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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200210

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200210

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200210
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantAVRIL FRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 février et 30 août 2022, la société d'assurances (SA) Allianz I.A.R.D.T (Incendies, Accidents, Risques Divers et Techniques) et la société par actions simplifiée (SAS) Fast food océan indien, représentées par Me Avril, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Etat à verser à la SA Allianz la somme de 359 935 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter du 1er décembre 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à verser à la SAS Fast food océan indien la somme de 406 euros, assortie des intérêts au taux légal capitalisés à compter du 1er décembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'Etat est responsable, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, des dommages causés au restaurant Quick appartenant à la SAS Fast food océan indien le 19 novembre 2018 ;

- la SA Allianz est subrogée dans les droits de son assuré à hauteur de 359 935 euros ;

- la SAS Fast food océan indien a subi un préjudice de 406 euros qui correspond au montant de la franchise versée à son assureur.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mai et 24 août 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions portant sur un montant supérieur à 329 692 euros sont irrecevables ;

- les conclusions présentées par la SAS Fast food océan indien n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;

- en tout état de cause, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Dans la soirée du 20 novembre 2018, un groupe d'individus a pénétré dans le restaurant à l'enseigne " Burger King ", appartenant à la SAS Fast food océan indien, situé au sein du centre commercial " Cap Sacré Cœur " dans la commune du Port et y a procédé à des vols et des dégradations. La SA Allianz assureur de la SAS Fast food océan indien, a indemnisé cette dernière au titre de sa garantie contractuelle. Imputant ces dommages à des débordements commis en marge du mouvement dit A jaunes ", la SA Allianz, subrogée dans les droits de son assuré, demande au tribunal, par la présente requête, de condamner l'Etat, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, à lui verser la somme de 359 935 euros. Par la même requête, la SAS Fast food océan indien demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme 406 euros correspondant au montant de la franchise restée à sa charge.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. / () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou des attroupements précisément identifiés. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque les crimes ou délits à l'origine des dommages ont été commis par un groupe constitué et organisé à seule fin de commettre des délits.

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport établi par un enquêteur privé à la demande de l'assureur, que le 20 novembre 2018 une manifestation de " Gilets jaunes " s'est tenue sur le rond-point du Sacré Cœur à partir du tout début de la matinée. En fin d'après-midi un groupe d'une quarantaine d'individus s'est rendu sur le parc de stationnement du centre commercial " Cap Sacré Cœur ", situé à quelques dizaines de mètres du rond-point, pour y commettre des vols et des dégradations sur un chapiteau. Il résulte des termes de ce rapport que ces individus, " issus d'un quartier proche du secteur Sacré-Cœur " étaient " jeunes, voire très jeunes " et " ne portaient pas de gilets jaunes ". A 20h30, le restaurant Burger King qui se trouve dans l'enceinte du centre commercial et dont les locaux donnent directement sur le parc de stationnement, a été pillé et vandalisé. Les individus sont entrés en brisant les vitres et les portes du restaurant. Si la SA Allianz soutient que ces faits ont eu lieu en marge de la manifestation A jaunes " tenue sur le rond-point, il ne résulte pas de l'instruction que les faits délictueux en cause aient été commis par des manifestants et à une heure où la manifestation était encore en cours sur le rond-point. En outre, il résulte de l'instruction que le restaurant Burger King avait fait l'objet, la veille du 20 novembre 2018, d'un appel au saccage et à l'incendie sur les réseaux sociaux. Par suite, il en résulte que cette action en dégradation et en pillage présente les caractéristiques de faits perpétrés par un petit groupe de personnes, qui a agi de façon préparée et concertée, et non de façon spontanée, à seule fin de commettre un délit. Par suite, les conséquences dommageables de cet évènement, ne peuvent être regardées comme imputables à un attroupement ou un rassemblement au sens des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure précité.

4. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir, les sociétés Allianz et Fast food océan indien ne sont pas fondées à demander la condamnation de l'Etat à les indemniser des préjudices qu'elles ont subis.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les parties requérantes demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des sociétés SA Allianz et SAS Fast food océan indien est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'assurances (SA) Allianz I.A.R.D.T (Incendies, Accidents, Risques Divers et Techniques), la société par actions simplifiée (SAS) Fast food océan indien et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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