° 55-885 du 30 juin 1955 ; / 2° Soit de ventes ou de promesses de vente consenties par l'État postérieurement à la publication de ce décret et antérieurement à la date du 5 janvier 1986 ; / 3° Soit, dans le département de La Réunion, des éventuelles prescriptions acquises à la date du 3 janvier 1986 " et aux termes de l'article L. 5111-4 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 5111-1 ne s'appliquent pas : 1° Aux parcelles appartenant en propriété à des personnes publiques ou privées qui peuvent justifier de leur droit () ".
6. Il résulte de l'instruction que les constructions litigieuses sont situées sur l'emprise de l'ancien du chemin de fer réunionnais inclus dans la zone des cinquante pas géométriques telle que délimitée dans le département de La Réunion en application de l'arrêté gubernatorial du 4 mai 1876 et, pour la commune de Saint-Paul, selon le plan approuvé par l'arrêté gubernatorial du 11 mars 1878, sur lequel la limite inférieure des cinquante pas géométriques sur le territoire de cette commune est celle représentant la limite du rivage de la mer à l'époque où le plan fut établi et la limite supérieure est matérialisée par une ligne intitulée " limite supérieure des pas géométriques ".
7. A l'instance la SARL Holding RK fait valoir qu'elle est propriétaire de l'emprise de l'ancien chemin de fer réunionnais au droit de la parcelle CZ 1250 dès lors que cette emprise a été vendue par des arrêtés du gouverneur de l'Ile de La Réunion en vertu du décret du 13 janvier 1922 autorisant sous certaines conditions la vente par adjudication de lots appartenant à la zone des cinquante pas géométriques.
8. Il résulte de l'instruction que la parcelle cadastrée CZ 1250 est issue de la division de la parcelle CZ 201, elle-même issue des parcelles n° 136 et 137 figurant sur le plan annexé à l'arrêté gubernatorial du 11 mars 1878. Les parcelles 136 et 137 ont été vendues par des arrêtés du gouverneur de La Réunion du 16 août 1923 et 22 mars 1932 à Mme B L, M. D G, M. E C, M. A F et M. M H. Les transcriptions de ces actes à la conservation des hypothèques ne comportent pas de description de la délimitation des parcelles mais mentionnent une servitude de " droit de passage pour la voie ferrée ". Contrairement à ce que soutiennent les prévenus, il ne résulte pas de cette seule mention que les ventes des parcelles 136 et 137 incluaient l'emprise du chemin de fer de La Réunion. En revanche, il s'en déduit que cette servitude visait à permettre notamment aux agents du chemin de fer d'accéder à la voie ferrée enclavée par les propriétés privées. Cette interprétation est corroborée par le plan annexé à l'arrêté gubernatorial du 11 mars 1878 duquel il ressort que les parcelles 136 et 137 étaient chacune bornées par la voie ferrée. De la même manière, il résulte de l'ensemble des actes notariés postérieurs aux ventes initiales que la parcelle CZ 201, devenue CZ 1249, 1250 et 1251, a été systématiquement bornée par l'emprise de la voie ferrée. Il résulte de ce qui précède que l'emprise de l'ancien chemin de fer de La Réunion, n'ayant pas fait l'objet d'une appropriation privée, est restée dans le domaine public jusqu'au décret du 27 août 1957 déclassant la branche sud du chemin de fer, puis après avoir fait partie du domaine privé de l'Etat, a été réintégré dans le domaine public de l'Etat par l'effet de la loi du 3 janvier 1986 relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral. Il s'ensuit que les constructions et installations litigieuses sont situées, dans la zone des cinquante pas géométriques, sur le domaine public maritime. Cette occupation sans titre du domaine public maritime constitue une contravention de grande voirie.
Sur les actions publique et domaniale :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. " Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " () / Le montant de l'amende est le suivant : / () / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit. "
10. En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la SARL Holding RK, Mme K et M. J au paiement d'une amende de 500 euros chacun.
11. En second lieu, application de l'article L. 2132-3 précité, il y a lieu d'enjoindre à la SARL Holding RK, Mme K et M. J de procéder sans délai à la destruction des constructions irrégulières constatées par le procès-verbal n° 2021-01 du 15 avril 2021, mentionnées au paragraphe 1, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. L'administration est autorisée, en cas d'inexécution et passé ce délai, à procéder d'office à la destruction de ces constructions aux frais et risques du contrevenant.
Sur les frais de justice :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat les sommes réclamées par la SARL Holding RK.
D E C I D E :
Article 1er : La SARL Holding RK, Mme K et M. J sont condamnés à payer une amende de 500 euros chacun.
Article 2 : Il est enjoint à SARL Holding RK, Mme K et M. J de remettre les lieux en état dans les conditions fixées au paragraphe 11. A défaut, l'administration est autorisée, en cas d'inexécution, à procéder d'office à la destruction de ces constructions aux frais et risques des contrevenants.
Article 3 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet de La Réunion pour notification à la SARL Holding RK, Mme K et M. J dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
Le rapporteur,Le greffier,
R. FELSENHELDD. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026