mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200324 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HOARAU-KERACHNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mars et 15 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Hoarau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux tendant à l'indemnisation du préjudice résultant de l'illégalité de la décision de non-renouvellement de son contrat à durée déterminée à compter du 30 juin 2021 ;
2°) de condamner le recteur de l'académie de La Réunion à lui verser la somme de
11 637,22 euros assortie des intérêts légaux et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices financier et moral résultant du non-renouvellement de son contrat ;
3°) d'enjoindre au recteur de régulariser sa situation et de fournir les documents de fin de contrat, dans un délai maximal d'un mois, à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'y a pas eu d'information préalable concernant le renouvellement de ce contrat ;
- le délai de prévenance n'a pas été respecté ;
- le non-renouvellement n'est pas fondé sur un motif d'intérêt général ;
- elle a obtenu la communication des documents de la fin de son contrat de manière tardive et en conséquence n'a pas obtenu son indemnité de fin de contrat ;
- elle a subi des préjudices moraux et financier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le recteur de l'académie de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables dès lors que les documents de fin de contrat ont été transmis ;
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
-le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un contrat à durée déterminée en date du 1er septembre 2020, Mme A B a été recrutée en qualité d'adjointe technique de recherche et de formation de catégorie C, par le recteur de l'académie de La Réunion, à compter du 31 août 2020 en remplacement d'un agent titulaire en congé de longue maladie. Ce contrat a été renouvelé à deux reprises jusqu'au 30 juin 2021. Le 17 juin 2021, elle a bénéficié d'un entretien annuel portant sur son avenir professionnel. Le 30 juin 2021, le contrat de Mme B est parvenu à échéance. Par courrier du 16 décembre 2021, reçu le 4 janvier 2022, Mme B a formé une réclamation préalable pour l'indemnisation des préjudices liés au non-renouvellement de son contrat. Le recteur n'a pas répondu à sa demande. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des conditions du non-renouvellement de son contrat.
Sur l'étendue du litige et la fin de non-recevoir opposée par le recteur :
2. Alors qu'une demande préalable n'a pas d'autre objet que de lier le contentieux indemnitaire et que le rejet d'une telle demande ne peut être utilement contesté par la voie du recours en excès de pouvoir, Mme B doit être regardée, eu égard à ses écritures, comme n'ayant entendu donner à sa requête que le caractère d'un recours indemnitaire de plein contentieux. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par le recteur portant sur l'irrecevabilité des conclusions relatives à l'annulation du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : () / - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à six mois et inférieure à deux an; / () La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans. / () ".
4. Il résulte de l'instruction que Mme B a été recrutée du 31 août 2020 au 30 juin 2021, soit une durée supérieure à six mois et inférieure à deux ans. Le refus de renouvellement de son contrat ne court qu'à compter du 31 juin 2021. Si Mme B a bénéficié d'un entretien annuel en date du 21 juin 2021, il est constant qu'aucune notification de l'intention de non-renouvellement du contrat n'est intervenue et le contrat de Mme B est arrivé à échéance le 31 juin 2021 sans renouvellement. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir qu'en ne respectant pas le délai de prévenance en cas de non-renouvellement du contrat, le recteur a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. En deuxième lieu, la décision de non-renouvellement d'un engagement à durée déterminée n'est pas au nombre des décisions qui doivent obligatoirement être motivées en application de la loi du 11 juillet 1979, excepté le cas où elle revêt le caractère d'une sanction disciplinaire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le défaut de motivation de la décision de non renouvellement constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
6. En troisième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
7. Pour justifier l'absence de renouvellement du contrat de Mme B, le recteur de l'académie de La Réunion se prévaut de la configuration du service qui a été modifiée par l'affectation d'un nouveau personnel titulaire de laboratoire au lycée à la rentrée de septembre 2021. Il fait valoir que la compensation de l'absence du personnel en arrêt maladie n'était plus nécessaire et les besoins du service pouvaient être satisfaits avec les moyens mis en place. Il ajoute que si lors de l'entretien du 17 juin 2021, ont été mises en avant les compétences et l'adaptabilité de Mme B, ont également été soulignées la mauvaise gestion de ses absences et l'absence de volonté exprimée par la requérante de voir son contrat renouvelé, Mme B indiquant que travailler en laboratoire de lycée ne faisait pas partie de ses plans de carrière. De son côté, Mme B fait d'abord valoir que la décision n'était pas fondée sur l'intérêt du service, mais sur son état de grossesse. Si la requérante justifie d'une grossesse à partir du 19 mars 2021 et que cet état était connu du recteur, dès lors qu'il a été évoqué dans son entretien professionnel du 21 juin 2021, il ne résulte pas de l'instruction que la prise en compte de son état de grossesse ait justifié la décision de non-renouvellement de son contrat. Par ailleurs, elle ne saurait utilement se prévaloir de cet élément, dès lors qu'aucun principe ne saurait faire obstacle à l'absence de renouvellement d'un contrat à durée déterminée à l'expiration de celui-ci d'une salariée en état de grossesse. Ensuite, Mme B fait valoir qu'elle a dénoncé des violences et intimidations sexistes de la part d'un collègue qui aurait été couvert par la hiérarchie. Il résulte de l'instruction que Mme B a effectivement produit des certificats médicaux mentionnant les outrages sexistes sur son lieu de travail la conduisant à une tentative de suicide, mais si le recteur reconnait les problèmes relationnels avec un collègue, il ajoute que Mme B a finalement indiqué à la hiérarchie que l'intéressé s'était excusé et que l'affaire était close, ce qui n'est pas contesté par la requérante.
Par ailleurs, si elle estime que le compte-rendu de l'entretien du 17 juin 2021 est inexact, il résulte de l'instruction que le document a bien été rédigé en présence de Mme B et comporte une mention manuscrite selon laquelle l'intéressée se trouve en arrêt maladie et ne peut signer pour ce motif, mention non contestée par la requérante. Enfin, si Mme B allègue que le remplacement n'était pas effectué à la fin de son contrat, elle ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, compte tenu de ces éléments, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision est fondée sur un motif étranger à l'intérêt du service.
8. En quatrième lieu, le non-renouvellement d'un engagement à durée déterminée parvenu à son terme n'étant pas un licenciement, Mme B ne saurait utilement se prévaloir de l'exigence d'un préavis de licenciement.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 44-1 du décret du 17 janvier 1986, " A l'expiration du contrat, l'administration délivre à l'agent un certificat qui contient exclusivement les mentions suivantes : 1° La date de recrutement de l'agent et celle de fin de contrat ; 2° Les fonctions occupées par l'agent, la catégorie hiérarchique dont elles relèvent et la durée pendant laquelle elles ont été effectivement exercées ; 3° Le cas échéant, les périodes de congés non assimilées à des périodes de travail effectif ". Aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail,
" L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi ".
10. Il résulte de l'instruction que les services du rectorat ont fermé le 19 juillet 2021, après que les établissements ont fermé le 8 juillet 2021. Si le recteur soutient que l'absence de rigueur de Mme B dans la transmission de certains documents est à l'origine de ce retard, il ne produit aucun élément en ce sens. Dès lors que le recteur de l'académie de La Réunion reconnaît un retard dans la production des documents de fin de contrat, la communication de ces documents deux mois après la fin du contrat présente un caractère fautif. Par suite, Mme B est fondée à invoquer une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices liés au non-respect du délai de prévenance en cas de non-renouvellement de contrat :
11. Mme B n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, avoir subi un préjudice financier ou un préjudice moral distinct, en lien direct avec le non-respect dudit délai de prévenance.
S'agissant des préjudices liés au retard dans la communication des documents de fin de contrat :
12. Si Mme B fait valoir qu'en l'absence de revenus du 1er juillet 2021 au 15 septembre 2021, elle a eu des difficultés pour face à ses charges de loyers et régler ses factures courantes, notamment d'assurance-santé, de fourniture d'accès internet et de loyers, elle ne produit aucun extrait de ses comptes bancaires concernant cette période, ni de justificatifs de poursuites liées à l'absence de paiement qui l'aurait privée de la jouissance de certaines prestations. Ainsi, elle n'établit pas avoir subi un préjudice financier réel et certain du fait du retard à obtenir communication des documents de fin de contrat.
13. En revanche, Mme B fait valoir, à juste titre, que ce retard a eu pour effet de la maintenir pendant une période de plus de deux mois entre la fin de son contrat et l'établissement de l'attestation destinée à Pôle emploi dans une situation d'incertitude, générant un stress et une anxiété, confirmés par les certificats médicaux produits au dossier. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme B à raison de ce retard fautif en condamnant le recteur de l'académie de La Réunion à lui verser une somme de 500 euros.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
14. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-7 du code civil courent à compter de la réception de la demande préalable à l'administration ou, à défaut, de l'enregistrement de la requête introductive d'instance. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Dans cette hypothèse, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
15. Mme B a demandé que l'indemnité qui lui sera accordée soit assortie des intérêts au taux légal avec capitalisation des intérêts. Dès lors, il y a lieu d'assortir la somme de 500 euros qui lui est accordée des intérêts au taux légal à compter du 4 janvier 2022, date de réception de sa demande préalable, eux-mêmes capitalisés à compter du 4 janvier 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Il résulte de l'instruction que l'attestation de travail à destination de Pôle emploi a été délivrée à Mme B le 3 septembre 2021, les conclusions à fin d'injonction sont dès lors en tout état de cause dépourvues d'objet.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais qu'elle a exposés pour sa requête.
D E C I D E :
Article 1er : Le recteur de l'académie de La Réunion est condamné à verser à Mme B la somme de 500 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 4 janvier 2022, avec capitalisation à compter du 4 janvier 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au recteur de l'académie de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
Mme Lebon, conseillère,
M. Le Merlus, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 18 juin 2024.
La rapporteure,
L. LEBON
La présidente,
A. KHATER,
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/la greffière en chef
La greffière,
E. POINAMBALOM
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026