jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2101015 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CERVEAUX FREDERIC |
Vu les procédures suivantes :
I-Par une requête, enregistrée sous le numéro 2101015, le 6 août 2021, et un mémoire enregistré le 6 juillet 2022, Mme D A et M. C B, représentés par Me Cerveaux, demandent au tribunal :
1°) de condamner le groupement d'établissements Réunion (GRETA) à leur verser en réparation du préjudice financier subi du fait du non-renouvellement de leur contrat de travail respectif, à compter du 8 juillet 2020, les sommes de 20 924,96 euros et 19 518,24 euros, outre la somme de 5 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral ;
2°) de mettre à la charge du GRETA Réunion une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de non-renouvellement des contrats de travail méconnaît les dispositions de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat, s'agissant du défaut de respect du délai de prévenance ;
- elle n'est pas motivée par l'intérêt du service ;
- elle n'est pas fondée sur l'intérêt du service et constitue une sanction déguisée de la dénonciation par Mme A de l'existence de dysfonctionnements au sein du service ;
- cette décision fautive leur a causé un préjudice financier du fait de la privation de revenus ;
- elle leur a causé un préjudice moral en raison de son caractère subit et vexatoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le Greta Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les requérants ne peuvent se prévaloir de la qualité d'agents contractuels dès lors qu'ils sont enseignants titulaires de l'Education nationale et qu'ils ont assuré des formations dans le cadre de vacations horaires définies selon un volume de 786 h pour la période du 21 août 2017 au 12 juillet 2019 pour Mme A et de 263 heures pour M. B ;
- le décret du 17 janvier 1986 n'est pas applicable ;
- aucune indemnité n'est due alors que les requérants ne justifient pas des préjudices qu'ils invoquent.
Par une ordonnance du 9 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2024.
II- Par une requête, enregistrée sous le numéro 2201412, le 31 octobre 2022, Mme D A, représentée par Me Cerveaux, demande au tribunal :
1°) de condamner le GRETA Réunion à lui verser en réparation du préjudice financier subi du fait du non-renouvellement de son contrat, à compter du 8 juillet 2020, la somme de 20 924,96 euros, outre la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
2°) de mettre à la charge du GRETA Réunion une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- au regard de la durée de son engagement, sur trois ans et du nombre d'heures effectuées, son recrutement répondait en réalité à un besoin permanent, dès lors, le statut de vacataire ne peut lui être appliqué ;
- le défaut de respect par le GRETA des dispositions de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 sur le délai de prévenance est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la décision de non-renouvellement de son contrat n'est pas motivée a fortiori par l'intérêt du service ;
- elle constitue une sanction déguisée dès lors qu'elle est intervenue après la dénonciation de dysfonctionnements ;
- elle lui a causé un préjudice tant financier que moral.
Par courrier du 22 avril 2024, le GRETA Réunion a été mis en demeure de produire ses observations.
Par une ordonnance du 1er août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-1126 du 25 octobre 1991 modifié ;
- le décret n° 93-438 du 24 mars 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tomi,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A et M. B professeurs titulaires de l'Education nationale, ont été recrutés par le GRETA Réunion en qualité de " vacataires titulaires ", pour exercer une activité d'enseignement ponctuelle dans le cadre de la formation continue des adultes en BTS professions immobilières à compter du 21 août 2017. Les vacations ont été renouvelées les années suivantes, jusqu'au 15 juillet 2020. Par lettre du 8 juillet 2020, transmise par courriel le 22 août 2020 à leur demande, ils ont été informés par le GRETA que ces vacations ne seraient pas reconduites. Par un courrier en date du 3 mai 2021, les intéressés ont adressé au directeur de l'établissement une demande indemnitaire préalable. Par la présente requête, Mme A et M. B demandent au tribunal de condamner le GRETA Réunion à leur verser une indemnité en réparation des préjudices financier et moral découlant du non-renouvellement de leur engagement.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°2101015 et 2201214 présentées par Mme A et M. B d'une part, et par Mme A d'autre part, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la responsabilité du GRETA à raison du non-renouvellement des contrats de travail :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 25 octobre 1991 relatif aux modalités de service des personnels enseignants des premier et second degrés participant aux activités de formation continue organisées par le ministère chargé de l'éducation nationale : " L'ensemble des personnels enseignants a vocation à participer aux activités de formation continue. A ce titre, les personnels qui participent à ces activités concourent au service public d'éducation et demeurent régis par les règles statutaires particulières qui leur sont applicables sous réserve des dispositions du présent décret. Les dispositions du présent décret s'appliquent à l'ensemble des personnels enseignants, à l'exclusion des personnels contractuels. " Aux termes de l'article 1er du décret du 24 mars 1993 fixant la rémunération des personnes participant aux activités de formation continue des adultes organisées par le ministère chargé de l'éducation nationale : " Les personnels relevant du ministre chargé de l'éducation nationale qui participent aux activités de formation continue des adultes organisées en application de l'article 19 de la loi du 10 juillet 1989 susvisée, en dehors de leurs obligations de service, perçoivent une indemnité horaire (). " L'article 3 de ce décret prévoit que : " les activités d'enseignement incluant les mêmes charges que les activités d'enseignement en formation initiale, et notamment la préparation du cours, l'évaluation et la validation des acquis des stagiaires, ouvrent droit au versement d'un taux par heure effective d'enseignement. Les activités liées notamment à l'élaboration de projets de formation et à l'accompagnement des formations ouvrent droit au versement d'un taux pour deux heures effectives. "
4. Aux termes de l'article 1er du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux agents non titulaires de droit public de l'Etat et de ses établissements publics à caractère administratif ou à caractère scientifique, culturel et professionnel, recrutés ou employés dans les conditions définies aux articles 3 (2e, 3e et 6e alinéa), 4, 5, 6, 27 (1er alinéa) et 82 de la loi du 11 janvier 1984 () ". L'article 45 de ce décret dispose que : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être reconduit, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard :- le huitième jour précédant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; - au début du mois précédant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à six mois et inférieure à deux ans ; - au début du deuxième mois précédant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à deux ans () ".
5. Il résulte de l'instruction que les requérants, qui ont la qualité d'enseignants statutaires de l'éducation nationale ont, aux termes de leurs lettres d'engagement, été recrutés par le GRETA Réunion pour remplir des missions ponctuelles d'enseignement dans le cadre de la formation continue des adultes en BTS " professions immobilières ". Si Mme A et M. B soutiennent que la durée d'engagement de trois ans et le nombre d'heures effectuées au cours de cette période attestent que leur recrutement répondait à un besoin permanent, par ailleurs caractérisé par l'existence d'un lien de subordination avec le directeur de l'établissement, les éléments résultant de la fiche de poste produite, qui s'inscrivent dans le champ de la définition de l'article 3 du décret du 24 mars 1993 cité au point 3 ne sont pas de nature à remettre en cause leur statut d'enseignant vacataire. Il résulte d'ailleurs de l'instruction que les vacations effectuées revêtaient un caractère accessoire à leur activité principale d'enseignants titulaires de l'éducation nationale, variables d'une année à l'autre et que le temps consacré à la formation continue dans le cadre d'heures supplémentaires, a été déterminé compte tenu de leurs disponibilités, ainsi que l'atteste notamment pour Mme A un courriel adressé au GRETA le 16 août 2020 faisant état d'une " montée en horaire au lycée " correspondant à son activité principale et d'une disponibilité moindre, réduite à compter de la rentrée 2020 aux journées du mercredi et du lundi après-midi. Par suite, la situation des requérants étant régie par les dispositions du décret du 25 octobre 1991, le GRETA Réunion n'était pas tenu de leur assurer le bénéfice des droits et garanties liés au statut des agents non titulaires de l'Etat, et à ce titre de mettre en œuvre la procédure relative au délai de prévenance prévue à l'article 45 du décret du 17 janvier 1986, applicable aux seuls agents contractuels de l'Etat.
6. Par voie de conséquence, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en s'abstenant de respecter le délai de prévenance, le GRETA aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A et M. B ont, au cours des années d'exercice de leurs missions de formation auprès du GRETA, toujours donné satisfaction, ainsi qu'en attestent notamment un courriel du coordonnateur pédagogique du GRETA du 12 juillet 2019, mettant en évidence un taux de réussite à l'examen du BTS de 100% et deux courriels du 17 mars 2020, le premier adressé par le même coordonnateur à la conseillère en formation et le second envoyé par cette dernière aux requérants, saluant leur " dynamisme et leur implication ". Il résulte également de l'instruction que Mme A, dont M. B est le conjoint, avait dès le mois d'octobre 2019 alerté l'administration du GRETA sur la charge croissante de travail imputable selon elle, sans qu'elle soit contredite sur ce point, à un collègue avec lequel elle partageait les enseignements, ces inquiétudes ayant été relayées aux termes d'un courriel du 30 avril 2020 adressé au coordonnateur pédagogique mettant en évidence des dysfonctionnements au sein de son service. Dans ces conditions, alors que le GRETA ne fait état d'aucun motif justifiant le non-renouvellement de l'engagement des requérants, ces derniers sont fondés à soutenir que la décision litigieuse de non-renouvellement de leur contrat respectif intervenue le 8 juillet 2022 qui ne leur a été notifiée que le 22 août suivant, soit seulement deux mois après ce courriel et à la veille de la rentrée scolaire, est dépourvue de lien avec l'intérêt du service et présente le caractère d'une sanction déguisée.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que Mme A et M. B sont fondés à rechercher la responsabilité pour faute du GRETA Réunion.
Sur le préjudice :
9. Il résulte des dispositions de l'article 3 du décret du 25 octobre 1991 cité au point 2 que l'activité de formation exercée par Mme A et M. B rémunérée selon un taux horaire revêtait un caractère accessoire à leur traitement d'enseignants titulaires. Au regard de la circonstance que les contrats dont ils étaient titulaires ont été conclus pour des durées limitées à quatre mois, le préjudice financier ne présente pas un caractère suffisamment certain. En revanche, les requérants sont fondés à demander l'indemnisation du préjudice moral subi. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, admis dans son principe, en l'évaluant pour chacun des requérants à hauteur de la somme de 2 500 euros.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GRETA une somme globale de 1 200 euros à verser à Mme A et à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le GRETA Réunion est condamné à verser à Mme A et à M. B la somme de 2 500 euros chacun en réparation du préjudice subi.
Article 2 : Le GRETA Réunion versera à Mme A et à M. B une somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à M. C B et au GRETA Réunion.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
N.TOMILa présidente,
A.BLIN
Le greffier,
F.IDMONT
La République mande et ordonne au préfet de la Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101015-220141
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026