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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100899

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100899

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100899
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Antoine, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner le Centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR) à lui verser une somme de 22 220 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation de ses préjudices liés à l'opération chirurgicale qu'il a subie le 10 octobre 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire-droit ;

3°) de mettre à la charge du CHOR la somme de 3 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le chirurgien du CHOR a commis une maladresse fautive en lui infligeant une brûlure à l'avant-bras droit pendant son opération de l'épaule droite ;

- ses préjudices doivent être évalués à 6 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 7 000 euros au titre des souffrances endurées, à 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, à 3 220 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et à 3 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2021, la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS) de La Réunion déclare ne pas s'opposer à la demande de désignation d'un expert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2021, le Centre hospitalier Ouest Réunion, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, déclare ne pas s'opposer à la demande de désignation d'un expert et conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une expertise est nécessaire pour déterminer l'existence d'une faute commise par le CHOR et pour évaluer les préjudices ;

- les préjudices invoqués par le requérant ne sont pas établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été opéré au Centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR) d'une luxation acromio claviculaire de l'épaule droite le 10 octobre 2020. Au cours de cette opération, une brûlure a été causée et a créé une plaie au niveau de son avant-bras droit. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, à titre principal, de condamner le CHOR à l'indemniser de ses préjudices, et, à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire-droit une expertise.

2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".

3. M. B fait valoir qu'une plaie de sept centimètres a été causée sur son avant-bras droit à l'occasion de l'intervention chirurgicale de l'épaule droite qu'il a subie au CHOR et que, à cette occasion, le centre hospitalier a commis une faute ayant entraîné pour lui des préjudices. Toutefois, l'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier le caractère fautif de cet acte, ni d'évaluer les préjudices qui résulteraient, le cas échéant, de la faute commise par le CHOR. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de M. B, d'ordonner une expertise sur ces points.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête, procédé par un expert orthopédiste, à une expertise contradictoire entre le CHOR et M. B, en présence de la caisse générale de securité sociale de La Réunion.

Article 2 : L'expert, désigné par le président du tribunal, aura pour mission de :

1°) se faire communiquer le dossier médical et tous documents relatifs à l'état de santé de M. B détenus par le CHOR ou produits par le requérant ;

2°) décrire l'histoire médicale de M. B avant l'opération chirurgicale réalisée le 10 octobre 2020 au CHOR ;

3°) préciser les soins, examens, traitements, actes médicaux et chirurgicaux dont il a fait l'objet à compter de son admission au CHOR ;

4°) rechercher si les diagnostics établis, les traitements, interventions et soins prodigués ainsi que leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science ; préciser s'ils étaient adaptés à l'état de santé du patient ou si, au contraire, des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commises par les services du CHOR ou s'ils révèlent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, ou autres ; préciser si l'indication chirurgicale proposée était adaptée, et s'il existait d'autres indications possibles, les décrire et en comparer les effets et les risques ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;

5°) préciser si le patient a reçu une information sur les risques encourus et si son consentement éclairé à l'opération a été recueilli ;

6°) indiquer si, et dans quelle mesure, les dommages sont en rapport avec l'état initial de santé de M. B ainsi que l'évolution prévisible de celui-ci, eu égard à son état de santé antérieur ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;

7°) définir et quantifier les préjudices de toute nature subis par M. B à compter du 10 octobre 2020, incluant l'aggravation éventuelle d'un état antérieur ; indiquer s'ils présentent un lien direct et certain avec la prise en charge au sein du centre hospitalier ; en particulier, d'indiquer sous forme de pourcentage quelle est la part des dommages en strict lien avec l'opération chirurgicale déduction faite de la part de l'état antérieur et de l'évolution prévisible de la pathologie ;

8°) de manière générale, fournir toutes précisions de nature à permettre au tribunal de former son appréciation sur l'étendue du préjudice induit par la prise en charge de M. B.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 4 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié M. A B, au Centre hospitalier Ouest Réunion et à la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°

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