jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2101683 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ALQUIER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 décembre 2021, la société à responsabilité limitée aménagement développement immobilier social (SARL ADIS), représentée par Me Alquier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des suppléments de cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 mis en recouvrement le 29 novembre 2019, ainsi que des pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
- le délai de reprise de l'administration de trois ans, prévu aux articles L. 169 et L. 189 du livre des procédures fiscales était prescrit, compte tenu de la date du 29 novembre 2019 de l'avis de mise en recouvrement reçu le 11 décembre 2019, soit trois ans et un jour après la proposition de rectification du 28 novembre 2016 notifiée le 1er décembre 2016 ;
- les provisions pour créance douteuse et pour risque contre la SARL CROI étaient justifiées ;
- le solde créditeur de 59 536 euros du compte 421 " A B " au 1er janvier 2013 correspond à des avances sur salaires au profit de M. A B, et non à un passif injustifié ;
En ce qui concerne les pénalités :
- les pénalités pour manquement délibéré appliquées à la rectification relative à la provision pour créance douteuse sont injustifiées ;
- les pénalités pour manœuvres frauduleuses appliquées aux omissions de recettes sont injustifiées dès lors qu'elle n'a omis de comptabiliser aucune recette ; le service n'apporte la preuve d'aucune manœuvre frauduleuse.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques de la Réunion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL ADIS ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée aménagement développement immobilier social (SARL ADIS) dont le capital social est détenu à 50% par la SARL Tilcara et à 50% par la SARL JMI, exerce l'activité de location de terrains et d'autres biens immobiliers. La SARL ADIS a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 14 septembre 2016 au 22 novembre 2016 pour la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2015. A l'issue de ce contrôle, une proposition de rectification lui a été adressée par courrier du 28 novembre 2016. La société a présenté ses observations sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2013, 2014 et 2015 auxquels la société requérante a été assujettie. La commission départementale des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires, saisie après demande de la SARL ADIS du 13 mars 2017, a émis un avis favorable le 15 septembre 2017 au maintien des rehaussements relatifs à la déduction d'une provision pour créances douteuses d'un montant de 608 294 euros au titre de l'exercice clos de 2014 et a rejeté l'inscription d'une dette d'un montant de 80 000 euros au passif de la société. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés d'un montant total, en droits et pénalités, de 136 096 euros, ont été mises en recouvrement le 29 novembre 2019. La société requérante a présenté une réclamation le 18 aout 2020 qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête la SARL ADIS demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014 et 2015.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'interruption du délai de prescription :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ". Eu égard à l'objet de ces dispositions, relatives à la détermination du délai dont dispose l'administration pour exercer son droit de reprise, la date d'interruption de la prescription est celle à laquelle le pli contenant la proposition de rectification a été présenté à l'adresse du contribuable.
3. Il résulte de l'instruction que la SARL ADIS a accusé réception de la proposition de rectification du 28 novembre 2016, le 1er décembre 2016, ce qui a eu pour effet d'interrompre la prescription en ce qui concerne l'imposition due au titre des exercices 2013, 2014 et 2015. A la date à laquelle l'avis de mise en recouvrement du 29 novembre 2019 a été émis, le délai de prescription n'était donc pas expiré s'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés réclamés qui ont été réclamées à la SARL ADIS au titre de ses exercices clos les 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
S'agissant des provisions pour créances douteuses :
4. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant (), notamment : / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des évènements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire de ses bénéfices imposables des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées par elle qu'ultérieurement, à la condition qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances de fait constatées à la date de clôture de l'exercice, qu'elles soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante. Il appartient au contribuable de justifier tant du montant des provisions qu'il entend déduire de son bénéfice net que du principe même de leur déductibilité. Une entreprise est en droit de constater une provision pour créance douteuse lorsque la situation financière difficile du débiteur rend improbable, à la clôture de l'exercice, son redressement et, par voie de conséquence, le recouvrement des créances.
5. Il résulte de l'instruction que la SARL ADIS détenait, au cours de l'exercice clos le 31 décembre 2014, 96 % du capital social de la société civile de construction vente (SCCV) Delmas. A l'issue de la vérification de la comptabilité de la SARL ADIS, l'administration a réintégré au bénéfice imposable au titre de l'année 2014, une provision pour créance douteuse d'un montant de 608 294 euros correspondant à une dette probable de la SCCV Delmas résultant d'un contentieux judiciaire l'opposant à une société CROI et pour laquelle en vertu d'un arrêt de la cour d'appel de Saint-Denis du 24 février 2017, confirmant un jugement du tribunal de Saint-Denis, elle a été condamnée au paiement d'une somme de 97 044,74 euros et a vu sa demande de condamnation de la société CROI au paiement d'une somme de 918 885,16 euros rejetée. Toutefois, d'une part, la circonstance que la provision constituée l'a été en raison du risque contentieux initié par sa filiale SCCV Delmas ne permet pas à elle seule d'établir que, lors de la constitution de la provision, les créances en cause présentaient un caractère douteux et, d'autre part, le risque pour la SARL ADIS de perdre sa créance est indissociable de la perte qui sera, dans cette hypothèse, constatée dans les écritures de la SCCV Delmas lors de l'achèvement du contentieux, et dont en tant qu'associée, elle pourra alors imputer la part correspondant à sa participation sur ses propres résultats, sans qu'elle ne puisse par suite utilement invoquer les dispositions de l'article L. 211-2 du code de la construction et de l'habitation. Il suit de là que c'est à tort que la société requérante a cru pouvoir constituer une provision en vue de faire face, par anticipation, à la perte, jugée probable, de la créance douteuse qu'elle croyait détenir sur la SCCV Delmas. Enfin, si pour justifier du caractère douteux de la créance, la société se prévaut de l'arrêt de la cour d'appel de 2017 précité, confirmant le jugement du tribunal de grande instance qui la déboute de sa demande de condamnation de la société CROI à lui payer la somme de 918 885,16 euros et la condamne au paiement de la somme de 97 044,74 euros, cet arrêt intervient cependant postérieurement à la période d'imposition en litige et ne permet donc pas de démontrer le caractère probable de la perte au 31 décembre 2014. Dans ces conditions, la SARL ADIS n'est donc pas fondée à soutenir que l'administration ne pouvait pas procéder à la réintégration de la provision de 608 295 euros dans ses bases d'imposition soumises à l'impôt sur les sociétés.
S'agissant du passif injustifié :
6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ". Il appartient à la société, pour l'application de ces dispositions, de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.
7. Il résulte de la proposition de rectification que le vérificateur a considéré que la somme de 80 000 euros inscrite au compte n°4686000 de " charges à payer " devait être regardée comme un passif injustifié, qu'il a réintégré aux résultats imposables de la société. Si la société requérante soutient que cette somme correspondant à une provision relative à la rémunération de la gérance qui n'ayant finalement pas été utilisée a été régularisée sur l'exercice clos au 30 juin 2016 qui n'a pas été contrôlé, elle ne produit pas plus que devant la commission départementale des impôts, de justificatif relatif à cette écriture. La seule présence de cette dette dans ses écritures, non soldée au 31 décembre 2014, ne saurait suffire à en justifier. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré à son résultat imposable la somme injustifiée figurant au passif de son bilan d'ouverture de l'exercice 2013 non prescrit.
S'agissant du déficit reportable sur l'exercice de l'année 2015 :
8. Aux termes du I de l'article 209 du code général des impôts : " () en cas de déficit subi pendant un exercice, ce déficit est considéré comme une charge de l'exercice suivant et déduit du bénéfice réalisé pendant ledit exercice () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Pour l'application des dispositions précitées de l'article 209 du code général des impôts, il appartient, dès lors, au contribuable de justifier l'existence d'un déficit reportable et son montant. Il s'acquitte de cette obligation par la production d'une comptabilité régulière et probante ou, à défaut, par toute autre preuve extra-comptable suffisamment probante. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation en produisant une comptabilité, il incombe alors à l'administration, si elle s'y croit fondée, soit de critiquer les écritures ayant conduit à la constatation d'un déficit, soit de demander au contribuable de justifier de la régularité de ces écritures. Il appartient alors au juge de l'impôt d'apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
9. Il est constant que les résultats des exercices clos en 2013 et 2014 de la SARL ADIS mentionnaient un déficit reportable d'un montant de 22 816 euros au titre de l'exercice clos en 2013 et de 313 955 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et que la société a déclaré un report déficitaire de 359 589 euros au titre de l'exercice clos 2015 supérieur au montant déficitaire de 336 771 euros correspondant au report cumulé des déficits des années 2013 et 2014. En se bornant à soutenir que la rectification du service portant sur un montant déficitaire excédentaire de 22 816 euros était sans objet compte tenu du fait que sa situation déficitaire s'élevait au cours de l'année 2015 à la somme de 719 522 euros, la société requérante ne justifie pas de l'existence du report déficitaire de la somme de 359 589 euros qu'elle a déclaré en 2015. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration en a refusé l'imputation.
En ce qui concerne les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". En vertu de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, en cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable, la preuve de la mauvaise foi ou des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration.
11. L'administration fait valoir que la SARL ADIS est associée de la SCCV Delmas dont elle détient 96% des parts sociales et que le montant de la provision de 608 295 euros qu'elle a déclaré en 2014 est important, alors par ailleurs que la SCCV Delmas a réalisé un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros en 2014. Elle doit ainsi être regardée comme apportant la preuve de l'intention de la SARL ADIS d'éluder l'impôt alors que celle-ci ne pouvait ignorer l'état financier de la SCCV Delmas. C'est dès lors à bon droit qu'elle a appliqué aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés la pénalité de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à la charge de la SARL ADIS ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL ADIS demande au titre des frais qu'elle a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SARL ADIS est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL ADIS et à la direction régionale des finances publiques de la Réunion.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
X. MONLAÜ
La présidente,
A. BLIN
La greffière,
S. LE CARDIET-BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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