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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101288

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101288

samedi 15 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101288
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantUGGC AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 octobre 2021 et le 14 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Podevin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 3 271 866,19 euros, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ainsi que des intérêts prévus à l'article 1231-7 du code civil capitalisés, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de l'intervention chirurgicale du 19 janvier 2010 ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a subi un accident médical lors de l'opération du 19 janvier 2021, qui lui donne droit à réparation au titre de la solidarité nationale ;

- la somme de 4 610,40 euros doit lui être allouée au titre des dépenses de santé actuelles ;

- la somme de 7 412,10 euros doit lui être allouée au titre des frais divers ;

- la somme de 65 008 euros doit lui être allouée au titre de l'assistance à tierce personne passée ;

- la somme de 60 522,85 euros doit lui être allouée au titre des dépenses de santé futures ;

- la somme de 19 614 euros doit lui être allouée au titre des frais divers post consolidation ;

- la somme de 933 896,40 euros doit lui être allouée au titre de l'assistance à tierce personne future ;

- la perte de gains professionnels doit être indemnisée à hauteur de 2 067 802, 44 euros ;

- l'incidence professionnelle doit être indemnisée à hauteur de 50 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent doit être indemnisé à hauteur de 55 000 euros ;

- le préjudice d'agrément doit être indemnisé à hauteur de 8 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le directeur général de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Welsch, conclut à la réduction des indemnisations demandées par M. B et au rejet de la demande formulée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il ne conteste pas le droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale de M. B ;

- les aides versées par les organismes sociaux ou tout autre organisme à M. B doivent être déduites des indemnisations allouées à ce dernier ; or, le requérant ne verse aux débats aucun élément de nature à établir de manière contradictoire le montant des prestations servies par les tiers payeurs ;

- à défaut de justifier des prestations servies par les tiers payeurs, les demandes formées au titre de l'assistance à tierce personne doivent être rejetées ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent doit être réduite à 44 333 euros ;

- l'indemnisation du préjudice d'agrément doit être réduite à 2 220 euros.

Un mémoire a été enregistré pour l'ONIAM le 6 février 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Un mémoire a été enregistré pour M. B le 28 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par un courrier du 8 février 2024, le tribunal a demandé à M. B de produire toute pièce permettant de justifier l'absence de prise en charge par la Caisse des Français de l'étranger des dépenses de santé et des frais divers, ainsi que toute pièce permettant de justifier le nombre et le prix des séances de kinésithérapie effectuées de 2021 à aujourd'hui.

Par un courrier du 21 mars 2024, le tribunal a demandé à M. B de produire des factures acquittées permettant de justifier du coût horaire de l'assistance par une tierce personne dont il a bénéficié.

Des pièces ont été transmises le 28 mars 2024 par M. B et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a subi, le 19 janvier 2010 au centre hospitalier universitaire de La Réunion à Saint-Pierre, une embolisation en raison d'une fistule durale au niveau de l'artère T11 gauche associée à un drainage veineux péri-médullaire avec un hyper signal T2 centromédullaire étendu, à l'origine de paresthésies dans ses membres inférieurs et de troubles sphinctériens. Au cours de cette opération, il a ressenti une vive douleur lombaire avec une perte de sensibilité au niveau des membres inférieurs. Un scanner a révélé que s'était produite au cours de l'opération une migration secondaire de l'embole et une dispersion du mélange au sein des veines péri médullaires, à l'origine d'un syndrome de " Brown-Séquard ", correspondant à des troubles moteurs et sensitifs dus à une lésion de la moelle épinière sur le côté droit ou gauche du corps. A la suite de cette intervention, M. B a présenté un déficit complet du membre inférieur gauche, un déficit partiel du membre inférieur droit, une rétention d'urine complète, des troubles sensitifs et des douleurs lombo-sacrées. M. B a subi, le 21 janvier 2010, une laminectomie permettant l'exclusion complète de la fistule durale et une amélioration du déficit moteur. Il a conservé toutefois des troubles sensitifs avec douleurs neuropathiques, une anesthésie en hémi-selle gauche, une vessie neurologique, une spasticité de la jambe gauche et des troubles sexuels. Par une demande en date du 14 février 2019, M. B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux de la Réunion, qui, dans un avis du 25 novembre 2019, a estimé que l'intéressé avait été victime d'un accident médical non fautif consistant en la migration du matériel d'embolisation à l'origine d'une ischémie médullaire partielle veineuse source d'un syndrome de Brown-Séquard de niveau TH11. Par un protocole d'indemnisation transactionnelle partiel, accepté le 15 août 2020 par M. B, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a indemnisé le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées, le préjudice esthétique temporaire, le préjudice esthétique permanent et le préjudice sexuel. Par une demande préalable reçue le 5 juillet 2021, M. B a demandé à l'ONIAM de l'indemniser des préjudices restants. Par la présente requête, il demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser la somme totale de 3 271 866,19 euros en réparation des autres préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de l'intervention du 19 janvier 2010.

Sur la responsabilité au titre de la solidarité nationale :

2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise ordonné par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de La Réunion, que M. B a été victime, au cours de l'embolisation du 19 janvier 2010, d'une migration secondaire de l'embole et d'une dispersion du mélange au sein des veines péri médullaires, à l'origine d'un syndrome de " Brown-Séquard ", qui a causé un déficit complet du membre inférieur gauche, un déficit partiel du membre inférieur droit, une rétention d'urine complète, des troubles sensitifs et des douleurs lombo-sacrées. Les experts ont relevé qu'aucune faute n'avait été commise lors de l'embolisation et que le dommage était imputable à la réalisation de l'embolisation. Par ailleurs, il est constant que cet accident, à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent de 28%, présentait un caractère de gravité. Enfin, si les experts relèvent qu'en l'absence de soins, l'évolution clinique de M. B se serait faite vers une paraplégie définitive en deux à trois ans, ils indiquent que l'intéressé n'avait pas de prédisposition particulière à la survenue de l'accident et que les complications neurologiques lors d'une embolisation ne surviennent que dans 2 à 3% des cas. Cette probabilité constitue une probabilité faible, de nature à caractériser l'anormalité du dommage. Par suite, M. B est fondé à soutenir que cet accident médical lui ouvre droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé :

5. En premier lieu, M. B demande, au titre des dépenses de santé actuelles effectuées jusqu'à la consolidation et restées à sa charge, une indemnisation correspondant à ses séances de kinésithérapie, à hauteur de 1 758,12 euros, et aux soins hospitaliers et aux frais de matériel médical, à hauteur de 2 852,28 euros. Il demande également l'indemnisation des frais de transport entre son domicile et le centre de rééducation Jeanne d'Arc, à hauteur de 1 212,10 euros, frais qui doivent être regardés comme des dépenses de santé. Il justifie, par les factures qu'il produit, qu'une somme de 1 070,01 euros est restée à sa charge, après indemnisation de sa caisse de sécurité sociale, pour son séjour au centre de rééducation Jeanne d'Arc du 1er février 2010 au 26 février 2010. Il résulte également de l'expertise que ce séjour au centre de rééducation présente un lien de causalité direct avec l'accident médical subi par M. B, dès lors qu'il a été rendu nécessaire par les complications survenues à la suite de l'embolisation du 19 janvier 2010.

6. Toutefois, s'agissant des autres dépenses de santé, M. B n'a apporté aucune réponse à la mesure d'instruction diligentée par le tribunal lui demandant de justifier que ces frais n'ont pas été pris en charge par sa caisse de sécurité sociale. Dans ces conditions, M. B n'établit pas que ces dépenses sont restées à sa charge.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que M. B est seulement fondé à obtenir une somme de 1 070,01 euros au titre des dépenses de santé effectuées avant la consolidation.

8. En deuxième lieu, M. B demande, au titre des dépenses de santé effectuées après la consolidation, une indemnisation correspondant à ses séances de kinésithérapie, à hauteur de 12 033,01 euros, et une indemnisation correspondant à ses frais médicamenteux et de consultations, à hauteur de 1 070 euros. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, il n'a apporté aucune réponse à la mesure d'instruction diligentée par le tribunal lui demandant de justifier que ces frais n'ont pas été pris en charge par sa caisse de sécurité sociale. Dans ces conditions, M. B n'établit pas que ces demandes sont restées à sa charge. Au surplus, M. B n'a pas produit les justificatifs des séances de kinésithérapie effectuées de 2021 à aujourd'hui, en dépit d'une mesure d'instruction en ce sens. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander une indemnité au titre des dépenses de santé effectuées après la consolidation.

9. En troisième lieu, M. B sollicite une indemnisation de 47 419,84 euros au titre des frais de kinésithérapie futurs. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé, qui bénéficie de la sécurité sociale, devra supporter ces dépenses. Au surplus, si l'expertise retient que M. B nécessite deux séances de kinésithérapie par semaine, elle n'indique pas pour quelle durée. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'attestation du kinésithérapeute de l'intéressé, que l'état de santé de M. B nécessite deux séances de kinésithérapie par semaine " sur une durée indéterminée ". Dans ces conditions, le préjudice futur lié à la réalisation de séances de kinésithérapie ne peut être regardé comme certain. Par suite, les demandes indemnitaires formées au titre des dépenses de santé futures doivent être rejetées.

S'agissant des frais divers :

10. En premier lieu, si M. B demande une indemnisation au titre de ses frais de déplacement à l'extérieur de l'île Maurice, où il réside, il indique n'avoir conservé aucun justificatif de ces frais et ne produit dès lors aucun justificatif permettant d'attester de leur réalité. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander une indemnisation au titre des frais divers antérieurs à la consolidation.

11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a exposé une somme de 540 euros pour être assisté d'un médecin conseil lors de l'expertise médicale. Toutefois, si le requérant demande également une indemnisation de 10 900 euros au titre de ses frais de déplacement et d'hébergement pour la période post consolidation, il ne produit aucun justificatif permettant d'attester de leur réalité. Par suite, M. B est seulement fondé à être indemnisé de la somme de 540 euros au titre des frais divers post consolidation.

12. En troisième lieu, M. B demande 8 714 euros au titre des frais de déplacement futurs. Il fait valoir qu'il réside à Maurice et qu'il devra se rendre à La Réunion deux fois par an afin de se fournir en médicaments et en sondes. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas même soutenu que les médicaments dont il a besoin ne seraient pas disponibles à Maurice. Dans ces conditions, le préjudice futur au titre des frais divers ne peut être regardé comme certain et M. B n'est pas fondé à demander une indemnisation à ce titre.

S'agissant des frais au titre de la tierce personne :

13. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a droit à l'indemnisation de son préjudice relatif à l'assistance par une tierce personne avant la date de la consolidation, du 27 février 2010 jusqu'au 29 mars 2010, à hauteur de 2h30 par jour, puis du 30 mars 2010 au 25 octobre 2011, à hauteur d'une heure par jour. Le salaire minimum mauricien étant de 15 000 roupies mauriciennes, soit environ 300 euros, il convient de prendre une base de deux euros toutes taxes comprises (TTC) de l'heure, soit cinq euros sur 31 jours et deux euros sur 574 jours. En prenant une base de 400 jours par an pour tenir compte des congés et jours fériés à Maurice, le préjudice de l'intéressé s'établit donc à la somme de 1 428,088 euros. Toutefois, si M. B demande également une indemnisation au titre de l'assistance par une tierce personne apportée à sa fille handicapée, ce préjudice n'est pas subi personnellement par M. B et ne peut être indemnisé au titre de l'assistance à tierce personne.

14. En deuxième lieu, il résulte également de l'instruction que M. B a droit à l'indemnisation de son préjudice relatif à l'assistance par une tierce personne postérieurement à la date de la consolidation et jusqu'à la date du jugement. Sur la base de deux euros TTC de l'heure, cinq heures par semaine sur la période du 26 octobre 2011 au 15 mai 2024, soit pendant 655 semaines, le préjudice de l'intéressé s'établit à 7 178,80 euros, en prenant une base de 57 semaines pour tenir compte des congés et jours fériés à Maurice. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 13, M. B n'est pas fondé à solliciter une indemnisation au titre de l'assistance par une tierce personne apportée à sa fille handicapée.

15. En troisième lieu, sur une base de 57 semaines, pour tenir compte des congés et jours fériés à Maurice, à deux euros TTC de l'heure, et compte tenu du prix de l'euro viager pour un homme de 62 ans de 21,213 euros au jour du jugement, M. B a droit au versement d'une rente de 12 091,41 euros par an. Par ailleurs, dans l'hypothèse où M. B viendrait à résider en France, cette rente devra être revalorisée à 78 594,17 euros par an, en prenant une base de 13 euros TTC de l'heure. Dans les deux cas, le montant de cette rente devra être revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale.

S'agissant de la perte de gains professionnels :

16. En premier lieu, si M. B demande une indemnisation au titre des pertes de revenus subies de la consolidation à la date du jugement, il résulte de l'instruction, en particulier des fiches de paie et de l'étude comptable produites, que l'intéressé n'a pas subi de perte de revenus depuis son accident. S'il soutient que l'accident a eu pour effet de réduire son temps de travail et a eu un effet sur la croissance de ses entreprises, moins importante que prévue, ce préjudice n'est pas indemnisable au titre de la perte de gains professionnels. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander une indemnisation au titre de la perte de gains professionnels post consolidation.

17. En second lieu, si M. B demande une indemnisation au titre des pertes de revenus futurs, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que ces pertes ne sont pas certaines. Par suite, les conclusions présentées par le requérant au titre de la perte de gains professionnels future doivent être rejetées.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

18. Il résulte de l'instruction que M. B, chef d'entreprise à la tête de trois structures, a repris son activité un an après son accident médical. Il fait valoir que les séquelles de celui-ci, tenant notamment à la spasticité de sa jambe gauche et à la nécessité de réaliser des sondages quotidiens, le limitent dans ses déplacements et entraînent une fatigabilité qui limitent son temps de travail de 40%. Dans ces conditions, au regard du taux de déficit fonctionnel permanent de 28% et de son âge de 49 ans à la date de l'accident, il sera fait une juste appréciation de cette incidence professionnelle en l'évaluant à 12 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra patrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

19. Il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de M. B, qui présente notamment des troubles sensitifs, une anesthésie en hémi-selle gauche, une vessie neurologique, et une spasticité de la jambe gauche, peut être évalué à 28%. Compte-tenu de son âge à la date de consolidation, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant la somme de 45 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

20. Si M. B fait valoir qu'il pratiquait le vélo, le golf, le bateau et la chasse, il ne produit aucun justificatif permettant de démontrer l'exercice régulier de ces activités antérieurement au dommage. Dans ces conditions, la demande d'indemnisation d'un préjudice d'agrément ne peut être accueillie.

21. Il résulte de tout ce qui précède que l'ONIAM est condamnée à verser à M. B une somme totale en capital de 67 216,90 euros, ainsi qu'une rente annuelle de 12 091,41 euros au titre de l'assistance par une tierce personne future, qui sera réévaluée à 78 594,17 euros dans l'hypothèse où M. B viendrait résider en France.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

22. En premier lieu, la somme de 67 216,90 euros au paiement de laquelle est condamné l'ONIAM au titre de l'indemnisation des préjudices subis par M. B portera intérêts au taux légal à compter du 5 juillet 2021, date de la réception de sa demande indemnitaire préalable. Les intérêts seront capitalisés à échéance annuelle.

23. En second lieu, aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. "

24. Il résulte de ces dispositions que, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Par suite, les conclusions formées par M. B au titre de l'article 1231-7 du code civil sont dépourvues d'objet et doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'ONIAM est condamnée à verser à M. B une somme de 67 216,90 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 juillet 2021. Ces intérêts seront capitalisés à échéance annuelle à compter du 5 juillet 2022.

Article 2 : L'ONIAM versera à M. B une rente annuelle de 12 091,41 euros au titre de l'assistance par une tierce personne future. Dans l'hypothèse où M. B viendrait résider en France, cette rente sera réévaluée à 78 594,17 euros. Cette rente sera revalorisée chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : L'ONIAM versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. A B et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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