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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101691

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101691

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101691
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBENOITON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 2 mars 2022, la société Travaux Publics Solutions Océan Indien (TPSOI), représentée par Me Benoiton, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la région Réunion a rejeté sa réclamation indemnitaire du 31 décembre 2021 tendant au versement d'une somme de 160 240.10 euros au titre des travaux réalisés dans le cadre de la sous-traitance du marché conclu le 21 septembre 2015 entre la région et le groupement d'entreprises composé des sociétés GTA, CTA et STA, portant sur le lot 1 " VRD - aménagement paysager " du marché public de réhabilitation et d'extension du lycée Evariste Parny.

2°) de condamner la région Réunion à lui verser la somme de 160 240.10 euros au titre de l'exécution des travaux susmentionnés.

3°) de mettre à la charge de la région Réunion une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa requête est recevable ;

- elle est fondée à demander à la région le paiement des travaux qu'elle a effectués en sa qualité de sous-traitant et ayant donné lieu à agrément ;

- la région a commis une faute qui engage sa responsabilité.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 janvier et 16 mars 2022, la région Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les prétentions de l'entreprise excèdent le montant fixé par l'acte de sous-traitance et se heurtent au caractère définitif du décompte général ;

- la région, qui a réglé les prestations du sous-traitant à hauteur de 210 000 euros, n'a commis aucune faute.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Ramin rapporteur public ;

- les observations de Me Benoiton, avocat de la société TPSOI ;

- et les observations de Mme A, représentant la région Réunion.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement notifié le 21 septembre 2015, le groupement d'entreprises composé des sociétés GTA Réunion, mandataire du groupement, CTA et STA, s'est vu attribuer par la région Réunion le lot 1 " VRD - aménagement paysager " du marché public de réhabilitation et d'extension du lycée Evariste Parny pour un montant initial de 1 898 750 euros TTC. Le 27 août 2019, la région a notifié au mandataire du groupement un décompte général modifié portant sur l'exécution de ce lot. Ayant fait l'objet d'un mémoire en réclamation adressé par le mandataire du groupement à la région le 5 septembre 2019, ce décompte général a acquis un caractère définitif, ainsi que l'a constaté le jugement n° 1900969 du 29 juin 2022, faute d'avoir été contesté dans un délai de six mois à compter de la décision implicite de rejet de la réclamation. Par la présente requête, la société TPSOI, qui a participé aux travaux du lot 1 en tant que sous-traitant du groupement mandataire, un agrément du maître d'ouvrage ayant été délivré à cet effet, demande au tribunal de condamner la région Réunion à lui verser la somme de 160 240.10 euros au titre du règlement des travaux exécutés par elle en qualité de sous-traitant.

2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : " L'entrepreneur qui entend exécuter un contrat ou un marché en recourant à un ou plusieurs sous-traitants doit, au moment de la conclusion et pendant toute la durée du contrat ou du marché, faire accepter chaque sous-traitant et agréer les conditions de paiement de chaque contrat de sous-traitance par le maître de l'ouvrage () ". Aux termes de l'article 6 de ladite loi : " Le sous-traitant qui a été accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées par le maître de l'ouvrage, est payé directement par lui pour la part du marché dont il assure l'exécution () ". Aux termes de l'article 8 : " L'entrepreneur principal dispose d'un délai de quinze jours, comptés à partir de la réception des pièces justificatives servant de base au paiement direct, pour les revêtir de son acceptation ou pour signifier au sous-traitant son refus motivé d'acceptation. / Passé ce délai, l'entrepreneur principal est réputé avoir accepté celles des pièces justificatives () qu'il n'a pas expressément acceptées ou refusées () ".

3. Il résulte de ces dispositions et de celles, applicables en l'espèce, des articles 112 et suivants du code des marchés publics que, pour obtenir le paiement direct par le maître d'ouvrage de tout ou partie des prestations qu'il a exécutées dans le cadre de son contrat de sous-traitance, le sous-traitant régulièrement agréé doit adresser sa demande de paiement direct à l'entrepreneur principal, titulaire du marché. Il appartient ensuite au titulaire du marché de donner son accord à la demande de paiement direct ou de signifier son refus dans un délai de quinze jours à compter de la réception de cette demande. Le titulaire du marché est réputé avoir accepté cette demande s'il garde le silence pendant plus de quinze jours à compter de sa réception. A l'issue de cette procédure, le maître d'ouvrage procède au paiement direct du sous-traitant régulièrement agréé si le titulaire du marché a donné son accord ou s'il est réputé avoir accepté la demande de paiement direct. Cette procédure a pour objet de permettre au titulaire du marché d'exercer un contrôle sur les pièces transmises par le sous-traitant et de s'opposer, le cas échéant, au paiement direct. Sa méconnaissance par le sous-traitant fait ainsi obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir, auprès du maître d'ouvrage, d'un droit au paiement direct. Enfin, le sous-traitant bénéficiant du paiement direct des prestations sous-traitées a également droit à ce paiement direct pour les travaux supplémentaires qu'il a exécutés et qui ont été indispensables à la réalisation de l'ouvrage, ainsi que pour les dépenses résultant pour lui de sujétions imprévues qui ont bouleversé l'économie générale du marché, dans les mêmes conditions que pour les travaux dont la sous-traitance a été expressément mentionnée dans le marché ou dans l'acte spécial signé par l'entrepreneur principal et par le maître de l'ouvrage.

4. En premier lieu, la société TPSOI soutient qu'elle a adressé à la région une demande de paiement direct pour un montant de 276 000 euros, correspondant au contrat de sous-traitance passé avec la société STA le 1er février 2017, membre du groupement titulaire du marché. Toutefois, il résulte de l'instruction que pour justifier de sa demande de paiement auprès de la société GTA Réunion, mandataire du groupement, la société requérante se borne à produire un courrier d'accompagnement adressé à la Région le 6 novembre 2017 dont l'objet était d'informer celle-ci de l'existence d'une mise en demeure adressée au groupement, ainsi que la page 2 d'un courrier de mise en demeure qui avait été rédigé en vue du paiement sous huit jours de la somme de 160 240,10 euros, sans qu'il soit possible d'identifier la personne à qui cette mise en demeure était adressée. Par suite, la société TPSOI ne peut être regardée comme justifiant avoir adressé une demande de paiement direct au pouvoir adjudicateur, sous couvert du titulaire du marché. A cet égard, la région Réunion fait valoir, sans être contredite, que la société requérante ne l'a jamais saisie d'une demande de paiement direct de ladite somme, accompagnée des factures et de l'accusé de réception ou du récépissé attestant que le titulaire avait bien reçu la demande de paiement. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions susmentionnées que la région Réunion a refusé de régler à la société TPSOI la somme de 160 240.10 euros.

5. En deuxième lieu, en vertu des dispositions des articles 3 et 6 de la loi du 31 décembre 1975, le paiement direct du sous-traitant par le maître de l'ouvrage, pour la part du marché dont il assure l'exécution, est subordonné à la double condition que, sur la demande de l'entrepreneur principal, le sous-traitant ait été accepté par le maître de l'ouvrage et que les conditions de paiement du contrat de sous-traitance aient été agréées par celui-ci. Il résulte de l'instruction et notamment de la déclaration de sous-traitance DC4 du 28 novembre 2016, qui a été signée le 29 mars 2017 par le titulaire du marché, la société requérante et la région, que l'acceptation du sous-traitant et l'agrément des conditions de paiement ne portaient que sur des travaux dont le coût était fixé à 210 000 euros. Et il résulte de l'attestation de paiement du 20 janvier 2022 versée au dossier que la région s'est acquittée de cette somme auprès de la société TPSOI. Il s'ensuit que les dispositions précitées des articles 3 et 6 de la loi de 1975 n'ont pas été méconnues.

6. En troisième lieu, si la société requérante entend fonder sa demande de paiement direct de la somme de 160 240,10 euros sur le fait qu'elle a été amenée à réaliser des travaux supplémentaires dans le cadre de la sous-traitance, il ne résulte d'aucune des pièces versées au dossier, s'agissant notamment du devis du 21 janvier 2017 signé avec la société STA, que les travaux ou prestations en cause auraient été techniquement indissociables de ceux prévus initialement par l'acte de sous-traitance, ou bien qu'ils auraient revêtu un caractère indispensable en vue de la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art dans un contexte de sujétions imprévues. Par suite, la société TPSOI n'est pas fondée à soutenir que la région aurait commis une faute de nature engager sa responsabilité en s'abstenant de mettre en demeure le titulaire du marché de régulariser la situation du sous-traitant au regard de l'effectivité et de l'ampleur des travaux réalisés.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la région, que la requête de la société TPSOI doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Travaux Publics Solutions Océan Indien est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Travaux Publics Solutions Océan Indien et à la région Réunion.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le président,

M.-A. AEBISCHER

Le greffier,

D. CAZANOVE

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