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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101516

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101516

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101516
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 novembre 2021 et 7 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Hoareau, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune du Tampon à lui verser les sommes de 19 178,20 euros et de 16 896,40 euros, augmentées des intérêts au taux légal, au titre de rappel de l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) au taux de 7 pour la période de septembre 2015 à juillet 2021 ;

2°) de condamner la commune du Tampon à lui verser la somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Tampon une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable en ce qu'elle est suffisamment motivée ;

- la responsabilité de la commune est engagée en raison de la faute commise en lui appliquant un coefficient sous-évalué s'agissant de l'IAT et en lui refusant le bénéfice de l'IEMP ;

- il est fondé à solliciter réparation du préjudice matériel subi résultant des primes et indemnités dont il a été privé de septembre 2015 à juillet 2021, sur la base d'un coefficient de 7 s'agissant de l'IAT et de 2,5 s'agissant de l'IEMP ;

- les décisions de refus d'octroi de ces indemnités doivent être regardées comme des sanctions déguisées et des agissements répétés de harcèlement moral et sont injustifiées au regard de ses états de service : une somme de 10 000 euros doit lui être accordée en réparation de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense enregistrés le 30 août 2022 et le 22 août 2024, la commune du Tampon, représentée par la SELARL Boissy avocats, agissant par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes indemnitaires par suite de la réévaluation des coefficients attribués au requérant par arrêtés du 4 décembre 2023 ;

- à titre subsidiaire, les demandes sont irrecevables en raison de l'impossibilité pour la juridiction de fixer elle-même le montant des coefficients, ainsi qu'en raison de l'imprécision des conclusions en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- à titre plus subsidiaire, les demandes portant sur les années 2015 et 2016 sont prescrites ;

- à titre infiniment subsidiaire, les demandes sont infondées en l'absence de faute commise à l'égard du requérant.

Par une ordonnance du 22 août 2024, la clôture d'instruction a été reportée au 9 septembre 2024.

Par un courrier du 10 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions indemnitaires aux fins de réparation du préjudice matériel subi par M. A ont le même objet que les recours présentés par l'intéressé à l'encontre des arrêtés lui attribuant l'IAT et l'IEMP.

Vu :

- le jugement du tribunal n° 2101267 du 6 novembre 2023 ;

- le jugement du tribunal n° 2400103 du 3 octobre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 97-1223 du 26 décembre 1997 ;

- le décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blin, présidente,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Diot substituant Me Boissy, représentant la commune du Tampon, M. A n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent de maîtrise territorial, exerce ses fonctions auprès de la commune du Tampon depuis le 1er septembre 2015. Par jugement n° 1800993 du 4 mai 2020 devenu définitif, le tribunal a annulé la décision du maire du Tampon ayant implicitement refusé, en 2018, d'attribuer à l'intéressé l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) à compter du 1er septembre 2015. Par deux arrêtés en date du 28 avril 2021, le maire a, d'une part, régularisé la situation de M. A en lui accordant l'IAT au coefficient de 1,68 pour la période du 1er septembre 2015 au 30 avril 2021 et, d'autre part, attribué l'IAT applicable à la période du 1er mai 2021 au 31 décembre 2021 sur la base de ce même coefficient de 1,68. Le recours gracieux formé par l'intéressé contre ces deux arrêtés a été implicitement rejeté le 10 août 2021. M. A a par ailleurs demandé à son employeur, par lettre du 29 mai 2021, de lui attribuer l'indemnité d'exercice de missions des préfecture (IEMP) avec effet rétroactif au 1er septembre 2015. Cette demande a également fait l'objet d'un rejet implicite. Par un jugement n° 2101267 du 6 novembre 2023 devenu définitif, le tribunal a annulé les arrêtés du 28 avril 2021 ainsi que la décision implicite de refus de versement de l'IEMP, et a enjoint à la commune de réexaminer la situation de M. A à l'égard des versements d'IAT qui lui sont dus à compter du 1er septembre 2015 et des versements d'IEMP auxquels il peut prétendre à compter du 1er janvier 2017. En exécution de ce jugement, le maire du Tampon a pris, le 4 décembre 2023, deux arrêtés attribuant à M. A, pour la période du 1er mai 2015 au 31 décembre 2021, l'IAT au coefficient de 1,85, et pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021, l'IEMP au coefficient de 0,3. Par un jugement n° 2400103 de ce jour, le tribunal a annulé les arrêtés du maire du Tampon du 4 décembre 2023 et enjoint à la commune de réexaminer la situation de M. A à l'égard des versements d'IAT qui lui sont dus au titre de la période allant du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2021, et des versements d'IEMP qui lui sont dus à compter du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la commune du Tampon à lui verser les sommes de 19 178,20 euros et de 16 896,40 euros au titre de rappel de l'IAT au taux de 7 pour la période de septembre 2015 à juillet 2021, ainsi que celle de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. La commune du Tampon fait valoir que la requête de M. A est sans objet dès lors qu'à la suite du jugement du tribunal du 6 novembre 2023, elle a pris deux arrêtés datés du 4 décembre 2023 afin d'accorder à l'intéressé un rappel de primes IEMP au coefficient de 0,30 pour la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021 ainsi qu'un rappel de primes IAT au coefficient de 1,85 sur la période allant du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2021. Toutefois, au regard de l'objet de la demande de M. A qui a formulé des conclusions indemnitaires en sollicitant l'attribution de coefficients de 2,5 et de 7 respectivement, cette circonstance ne saurait avoir pour effet de priver d'objet le présent litige. L'exception de non-lieu à statuer doit dès lors être écartée.

Sur la responsabilité :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement () ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents () ". Aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " () le conseil d'administration d'un établissement public local fixe les régimes indemnitaires dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " () le conseil d'administration de l'établissement fixe () la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. () / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire. ".

4. Aux termes de l'article 1er du décret du 14 janvier 2002 relatif à l'indemnité d'administration et de technicité : " Il est institué dans les administrations centrales de l'Etat, les services déconcentrés en dépendant et les établissements publics à caractère administratif de l'Etat une indemnité d'administration et de technicité dans les conditions et suivant les modalités fixées par le présent décret. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le montant moyen de l'indemnité mentionnée à l'article 1er du présent décret est calculé par application à un montant de référence annuel, fixé par catégorie d'agents, d'un coefficient multiplicateur compris entre 1 et 8. ". Par ailleurs, le décret du 26 décembre 1997, abrogé au 1er janvier 2017, a créé une indemnité d'exercice de missions des préfectures. Aux termes de l'article 1er de ce décret : " Une indemnité d'exercice est attribuée aux fonctionnaires des filières administrative, technique et sociale qui participent aux missions des préfectures dans lesquelles ils sont affectés. ".

5. En application des dispositions de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984, le conseil municipal de la commune du Tampon a adopté le 27 décembre 2010 une délibération rendant applicable aux fonctionnaires de la commune, notamment à ceux relevant de la filière technique, l'IAT instituée par le décret du 14 janvier 2002, affectée d'un coefficient de modulation allant de 0 à 8 en fonction de la valeur professionnelle, des responsabilités exercées et de la manière de servir des agents. Cette délibération a également prévu l'attribution aux agents de la commune, de l'IEMP, créée par le décret du 26 décembre 1997, avec un coefficient de modulation allant de 0 à 3 en fonction des responsabilités exercées et de la manière de servir.

6. Ainsi qu'il a été exposé au point 1, le tribunal a annulé pour erreur manifeste d'appréciation, au regard des critères énoncés dans la délibération du conseil municipal du 27 décembre 2010, les arrêtés pris par le maire du Tampon en date du 28 avril 2021 et du 4 décembre 2023, en exécution des jugements du tribunal devenus définitifs lui enjoignant de réexaminer la situation de M. A à l'égard des versements d'IAT qui lui sont dus à compter du 1er janvier 2015 jusqu'au 31 décembre 2021, ainsi que d'IEMP qui lui sont dus à compter du 1er janvier 2017 jusqu'au 31 décembre 2021. Cette illégalité fautive résultant de l'affectation de faibles coefficients dans l'attribution de ces deux indemnités est de nature à engager la responsabilité de la commune du Tampon.

Sur la réparation :

7. En premier lieu, si M. A demande l'indemnisation de son préjudice matériel du fait du refus du maire du Tampon de lui attribuer les indemnités sollicitées de septembre 2015 à juillet 2021, il a cependant bénéficié de rappels de versements en vertu des arrêtés du 28 avril 2021 et du 4 décembre 2023. En outre, l'intéressé a formé plusieurs requêtes tendant à contester l'affectation de coefficients sous-évalués pour l'attribution des deux indemnités en litige au titre de la même période. Ses conclusions tendant à la réparation de son préjudice matériel ont dès lors le même objet que les requêtes présentées à l'encontre des arrêtés lui attribuant l'IAT et l'IEMP, lesquelles ont fait l'objet d'un jugement définitif du tribunal du 6 novembre 2023 ainsi que d'un jugement de ce jour à l'encontre des arrêtés du maire du Tampon du 4 décembre 2023 qui enjoint le réexamen de la situation de M. A à l'égard des versements de ces deux indemnités jusqu'au 31 décembre 2021.

8. En second lieu, M. A expose que les décisions de refus de lui accorder un coefficient supérieur à 1,68 s'agissant de l'IAT et de refus implicite de lui accorder le bénéfice de l'IEMP constituent des sanctions déguisées et des agissements répétés constitutifs de harcèlement moral, ajoutant que ces mesures ont eu pour effet de dégrader ses conditions de travail et de porter atteinte à sa santé ainsi que sur le déroulement de sa carrière. Toutefois, alors que l'intéressé a bénéficié d'un premier rappel de primes en vertu des arrêtés du 28 avril 2021, M. A n'apporte pas d'éléments de nature à établir la réalité du préjudice moral dont il demande l'indemnisation.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir et sur l'exception de prescription quadriennale soulevées par la commune du Tampon, que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Tampon, la somme que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune du Tampon présentées en application de ces dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Tampon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Tampon.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Blin, présidente,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La présidente-rapporteure

A. BLIN

L'assesseur le plus ancien,

X. MONLAÜ

Le greffier,

F. IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2101516

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