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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101356

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101356

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101356
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationR222-13 (JU 1 BIS)
Avocat requérantPARAVEMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine et un mémoire, enregistrés les 15 octobre 2021 et 28 juin 2022, le préfet de La Réunion défère au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, la société civile immobilière (SCI) David B Nicolas et lui demande :

1°) d'infliger une amende au contrevenant ;

2°) d'enjoindre au contrevenant de remettre les lieux en état sous astreinte ;

3°) d'autoriser l'administration, en cas d'inexécution, à procéder d'office aux frais du contrevenant, au besoin, avec le concours de la force publique, à la remise en état des lieux.

Il soutient que par un procès-verbal du 18 juin 2021, il a été constaté, sur le territoire de Saint-Paul, la réalisation d'un mur et d'une portion de terrasse situés sur le domaine public maritime et longeant toute la limite de la propriété 415CZ1099 côté mer.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 avril 2022 et 28 juillet 2023, la SCI B David Nicolas, représentée par Me Prevost, conclut :

1°) à titre principal, à sa relaxe et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoit à statuer dans l'attente de l'arrêt à intervenir de la cour administrative d'appel de Bordeaux contre un jugement du tribunal n°2000451 et ordonne une expertise ;

2°) à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'empiètement sur le domaine public n'est pas établi par le procès-verbal dès lors que l'agent n'a procédé à aucune mesure ;

- l'occupation litigieuse n'a pas lieu sur le domaine public maritime ;

- la construction du mur a été rendu nécessaire pour la sécurisation du bâtiment face à l'action de mer et à la carence du maire de Saint-Paul à faire usage de ses pouvoirs de police.

Par une ordonnance du 3 août 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 28 août 2023.

Un mémoire a été enregistré le 4 décembre 2023, pour la SCI David B Nicolas, après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Mme C, représentant le préfet de La Réunion ;

- et les observations de Me Prevost, représentant de la SCI David B Nicolas.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 mai 2021, un agent de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de La Réunion a constaté la réalisation d'un mur et d'une portion de terrasse sur la dépendance du domaine public maritime, longeant la limite de la propriété de la parcelle cadastrée 415CZ1099, située sur la plage dite des " Roches noires " à Saint-Gilles-les-Bains (commune de Saint-Paul). Par des courriers du 15 octobre 2021, le préfet de La Réunion a notifié à la SCI B David Nicolas, propriétaire de la parcelle, et à son gérant, M. A B, la copie du procès-verbal du 18 juin 2021 relatant les constats effectués. Par la présente saisine, le préfet de La Réunion demande au tribunal de prononcer une amende à l'encontre de la SCI B David Nicolas et d'ordonner la remise en état des lieux.

Sur le bien-fondé de la contravention de grande voirie :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. " Aux termes de l'article L. 2132-3 du même code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende. ".

3. Aux termes de l'article L. 2111-4 du général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : / 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. / Le rivage de la mer est constitué par tout ce qu'elle couvre et découvre jusqu'où les plus hautes mers peuvent s'étendre en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles ; / () / 4° La zone bordant le littoral définie à l'article L. 5111-1 dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion ; () " Aux termes de l'article L. 5111-1 du même code : " La zone comprise entre la limite du rivage de la mer et la limite supérieure de la zone dite des cinquante pas géométriques définie à l'article L. 5111-2 fait partie du domaine public maritime de l'État ". Aux termes de l'article L. 5111-2 du même code : " La réserve domaniale dite des cinquante pas géométriques est constituée par une bande de terrain délimitée dans les départements de La Réunion, de la Guadeloupe et de la Martinique. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 5111-3 dudit code : " Les dispositions de l'article L. 5111-1 s'appliquent sous réserve des droits des tiers à la date du 5 janvier 1986. Les droits des tiers résultent : / 1° Soit de titres reconnus valides par la commission prévue par les dispositions de l'article 10 du décret n° 55-885 du 30 juin 1955 ; / 2° Soit de ventes ou de promesses de vente consenties par l'État postérieurement à la publication de ce décret et antérieurement à la date du 5 janvier 1986 ; / 3° Soit, dans le département de La Réunion, des éventuelles prescriptions acquises à la date du 3 janvier 1986 " et aux termes de l'article L. 5111-4 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 5111-1 ne s'appliquent pas : 1° Aux parcelles appartenant en propriété à des personnes publiques ou privées qui peuvent justifier de leur droit () ".

4. Il résulte de l'instruction que la zone des cinquante pas géométriques est délimitée dans le département de La Réunion en application de l'arrêté gubernatorial du 4 mai 1876 et, pour la commune de Saint-Paul, selon le plan approuvé par l'arrêté gubernatorial du 11 mars 1878, sur lequel la limite inférieure des cinquante pas géométriques sur le territoire de cette commune est celle représentant la limite du rivage de la mer à l'époque où le plan fut établi et la limite supérieure est matérialisée par une ligne intitulée " limite supérieure des pas géométriques ". Il résulte également de l'instruction, et notamment du plan de délimitation réalisé en 2010 par un géomètre expert, que la parcelle cadastrée 415CZ1099 est entièrement incluse dans cette zone des cinquante pas géométriques, laquelle a été réintégrée au sein du domaine public maritime en application de l'article L. 87 du code du domaine de l'État, sous réserve des droits des tiers, à l'entrée en vigueur de la loi n° 86-2 du 3 janvier 1986 relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral, pour les parcelles de cette zone qui auraient pu faire l'objet d'une cession ou d'une promesse de vente entre le 30 juin 1955 et le 5 janvier 1986 ou auraient été acquises par la voie de la prescription trentenaire à cette dernière date. Il résulte de ce même plan de délimitation et du croquis dimensionnel annexés au procès-verbal de constat du 18 juin 2021, lequel fait foi jusqu'à preuve contraire, que le mur et la portion de terrasse construits par la SCI B David Nicolas se situent sur le rivage, au-delà de la limite de sa propriété et de la limite basse de la zone des cinquante pas géométriques côté mer. Cette occupation sans titre du domaine public maritime constitue une contravention de grande voirie, sans qu'ait d'influence la circonstance que ces constructions auraient été rendues nécessaires pour protéger le bâtiment contre l'action de la mer ou en raison de la carence supposée du maire de la commune de Saint-Paul dans l'exercice de ses pouvoirs de police. Il y a lieu dès lors de réparer et de réprimer l'atteinte au domaine public sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer et d'ordonner une mesure d'expertise.

Sur les actions publique et domaniale :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. " Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " () / Le montant de l'amende est le suivant : / () / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit. "

6. En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la société SCI B David Nicolas au paiement d'une amende de 1 500 euros.

7. En second lieu, en application de l'article L. 2132-3 précité, il y a lieu d'enjoindre à la SCI B David Nicolas de procéder sans délai à la démolition de l'intégralité du mur et de la partie de la terrasse situés sur le domaine public maritime, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. L'administration est autorisée, en cas d'inexécution et passé ce délai, à procéder d'office à la destruction de ces constructions aux frais et risques du contrevenant.

Sur les frais de justice :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme que la SCI B David Nicolas demande au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La SCI B David Nicolas est condamnée à payer une amende de 1 500 euros.

Article 2 : Il est enjoint à la SCI B David Nicolas de procéder sans délai à la démolition de l'intégralité du mur et de la partie de la terrasse situés sur le domaine public maritime, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. L'administration est autorisée, en cas d'inexécution et passé ce délai, à procéder d'office à la destruction de ces constructions aux frais et risques de la SCI B David Nicolas.

Article 3 : Les conclusions de la SCI B David Nicolas présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet de La Réunion pour notification à la SCI B David Nicolas dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,Le greffier,

R. FELSENHELDD. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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