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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200143

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200143

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200143
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 février 2022 et 9 août 2023, Mme B A, représentée par Me Maillot, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la notification de saisie administrative à tiers détenteur émise le 5 février 2021 par la trésorerie hospitalière de la Réunion pour un montant de 3 960,47 euros, concernant une dette de loyer et une consultation médicale ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion une somme de 2 183 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ont été méconnues ;

- l'acte n'est pas suffisamment motivé ;

- les sommes réclamées sont prescrites ;

- le CHU de La Réunion ne justifie pas du bien-fondé de sa créance ;

- le recouvrement est irrégulier, le CHU n'ayant pas notifié le titre à l'origine de l'acte de saisie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le CHU de La Réunion, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juin 2022 et 12 septembre 2023, la direction régionale des finances publiques de la Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la contestation du titre de recette et de l'acte de recouvrement est tardive ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du tribunal administratif pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une saisie administrative à tiers détenteur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public ;

- et les observations de Me Maillot, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, praticienne hospitalière, a été destinataire d'une notification de saisie administrative à tiers détenteur en date du 5 février 2021, émanant de la trésorerie hospitalière de la Réunion et portant sur une somme de 3 960,47 euros, la créance du CHU correspondant au loyer dû pour l'appartement qu'elle avait occupé en 2015 et une facture de " consultation ou soin externe ". Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet acte.

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable en l'espèce : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales () des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. Le litige soulevé par Mme A, qui conteste la notification de saisie administrative à tiers détenteur qui lui a été adressée en février 2021 par le comptable public du CHU de La Réunion, a la nature d'un litige de recouvrement d'une créance non fiscale d'un établissement public de santé. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales qu'une telle contestation relève de la compétence du juge de l'exécution, lequel se rattache à la juridiction judiciaire. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

5. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CHU de La Réunion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que le CHU de La Réunion a présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

Article 2 : Les conclusions du CHU de La Réunion présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier universitaire de La Réunion et à la direction régionale des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Aebischer, président,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le greffier,

F. IDMONT

Le président,

M.-A. AEBISCHER

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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