jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2101219 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BETTY VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2021, M. E C, représenté par Me Vaillant, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2014, 2015 et 2016 d'un montant total de 242 488 euros ;
2°) de maintenir le sursis de paiement en application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
Sur l'année 2014 :
- il peut bénéficier d'une demi-part supplémentaire par la prise en charge de l'enfant de Mme A F, son épouse en 2015 ;
- la somme de 11 700 euros réintégrée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux non professionnels compense un préjudice subi lors de l'annulation d'une vente d'un bien et n'est pas une somme imposable ;
Sur les années 2014, 2015 et 2016 :
- l'existence et le montant des distributions au titre des années 2014, 2015 et 2016 n'est pas établie par l'administration dès lors qu'elle a usé des dispositions de l'article 117 du code général des impôts ;
- la majoration de 40% au titre du manquement délibéré n'est pas justifiée dès lors que l'existence des distributions n'est pas prouvée et qu'il n'a pas minimisé ses revenus imposables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le directeur de la direction régionale des finances publiques de la Réunion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit
1. M. C, a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2014, 2015 et 2016. Cette procédure fait notamment suite à la vérification de comptabilité dont le requérant a fait l'objet au titre des mêmes années, pour son activité de gérant de la société Les Douceurs de Sava. A l'issue des opérations de contrôle, le service vérificateur a selon la procédure de rectification contradictoire, notamment imposé entre les mains de M. C les revenus distribués au titre des années 2014, 2015 et 2016, et lui a notifié, par une proposition de rectification du 21 décembre 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années en cause. A la suite de la décision implicite de rejet de sa réclamation préalable, M. C conteste les impositions restant à sa charge pour un montant total de 242 488 euros en droits et majorations.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne le quotient familial :
2. B termes de l'article 193 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 196 B, le revenu imposable est pour le calcul de l'impôt sur le revenu, divisé en un certain nombre de parts, fixé conformément à l'article 194, d'après la situation et les charges de famille du contribuable. / () ". B termes de l'article 193 ter de ce code : " A défaut de dispositions spécifiques, les enfants ou les personnes à charge s'entendent de ceux dont le contribuable assume la charge d'entretien à titre exclusif ou principal, nonobstant le versement ou la perception d'une pension alimentaire pour l'entretien desdits enfants ". B termes du I de l'article 194 du même code : " Le nombre de parts à prendre en considération pour la division du revenu imposable prévue à l'article 193 est déterminé conformément aux dispositions suivantes (). Lorsque les époux font l'objet d'une imposition séparée en application du 4 de l'article 6, chacun d'eux est considéré comme un célibataire ayant à sa charge les enfants dont il assume à titre principal l'entretien. Dans cette situation, ainsi qu'en cas de divorce, de rupture du pacte civil de solidarité ou de toute séparation de fait de parents non mariés, l'enfant est considéré, jusqu'à preuve du contraire, comme étant à la charge du parent chez lequel il réside à titre principal () ". B termes de l'article 196 de ce même code : " Sont considérés comme étant à la charge du contribuable, que celle-ci soit exclusive, principale ou réputée également partagée entre les parents, à la condition de n'avoir pas de revenus distincts de ceux qui servent de base à l'imposition de ce dernier : / 1° Ses enfants âgés de moins de 18 ans () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que les parents vivant ensemble qui ont un ou plusieurs enfants communs sont imposables séparément à l'impôt sur le revenu et bénéficient chacun d'un nombre de parts de quotient familial déterminé en fonction des enfants dont ils assument, le cas échéant, la charge d'entretien à titre exclusif ou principal. Dans le cas où la charge d'entretien d'un enfant mineur est partagée et qu'aucun des deux parents ne justifie en avoir la charge principale, cette charge est réputée être également partagée et ouvre par conséquent droit, pour chaque parent, à une majoration du nombre de parts de quotient familial égale à la moitié de celle à laquelle ouvrirait droit un enfant dont ce parent assumerait la charge d'entretien à titre exclusif ou principal, cette majoration étant déterminée dans les conditions prévues par les sixième à neuvième alinéas du I de l'article 194 du code général des impôts.
4. Dans ces conditions, lorsque la charge d'un enfant est partagée par deux parents résidant ensemble et imposés séparément, la demi-part de quotient familial à laquelle ouvre droit cet enfant en application des dispositions de l'article 194 précité est attribuée à celui des parents qui, indépendamment de ses ressources propres, en assume réellement la charge ou, à défaut d'accord entre les parents et lorsqu'aucun de ces derniers n'établit en supporter la charge exclusive ou principale, est partagée également entre eux.
5. Il résulte de l'instruction que M. C et son ex-conjointe résidaient ensemble au titre de l'année 2014 et que le requérant a mentionné sur sa déclaration de revenus au titre de la même année, une demi-part correspondant au rattachement de l'enfant mineur que son ex-conjointe avait eu d'une précédente union. Selon les déclarations de l'administration fiscale, l'ex-conjointe du requérant percevait une pension alimentaire de la part du père biologique de l'enfant destinée à pourvoir aux besoins de sa fille et elle percevait par ailleurs d'autres revenus qui lui permettaient de subvenir aux besoins de sa fille. Il ne résulte en outre pas de l'instruction que le requérant aurait assumé la charge exclusive ou principale de cet enfant. Dans ces conditions, l'enfant mineur de l'ex-conjointe de M. C, qui vivait au domicile commun au titre de l'année 2014, est réputé avoir été durant cette année à la charge de sa mère. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article 194 du code général des impôts en ne prenant pas en considération la fille mineure de son ex-conjointe qui vivait au domicile commun pour déterminer le nombre de parts applicable à la situation de celui-ci.
En ce qui concerne les bénéfices non commerciaux :
6. B termes de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices () de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. () " ;
7. Il résulte de l'instruction que M. C a signé, le 15 octobre 2012, avec M. et Mme D, un compromis de vente pour l'achat d'une maison d'habitation non achevée située à Hagondange (57) et non soumise à une condition suspensive d'obtention d'un prêt. Les acheteurs ont versé en 2014 une somme de 11 700 euros à M. C correspondant au financement de la poursuite de la construction de sa maison et d'une augmentation de son prix, en contrepartie d'un rallongement du délai de vente à leur profit. Les acheteurs ayant abandonné en 2016 leur projet d'achat de la maison de M. C, celui-ci a conservé la somme de 11 700 euros qui lui avait été versée et considère qu'elle représente une indemnité de rétractation destinée à compenser la rupture de l'accord de vente. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant et alors même qu'il ne produit pas le compromis de vente ou toute autre document contractuel qui permettrait d'inférer que la somme de 11 700 euros correspondrait à une indemnité versée à raison du préjudice qui pourrait résulter de la non réalisation de la vente, cette indemnité doit être regardée eu égard aux conditions dans lesquelles elle a été versée en 2014, lorsque l'accord de vente était en cours, comme ayant pour objet de permettre la poursuite de la construction de la maison en contrepartie d'une prolongation du délai de vente consenti par M. C à M. et Mme D afin de leur permettre d'envisager l'achat de la maison. Cette modalité de vente correspondant à un service rendu par M. C aux acheteurs, a la nature d'une prestation dont le prix a pour le requérant le caractère d'un revenu. Cette somme perçue à ce titre n'étant rattachable à aucune autre catégorie de revenus, c'est à bon droit que l'administration l'a imposée, sur le fondement des dispositions de l'article 92 du code général des impôts, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.
En ce qui concerne les revenus distribués :
9. B termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. "
10. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 117 du code général des impôts qu'elles se bornent à autoriser l'administration fiscale à inviter la société qui a manqué à ses obligations déclaratives à révéler dans un délai de trente jours l'identité des bénéficiaires de revenus distribués non déclarés. Elles n'ont ni pour objet, ni pour effet de fonder l'imposition des revenus distribués en cause, laquelle est déterminée en l'espèce par les dispositions des articles 109 et suivants du même code. Par suite, la circonstance que l'administration ait sur le fondement de l'article 117 du code général des impôts, invité la société à lui fournir des indications complémentaires, ne fait pas obstacle à ce qu'elle puisse procéder, en application de l'article 109 du même code, à l'imposition entre les mains du bénéficiaire des revenus correspondant aux sommes ainsi distribuées.
11. B termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en conseil d'Etat ".
12. En second lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 17 octobre 2017 adressée à la société Les Douceurs de Sava que les résultats de cette société, s'agissant des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 ont été rehaussés en raison d'une omission de chiffre d'affaires compte tenu de l'absence de valeur probante de la comptabilité de la société. M. C ne conteste ni l'existence ni le montant de ces rehaussements, qui ont donné lieu à l'établissement de cotisations d'impôt sur les sociétés. Pour justifier l'appréhension des sommes concernées par M. C et son ex-épouse, l'administration s'est fondée sur le fait que M. C est associé gérant de la société en 2014 et 2016 et cogérant et associé avec son ex-épouse en 2015. Il est constant que M. C s'occupe de la politique commerciale, des commandes et achats de marchandises, des contacts avec les fournisseurs et qu'il dispose de tous les pouvoirs quant à la gestion des fonds sociaux et de la signature des comptes bancaires de la société. Ainsi, l'administration était fondée d'une part, à regarder M. C comme étant maître de l'affaire et, partant, seul bénéficiaire des résultats réalisés par la société Les Douceurs de Sava, et d'autre part à estimer que les chiffres d'affaires non déclarés par M. et Mme C au titre des exercices clos 2014, 2015 et 2016 étaient également réputés avoir été distribués à leur égard et par suite, à imposer les sommes correspondantes entre leurs mains, sur le fondement tant des dispositions du 1° du 1 que du 2° du 1° de l'article 109 du code général des impôts.
Sur les pénalités
13. B termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
14. Pour majorer de 40 % les rehaussements d'impôt sur le revenu mis à la charge de M. C au titre des années 2014, 2015 et 2016, le service a relevé, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts, que les rehaussements relatifs aux revenus distribués provenaient de la dissimulation du chiffre d'affaires sur plusieurs exercices par manipulation du logiciel de caisse et appréhension des sommes dissimulées par M. C. L'administration établit ainsi la participation personnelle de M. C aux dissimulations de recettes constatées lors de la vérification de comptabilité de la Société Les Délices de Sava et le caractère répétitif de tels agissements. Ces éléments décrits de manière suffisamment précise et circonstanciée, et qui ne sont au demeurant pas contredits, suffisent à caractériser l'intention délibérée d'éluder l'impôt.
15. Il résulte de tout ce qui précède, que M. C n'est pas fondé à solliciter la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016.
Sur les conclusions tendant au maintien du bénéfice du sursis de paiement :
16. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire, ce qui prive d'objet les conclusions tendant au maintien du sursis de paiement, sur lesquelles il n'y a pas lieu de statuer.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C tendant au maintien du sursis de paiement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la direction régionale des finances publiques de la Réunion.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
X. MONLAÜ
La présidente,
A. BLIN
La greffière,
S. LE CARDIET-BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026