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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101306

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101306

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101306
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSISTERON MURIELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 octobre 2021 et 17 juin 2022, M. C D, représenté par Me Sisteron, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de La Réunion a rejeté sa demande de réintégration dans le cadre d'emplois des assistants socio-éducatifs dès la prochaine vacance de poste et de régularisation de sa situation administrative depuis son éviction ;

2°) d'enjoindre au département de La Réunion de le réintégrer sans délai et de reconstituer sa carrière en lui attribuant l'échelon 9 de son grade à compter du mois d'octobre 2020 avec l'ancienneté qui en résulte ;

3°) de condamner le département de La Réunion à lui verser l'indemnité de perte de revenus depuis le mois de juin 2017 jusqu'au jugement à intervenir, représentant la somme de 82 600,87 euros arrêtée au mois de juin 2022 ;

4°) de condamner le département de La Réunion à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du préjudice de troubles dans les conditions d'existence et la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral ;

5°) de mettre à la charge du département de La Réunion la somme de 4 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision refusant sa réintégration est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le comité médical a conclu à son aptitude à reprendre ses fonctions ;

- sa promotion à l'échelon 8 ne correspond pas à ses qualifications et ses mérites professionnels ;

- son absence de réintégration à compter du l'avis du 21 juin 2018 du comité médical constitue une faute de nature à engager la responsabilité du département ;

- il est en droit de solliciter le versement des sommes de 82 600,87 euros au titre de son préjudice financier, de 5 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence et de 5 000 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2022, le département de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Par un courrier du 26 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction présentées par M. D tendant à enjoindre au département de La Réunion de le reclasser à l'échelon 9 de son grade à compter du mois d'octobre 2020 avec l'ancienneté qui en résulte dès lors que ce sont des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal à l'encontre de l'administration en dehors des cas prévus par la loi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus, conseiller,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de Mme F, représentant le département de La Réunion,

- M. D n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, fonctionnaire territorial, exerce depuis le 1er avril 2014 les fonctions d'assistant territorial socio-éducatif au département de La Réunion. Par un arrêté du 18 mai 2016, la présidente du conseil départemental de La Réunion l'a placé en congé de longue maladie du 14 décembre 2015 au 13 septembre 2016 puis, par des arrêtés successifs, l'a placé en congé de longue durée jusqu'au 1er juillet 2018, à l'exception d'une reprise d'activité entre le 14 septembre 2017 et le 1er octobre 2017. Par un arrêté du 22 septembre 2017 de la présidente du conseil départemental de La Réunion, M. D a été détaché, à sa demande, dans le cadre d'emplois des rédacteurs territoriaux pour une durée d'un an. Par un courrier du 4 octobre 2017, il a demandé " l'annulation " de son reclassement dans le cadre d'emploi des rédacteurs territoriaux. Le docteur E, médecin agréé saisi par l'administration, a considéré dans son rapport d'expertise du 25 avril 2018 que M. D serait, à l'issue d'une prolongation de son congé de longue maladie, " apte à reprendre ses fonctions d'assistant social dans un autre domaine d'intervention sociale que le domaine de la polyvalence et de l'insertion ou le domaine de l'aide sociale à l'enfance ". Le comité médical, dans son avis du 21 juin 2018, a proposé la réintégration de l'intéressé dans ses fonctions d'assistant territorial socio-éducatif à compter du 2 juillet 2018, sous réserve des restrictions précédemment préconisées. Compte tenu de l'impossibilité pour l'administration de proposer un poste adapté à M. D, le comité médical, de nouveau saisi par le département, a renvoyé la question de la réintégration de l'intéressé dans ses fonctions d'assistant socio-éducatif à son précédent avis. Par arrêté du 6 mars 2020, le président du conseil départemental de La Réunion a réintégré l'intéressé, alors maintenu en congé de longue durée depuis le 2 juillet 2018, dans le cadre d'emplois des assistants territoriaux socio-éducatifs à compter de cette même date, le courrier accompagnant cet arrêté indiquant que le département était toujours à la recherche de postes aménagés. Par un courrier du 1er juin 2021, réceptionné le 7 juin suivant par le département, M. D a demandé en vain sa réintégration dès la prochaine vacance de poste, la régularisation de sa situation administrative et le versement de la somme de 50 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son éviction. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le département a implicitement rejeté ses demandes et réitère ses prétentions indemnitaires en les actualisant à la somme totale de 92 600,87 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En vertu de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, tout fonctionnaire atteint d'une maladie le mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions a droit, sous conditions, à des congés de maladie, de longue maladie et de longue durée. Aux termes de l'article 31 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéficiaire d'un congé de longue maladie ou de longue durée ne peut reprendre ses fonctions à l'expiration ou au cours dudit congé que s'il est reconnu apte après examen par un spécialiste agréé et avis favorable du comité médical compétent. () ". Aux termes de l'article 32 de ce décret : " Si, au vu de l'avis du comité médical compétent et éventuellement de celui du comité médical supérieur, dans le cas où l'autorité territoriale ou l'intéressé jugent utile de le provoquer, le fonctionnaire est reconnu apte à exercer ses fonctions, il reprend celles-ci dans les conditions fixées à l'article 33 ci-dessous. () ". Aux termes de l'article 33 du même décret : " Le comité médical, consulté sur l'aptitude d'un fonctionnaire territorial mis en congé de longue maladie ou de longue durée à reprendre l'exercice de ses fonctions, peut formuler des recommandations sur les conditions d'emploi de l'intéressé sans qu'il puisse porter atteinte à sa situation administrative. / Le dossier soumis au comité médical comporte un rapport écrit du médecin du service de médecine préventive. / Si l'intéressé bénéficie d'un aménagement des conditions de son travail, le comité médical, après avis du service de médecine préventive, est appelé de nouveau, à l'expiration de périodes successives d'une durée comprise entre trois et six mois, à formuler des recommandations auprès de l'autorité territoriale sur l'opportunité du maintien ou de la modification de ces aménagements. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le comité médical compétent déclare qu'un fonctionnaire territorial bénéficiant d'un congé de longue maladie ou de longue durée est apte à reprendre ses fonctions à condition que son poste soit adapté à son état physique, il appartient à l'autorité territoriale de rechercher si un poste ainsi adapté peut être proposé au fonctionnaire. Si l'autorité territoriale ne peut pas lui proposer un tel poste, le congé se poursuit ou est renouvelé, jusqu'à ce que le fonctionnaire ait épuisé ses droits à congé pour raison de maladie ou ait été déclaré définitivement inapte à exercer ses fonctions.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du rapport d'expertise du 25 avril 2018 du docteur E qui précise que M. D serait, à l'issue d'une prolongation de son congé de longue maladie, " apte à reprendre ses fonctions d'assistant social dans un autre domaine d'intervention sociale autre que le domaine de la polyvalence et de l'insertion ou le domaine de l'aide sociale à l'enfance ", le comité médical, au cours de sa séance du 21 juin 2018, a émis un avis favorable à la réintégration de l'intéressé à compter du 2 juillet 2018 " sur son grade d'assistant socio-éducatif avec restrictions " conformément aux préconisations de ladite expertise, le médecin de prévention préconisant également, le 29 juin suivant, une telle reprise sous réserve des même restrictions. Le certificat établi le 24 avril 2019 par le docteur B à la demande de M. D, qui indique que l'intéressé " est apte à reprendre ses fonctions d'assistant socio-éducatif avec des restrictions dans les services de polyvalence, l'ASE, l'insertion, sans prise en charge du public (= usager) dans les restrictions ", sans plus de précisions, ne saurait suffire pour remettre en cause les appréciations convergentes de l'expert, du comité médical et du médecin de prévention excluant l'exercice des fonctions d'assistant socio-éducatif dans les domaines de la polyvalence, de l'insertion et de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard et alors même que le docteur A, dans son rapport d'expertise du 29 août 2020, indiquait qu'un maintien en congé de longue durée à compter du 2 juillet 2018 n'est pas justifié et que M. D est apte aux fonctions d'assistant socio-éducatif sous réserve des mêmes restrictions, le département de La Réunion établit, notamment par l'étude de poste du 12 février 2019, qu'il a recherché à réintégrer l'intéressé en tenant compte des recommandations ainsi émises sans toutefois y parvenir, dès lors que les domaines en cause concernent l'ensemble des missions dévolues aux assistants socio-éducatifs de la collectivité. Dans ces circonstances, le médecin de prévention dans son avis du 15 février 2019, comme l'étude de poste du 12 février 2019, ont légitimement considéré que l'addition des exclusions avait " valeur d'inaptitude au poste d'assistant socio-éducatif au sein de la collectivité " et que " des propositions de reclassement / mobilité devront être proposées ". Si le requérant se prévaut de ses candidatures aux postes d'assistant socio-éducatif référent professionnel et de conseiller technique en polyvalence d'insertion, le département de La Réunion soutient, sans être utilement contredit, que ces deux postes ne sont pas conformes aux restrictions émises par le comité médical. Par suite, le refus du département de La Réunion de réintégrer M. D, à compter du 2 juillet 2018, dans des fonctions d'assistant territorial socio-éducatif, ne saurait être regardé comme constitutif d'une faute.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

6. En se bornant à soutenir que le département s'est estimé lié par l'avis du médecin de prévention qui a considéré que l'ensemble des restrictions mentionnées dans l'avis du 21 juin 2018 du comité médical avait " valeur d'inaptitude au poste d'assistant social au sein de la collectivité ", le requérant n'établit pas qu'un poste adapté à son état physique était vacant à compter du 7 juin 2021 et que le département n'a pas recherché à le reclasser sur un tel poste, alors, ainsi qu'il a été dit au point 4, qu'il ressort des pièces du dossier que la collectivité n'était précédemment pas parvenue à le réintégrer en tenant compte des restrictions émises. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le département de la Réunion a rejeté sa demande de réintégration dans le cadre d'emploi des assistants socio-éducatifs dès la prochaine vacance de poste.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle rejette implicitement sa demande de réintégration dès la première vacance de poste présentée le 7 juin 2021. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction tendant à sa réintégration doivent également être rejetées.

8. Par ailleurs, si le requérant demande au tribunal d'enjoindre au département de le reclasser à l'échelon 9 de son grade à compter du mois d'octobre 2020, de telles conclusions, qui ne sont pas dirigées contre une décision rejetant une demande en ce sens, et qui reviennent à demander au tribunal le prononcé d'une injonction à titre principal, sont également irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge du département de La Réunion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au département de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Khater, présidente,

- M. Le Merlus, conseiller,

- Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATERLa greffière,

J. BELENFANT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef

La greffière,

J. BELENFANT

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