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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200214

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200214

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200214
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUGOUJON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022, M. A B, représenté par Me Cerveaux, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole " à lui verser une somme totale de 31 080,63 euros au titre de l'indemnité compensatrice du solde de ses congés annuels et de l'indemnisation des congés versés sur son compte épargne temps ;

2°) d'enjoindre à la régie " La Créole " de modifier en conséquence son solde de tout compte, l'attestation Pôle emploi et son dernier bulletin de paie, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner la régie " La Créole " à lui verser une somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge de la régie " La Créole " une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête, qui relève de la compétence du tribunal administratif, est recevable au regard des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-2 du code de justice administrative ;

- la date de son licenciement ayant été fixée, en méconnaissance des dispositions de l'article 42-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, sans tenir compte de ses congés acquis et non pris, il est fondé, en application de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil et de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, à en solliciter l'indemnisation à hauteur de 23 183,1265 euros correspondant à 57,14 jours ;

- en vertu du protocole d'accord de la régie " La Créole ", les 58,5 jours de congés versés sur son compte épargne temps doivent donner lieu à compensation financière qui, en application de l'article 7 du décret n° 2004-878 du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale et de l'arrêté du 28 novembre 2018, s'élève à 7 897,50 euros ;

- le refus fautif et non motivé de la régie " La Créole " d'indemniser les congés présents sur son compte épargne temps lui a causé un préjudice moral qu'il convient de réparer à hauteur de 2 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole ", représentée par Me Dugoujon, avocat, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation des congés payés et non pris sur la période allant du 1er janvier 2020 au 30 août 2021 soit limitée à 40 jours de congés, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le solde de congés de M. B à la date de son licenciement était de 44,06 jours ;

- son licenciement ayant été prononcé pour un motif disciplinaire, il ne peut, en application de l'article 5 du décret du 15 février 1988, prétendre à une indemnité compensatrice de ses congés annuels non pris au titre des années 2020 et 2021 ;

- à titre subsidiaire, en application de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil, le nombre de jours susceptibles d'être indemnisés est limité à 20 jours au maximum par an, soit un total de 40 jours sur la période allant du 1er janvier 2020 au 30 août 2021 ;

- le protocole interne de " La Créole " n'est pas applicable à M. B, recruté dans le cadre d'un contrat de droit public ;

- selon l'article 9 du décret n° 2004-878 du 26 août 2004 relatif au compte épargne temps (CET) dans la fonction publique territoriale, un fonctionnaire d'Etat détaché au sein d'un établissement public conserve les droits qu'il a acquis au titre de son CET lorsqu'il est remis à disposition de son administration d'origine, ce qui est le cas en l'espèce.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 ;

- le décret n° 2004-878 du 26 août 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Saiah, substituant Me Cerveaux, représentant M. B, et de Me Dugoujon, représentant la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole ".

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 19 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ingénieur divisionnaire de l'agriculture et de l'environnement, a été détaché en 2008 auprès de la compagnie réunionnaise des eaux " La Créole ", où il a exercé notamment les fonctions de directeur. Suite au transfert des compétences des services d'eau potable et d'assainissement à la communauté d'agglomération du territoire de la côte ouest (TCO), M. B a été détaché à compter du 1er janvier 2020 auprès de la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole " pour y exercer les fonctions de directeur, en vertu d'un contrat de droit public du 22 janvier 2020. Le 30 août 2021, l'intéressé a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire, sans rémunération. Par une décision du 14 octobre 2021, le président du conseil d'administration de " La Créole " a prononcé son licenciement sans préavis ni indemnité, pour motifs disciplinaires, à compter du 18 octobre 2021. A la suite de ce licenciement, le ministre chargé de l'agriculture, à la demande de la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole ", a confirmé que l'intéressé serait réintégré à compter du 18 octobre 2021. Par un courrier du 19 octobre 2021, M. B a sollicité de " La Créole " la remise de son certificat de travail, de l'attestation Pôle emploi et de son solde de tout compte, comprenant l'indemnité compensatrice des congés payés acquis et non pris ainsi que l'indemnisation des congés épargnés sur son compte épargne temps. Le 7 janvier 2022, il a contesté le solde de tout compte qui lui a été transmis par courrier du 23 novembre 2021, en ce qu'il n'intégrait pas les indemnités sollicitées. M. B demande au tribunal de condamner la régie " La Créole " à lui verser les sommes qu'il estime dues à ce titre, et à l'indemniser de son préjudice moral.

Sur le droit applicable à M. B :

2. Aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / Il est prononcé sur la demande du fonctionnaire. / Le détachement est de courte ou de longue durée. / () A l'expiration de son détachement, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réintégré dans son corps d'origine. / () ". Aux termes de l'article 14 décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : / () 2° Détachement auprès d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public en relevant () ". Aux termes de l'article 21 de ce décret : " Le détachement de longue durée ne peut excéder cinq années. () ".

3. La communauté d'agglomération du territoire de la côte ouest (TCO) exerce les compétences des services d'eau potable et d'assainissement, pour ses cinq communes membres, depuis le 1er janvier 2020. A compter de cette même date, elle a, en application de l'article L. 1412-1 du code général des collectivités territoriales, confié l'exploitation de ces services publics industriels et commerciaux à la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole ", qui en vertu de l'article L. 2221-10 du même code est un établissement public local doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, par un arrêté ministériel du 16 janvier 2020 pris en application de l'article 14 décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions, M. B, ingénieur divisionnaire de l'agriculture et de l'environnement, a été placé en position de détachement en qualité de directeur de la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole ", à compter du 1er janvier 2020, pour une durée de cinq ans. Cette régie a recruté l'intéressé par un contrat de travail de droit public signé le 22 janvier 2020, qui précise en son article 1er que ce contrat est régi notamment par les dispositions de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, le décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale et le code général des collectivités territoriales. M. B est ainsi soumis aux textes applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, sous réserve des règles propres à la situation de certains fonctionnaires de l'Etat en position de détachement.

Sur les conclusions aux fins indemnitaires :

En ce qui concerne l'indemnité compensatrice du solde de congés annuels :

4. D'une part, aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003, concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 5 du décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux : " () le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par l'autorité territoriale. / Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. ".

6. Aux termes de l'article 5 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " L'agent contractuel en activité a droit, dans les conditions prévues par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires. / A la fin d'un contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice. / ()".

7. Aux termes de l'article 42-1 du même décret : " Lorsqu'à l'issue de l'entretien prévu à l'article 42 et de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, l'autorité territoriale décide de licencier un agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis ".

8. En invoquant l'article 7 de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003, M. B doit être regardé comme soulevant le moyen tiré de l'inconventionnalité des dispositions précitées des articles 5 des décrets du 26 novembre 1985 et du 15 février 1988, en ce qu'elles privent l'agent qui est licencié à titre de sanction disciplinaire de l'indemnité compensatrice de ses congés annuels.

9. Selon une jurisprudence constante de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment dans son arrêt du 6 novembre 2018 " Stadt Wuppertal " et " Volker Willmeroth " (C-569/16 et C-570/16), lorsque la relation de travail prend fin, la prise effective du congé annuel payé n'est plus possible. Afin de prévenir que, du fait de cette impossibilité, toute jouissance par le travailleur de ce droit, même sous forme pécuniaire, soit exclue, l'article 7, paragraphe 2, de la directive 2003/88/CE prévoit que le travailleur a droit à une indemnité financière, qui n'est soumise à aucune autre condition que celle tenant au fait, d'une part, que la relation de travail a pris fin, et, d'autre part, que le travailleur n'a pas pris tous les congés annuels auxquels il avait droit à la date où cette relation a pris fin. Ce droit est conféré directement par cette directive et ne saurait dépendre de conditions autres que celles qui y sont explicitement prévues. Les dispositions de l'article 7, paragraphe 2, de la directive 2003/88/CE remplissent ainsi les conditions requises pour produire un effet direct. Toutefois, dans son arrêt rendu le 6 novembre 2018 " Kreuziger " (C-619/16), la Cour de justice de l'Union européenne a précisé qu'il ne saurait être déduit de la jurisprudence de la Cour mentionnée aux points 30 à 33 de cet arrêt que l'article 7 de la directive 2003/88/CE devrait être interprété en ce sens que, quelles que soient les circonstances à l'origine de l'absence de prise de congés annuels payés par un travailleur, le droit au congé annuel visé au paragraphe 1 dudit article, et, en cas de cessation de la relation de travail, le droit à l'indemnité susceptible de s'y substituer, conformément au paragraphe 2 de ce même article, devraient toujours continuer de bénéficier audit travailleur. En conséquence, la Cour a dit pour droit que l'article 7 de la directive 2003/88/CE doit être interprété en ce sens qu'il s'oppose à ce qu'une réglementation nationale implique que, à défaut pour le travailleur d'avoir demandé à pouvoir exercer son droit au congé annuel payé avant la date de la cessation de la relation de travail, l'intéressé perde, automatiquement et sans vérification préalable du point de savoir si celui-ci a été effectivement mis en mesure par l'employeur, notamment par une information adéquate de la part de ce dernier, d'exercer son droit au congé avant ladite cessation, les jours de congé annuel payé auxquels il avait droit en vertu du droit de l'Union lors de cette cessation, ainsi que, corrélativement, son droit à une indemnité financière au titre de ces congés annuels payés non pris.

10. Il résulte des principes énoncés au point précédent que seules les dispositions précitées de l'article 5 du décret du 26 novembre 1985, qui ne prévoient le report des congés non pris au cours d'une année de service qu'à titre exceptionnel, sans réserver le cas des agents qui ont été dans l'impossibilité de prendre leurs congés annuels pour des raisons indépendantes de leur volonté telles qu'un congé de maladie ou des motifs justifiés tirés de l'intérêt du service, et s'opposent à l'indemnisation de ces congés lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, sont incompatibles dans cette mesure avec les dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003.

11. En l'espèce, selon l'article 10 de son contrat de travail, M. B avait droit à 36 jours de congés par an. S'agissant du solde de ses congés annuels au titre de l'année 2020, il ressort des états de congés payés versés aux débats par la régie " La Créole " qu'il a bénéficié d'un report de 48,92 jours de congés annuels de 2020 sur l'année 2021. Toutefois, les dispositions précitées de l'article 5 du décret du 26 novembre 1985, citées au point 5 du présent jugement - qui ne sont incompatibles avec la directive 2003/88/CE que dans la mesure où elles n'ont pas réservé le cas des agents qui ont été dans l'impossibilité de prendre leurs congés annuels pour des raisons indépendantes de leur volonté - interdisent le report du congé dû pour une année de service accompli sur l'année suivante en l'absence d'autorisation exceptionnelle donnée par la collectivité. A défaut d'une telle autorisation exceptionnelle donnée par la régie communautaire, M. B ne peut donc utilement se prévaloir de leur absence d'indemnisation. S'agissant du solde de ses congés annuels au titre de l'année 2021, si M. B a acquis 20,64 jours de congés entre le 1er janvier et le 31 août 2021, date à laquelle il a été suspendu de ses fonctions sans rémunération, il ressort de ces mêmes états de congés payés versés aux débats que l'intéressé a, sur la même période, pris 12 jours de congés annuels et épargné 13,5 jours sur son compte épargne-temps. M. B n'est donc pas davantage fondé à réclamer le paiement d'une indemnité compensatrice correspondant au solde effectif de ses congés payés acquis et non pris au titre de l'année 2021.

En ce qui concerne les jours versés sur le compte épargne-temps (CET) de l'agent :

12. Aux termes de l'article 10 du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " I.- L'agent conserve les droits qu'il a acquis au titre du compte épargne-temps : / 1° En cas () de détachement dans les conditions prévues à l'article 14 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions ; / () En cas de mobilité dans l'une des positions énumérées aux 1°, 3° et 4° du I du présent article auprès d'une collectivité ou d'un établissement public relevant de la fonction publique territoriale (), l'agent conserve également le bénéfice des droits aux congés acquis au titre de son compte épargne-temps. / L'utilisation des droits qui sont ouverts à compter de la date d'affectation est régie par les règles applicables dans la collectivité ou l'établissement d'accueil, en application des dispositions () du décret n° 2004-878 du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale. / II.- L'administration ou l'établissement d'origine adresse à l'agent et à l'administration, à la collectivité ou à l'établissement d'accueil, au plus tard à la date d'affectation de l'agent, une attestation des droits à congés existant à cette date. / Au plus tard à la date de réintégration de l'agent dans son administration ou établissement d'origine, l'administration, la collectivité ou l'établissement public d'accueil lui adresse, ainsi qu'à l'administration ou l'établissement dont il relève, une attestation des droits à congés existant à l'issue de la période de mobilité. ".

13. Or, aux termes de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents des collectivités territoriales et des établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. / Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du premier alinéa. Ce décret prévoit les conditions dans lesquelles la collectivité ou l'établissement peut, par délibération, proposer une compensation financière à ses agents, d'un montant identique à celle dont peuvent bénéficier les agents de l'Etat, en contrepartie des jours inscrits à leur compte épargne-temps. / () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale : " Le compte épargne-temps est alimenté par le report de jours de réduction du temps de travail et par le report de congés annuels tels que prévus par le décret du 26 novembre 1985 susvisé, sans que le nombre de jours de congés annuels pris dans l'année puisse être inférieur à vingt. / L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement peut autoriser, en outre, l'alimentation du compte épargne-temps par le report d'une partie des jours de repos compensateurs. / () ". Aux termes de l'article 3-1 de ce décret : " Lorsqu'une collectivité ou un établissement n'a pas prévu, par délibération, prise en vertu du deuxième alinéa de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, l'indemnisation ou la prise en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique des droits ainsi épargnés sur le compte épargne-temps au terme de chaque année civile, l'agent ne peut les utiliser que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 novembre 1985 susvisé. ".

14. Il résulte des dispositions précitées de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 et des articles 3 et 3-1 du décret du 26 août 2004 que les agents des collectivités territoriales ou des établissements en relevant ne peuvent solliciter l'indemnisation des jours qu'ils ont épargnés sur leur compte épargne-temps que si une délibération a prévu une telle possibilité. Par suite, lorsqu'une collectivité ou un établissement n'a adopté aucune délibération permettant l'indemnisation des droits épargnés sur un compte épargne-temps à la date à laquelle une demande d'indemnisation est formée par l'un de ses agents, elle a compétence liée pour rejeter cette demande.

15. En l'espèce, l'utilisation des droits ouverts au titre du compte épargne temps de M. B, entre sa date d'affectation et sa date de réintégration, était régie par les règles applicables au sein de la régie " La Créole ", établissement d'accueil. Le requérant, qui d'après les états de congés payés versés aux débats par " La Créole ", disposait à la date de son licenciement de 60 jours de congés versés sur son compte épargne-temps, réclame l'indemnisation de 58,5 de ces jours. Il se fonde, à cette fin, sur le protocole d'accord relatif au compte épargne-temps signé le 30 mai 2013 entre la direction de " La Créole " et les organisations syndicales représentatives au sein de la régie, qui lui est applicable en sa qualité de fonctionnaire détaché, et dont l'article 2 stipule que " les congés épargnés sur ce compte devront impérativement être pris et ils ne pourront donner lieu à compensation financière sauf en cas de licenciement ". Toutefois, le requérant ne soutient, ni même n'allègue que l'organe délibérant de cet établissement public local aurait pris une délibération prévoyant une telle possibilité. En l'absence d'une telle délibération, à laquelle le protocole invoqué ne saurait se substituer, et alors, au surplus, que celui-ci ne prévoit pas expressément les modalités d'indemnisation éventuelle des jours versés sur le CET en cas de licenciement, M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à réclamer l'indemnisation des jours épargnés sur son CET, tandis qu'à l'occasion de sa réintégration il conserve, au demeurant, les droits qu'il a acquis au titre de son compte épargne-temps.

En ce qui concerne le préjudice moral :

16. Il résulte de tout ce qui précède que la régie " La Créole " n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, en refusant d'indemniser les jours de congés annuels restant à courir dont le requérant a été privé à la date d'effet de son licenciement. Dès lors, M. B, qui au demeurant n'a pas formé de demande indemnitaire préalable sur laquelle serait née une décision de rejet susceptible de lier le contentieux, n'est pas fondé à réclamer réparation du préjudice moral allégué, lequel n'est donc pas établi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions indemnitaires du requérant, n'implique pas que la régie " La Créole " modifie le solde de tout compte, l'attestation Pôle emploi et le dernier bulletin de paie de M. B, qui lui ont été délivrés à l'occasion de son licenciement. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la régie " La Créole ", qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la régie " La Créole " et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera une somme de 1 500 euros à la régie " La Créole ", au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la régie communautaire d'eau et d'assainissement " La Créole ".

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Biget, premier conseiller,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef

La greffière,

J. BELENFANT

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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