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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200373

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200373

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200373
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantVITAL-DURAND ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et pièces complémentaire, enregistrés les 15 mars et 20 septembre 2022, 20 mars, 28 mars, 16 mai et 26 octobre 2023 et 18 janvier 2024, M. B D et la société anonyme (SA) Pacifica, représentés par Me Lambard, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion à payer à M. D la somme de 96 285,31 euros ;

2°) de condamner le CHU de La Réunion à payer à la société Pacifica la somme de 133 038,50 euros ;

3°) de mettre à la charge du CHU de La Réunion la somme de 3 000 euros pour chacun d'eux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'hôpital est engagée à raison d'un retard de diagnostic et de prise en charge, en l'absence de réalisation d'un bilan d'imagerie, puis d'un examen d'imagerie médicale (IRM), à l'origine d'une perte de chance d'éviter les séquelles de 70 %, ce taux tenant compte de son état antérieur ;

- ses préjudices patrimoniaux temporaires sont constitués par des dépenses de santé actuelles d'un montant de 63,50 euros, des dépenses de santé futures d'un montant de 39 973,28 euros, une assistance par tierce personne d'un montant de 3 055 euros, des pertes de gains professionnels actuelles d'un montant de 14 597,67 euros ;

- ses préjudices patrimoniaux permanents sont constitués par des pertes de gains professionnels futures d'un montant de 3 554 euros, une incidence professionnelle estimée à 60 000 euros ;

- ses préjudices personnels temporaires sont constitués par un déficit fonctionnel temporaire estimé à 11 862 euros, ou 6 652 euros à titre subsidiaire ; des souffrances endurées estimées à 20 000 euros ; un préjudice esthétique temporaire estimé à 3 000 euros ;

- ses préjudices personnels permanents sont constitués par un déficit fonctionnel permanent estimé à 148 000 euros, un préjudice esthétique définitif estimé à 1 500 euros, un préjudice sexuel estimé à 12 000 euros, un préjudice d'agrément estimé à 5 000 euros, un préjudice d'établissement estimé à 5 000 euros ;

- le recours subrogatoire de la société Pacifica est justifié par les indemnités déjà versées à son assuré.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 août et 30 novembre 2023, le CHU de La Réunion, représenté par Me Vital-Durand, conclut à ce que les prétentions indemnitaires des requérants soient ramenées à la somme de 41 514,21 euros, ou à titre subsidiaire à celle de 43 014,06 euros, et au rejet des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Orne ainsi qu'au rejet des conclusions de la société Pacifica.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D et la société Pacifica ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 19 mai 2022 et 29 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Orne, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le CHU de La Réunion à lui payer les sommes de 481 916, 11 euros au titre des débours exposés, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 mai 2022, et capitalisation de ces intérêts, de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, et de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens.

Elle soutient qu'elle exerce le recours prévu par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Vu

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 30 juin 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise à la somme de 3 780 euros TTC.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la santé publique ;

- le code des assurances ;

- le code civil, notamment ses articles 1231-6 et 1343-2 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 septembre 2024 :

- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 10 mars 1989, s'est présenté le 28 novembre 2017 aux urgences du site sud du CHU de La Réunion à la suite d'une douleur au niveau du rachis, apparue après un plongeon dans l'eau. Une entorse cervicale a été diagnostiquée. Après l'apparition de troubles sphinctériens et de perte de sensibilité du membre inférieur gauche, il a été à nouveau admis aux urgences le lendemain vers 4 heures du matin. Un examen d'imagerie médicale (IRM) et un examen tomodensitométrique (scanner) réalisés vers 18 heures ont permis de mettre en évidence un hématome au niveau de la moelle épinière, qui a été traité par laminectomie et arthrodèse le soir même. M. D a fait l'objet d'une première expertise le 29 juin 2018, portant sur l'imputabilité des troubles et la qualité de la prise en charge, laquelle a conclu à l'existence d'un retard de prise en charge d'au moins 12 heures. Par une ordonnance du 26 octobre 2020, M. D a obtenu du juge des référés la désignation d'un autre expert qui a remis son rapport le 24 avril 2021. Par la présente requête, M. D et son assureur, la société Pacifica, demandent au tribunal la condamnation du CHU de La Réunion à réparer les préjudices résultant des conditions de la prise en charge du 28 novembre 2017.

Sur la responsabilité du CHU de La Réunion :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que les symptômes présentés par M. D lors de sa première admission aux urgences et consistant en une douleur rachidienne cervicale et dorsale avec irradiation dans le bras droit, justifiaient de réaliser un bilan d'imagerie. De même, lors de sa seconde admission, le contexte traumatique caractérisé par une parésie, une hypoesthésie du membre inférieur droit et des troubles sphinctériens, justifiait de rechercher, par une IRM, une hernie discale compressive sur le cordon médullaire.

4. Dans ces conditions, l'absence de bilan d'imagerie lors du premier passage, et le recours tardif à une IRM plus de douze heures après la seconde admission aux urgences, en vue d'établir le diagnostic et de mettre en œuvre une prise en charge adaptée, constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'hôpital.

En ce qui concerne la perte de chance :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que les douleurs cervicales dont souffre M. D sont en partie liées à son état antérieur, à savoir l'existence d'un schwanome cervical, pathologie tumorale bénigne et asymptomatique. Le saut dans l'eau réalisé le 28 novembre 2017 a provoqué un saignement de cette tumeur qui a, en augmentant de volume, comprimé la moelle épinière de façon aigue. L'expert précise que, en dehors de tout traumatisme, cette lésion antérieure, en grossissant, aurait conduit à l'apparition de douleurs cervicales et brachiales avec un possible déficit lésionnel et sous-lésionnel impliquant la réalisation d'une IRM. Il ajoute que, s'agissant de compressions médullaires, il est constant que " plus vite le patient est opéré, meilleur sera le résultat " et conclut que la réalisation d'une IRM avec un retard d'au moins douze heures a nécessairement représenté une perte de chance puisque, si M. D avait été opéré à temps, les séquelles avaient 70 % de chance de pas apparaître.

7. Ainsi, s'il n'est pas certain, en l'espèce, que les troubles séquellaires de M. D ne seraient pas advenus en l'absence de la faute de l'hôpital, il n'est pas davantage établi avec certitude que les lésions étaient déjà irréversiblement acquises dans leur totalité quand la décision de recourir à une IRM cérébrale aurait dû être prise, ni que le délai de mise en œuvre de l'opération chirurgicale aurait suffi à l'apparition des mêmes lésions. S'il est vrai que, par un rapport complémentaire du 12 novembre 2021, le professeur E A, saisi par la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) et se fondant sur des pièces qu'il ne mentionne pas précisément, considère que le taux retenu par l'expert lui paraît surestimé, il n'étaye cette conclusion par aucune littérature précise ni par des circonstances particulières de la prise en charge du requérant.

8. Dans ces conditions, la faute de l'hôpital a fait perdre à M. D une chance d'éviter tout ou partie des séquelles dont il est resté atteint. Eu égard à l'importante probabilité d'une prise en charge satisfaisante de la pathologie tumorale de M. D les 28 et 29 novembre 2017, il y a lieu d'évaluer l'ampleur de cette perte de chance à 70 % et de mettre à la charge du CHU de La Réunion la réparation de cette fraction du dommage corporel.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :

9. D'une part, M. D justifie avoir exposé la somme de 63,50 euros correspondant à la franchise dont il s'est acquitté au titre de prise en charge par l'assurance maladie.

10. D'autre part, la CPAM de l'Orne justifie avoir exposé 53 818,02 euros de frais hospitaliers, médicaux, d'appareillage et de transport, entre le 12 décembre 2017 et la date de consolidation.

11. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation du médecin conseil, qu'entre le 11 décembre 2017 et le 29 novembre 2019, date de la consolidation de l'état de santé de M. D, la CPAM de l'Orne a engagé des frais hospitaliers, médicaux, d'appareillage et de transport pour un montant total de 53 818,02 euros. Il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que l'imputabilité à la faute du centre hospitalier des soins ainsi engagés puisse être remise en cause alors que le médecin conseil chargé du contrôle médical du régime de la sécurité sociale n'est soumis à la caisse par aucun lien de subordination hiérarchique.

12. Le préjudice indemnisable au titre du poste des dépenses de santé actuelles s'élève donc à 53 881,52 euros, soit 37 717,01 euros après application du taux de perte de chance de 70 %. En application du principe de priorité de la victime, M. D est fondé à obtenir la somme de 63,50 euros et son organisme de sécurité sociale le solde, soit 37 653,56 euros.

En ce qui concerne les dépenses de santé à compter de la date de consolidation :

13. D'une part, M. D sollicite l'indemnisation, sous forme de capital, des achats réguliers du médicament Betmiga, prescrit par son urologue. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que ce médicament, dont la prescription est en lien direct et certain avec la faute de l'hôpital, sera nécessaire au requérant jusqu'à la fin de ses jours, de telle sorte que celui-ci peut seulement prétendre au remboursement des sommes qu'il a effectivement engagées jusqu'à présent, soit un montant de 1 996 euros au regard des factures produites. Dès lors, en prenant en compte la perte de chance, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de La Réunion la somme de 1 397,20 euros.

14. Par ailleurs, si M. D sollicite au même titre le remboursement de l'achat du médicament Levitra, il ne justifie pas de l'achat d'un tel médicament.

15. D'autre part, la CPAM de l'Orne demande la condamnation du CHU de La Réunion à lui verser une somme de 413 419,45 euros au titre des dépenses de santé futures de M. D. Toutefois, le remboursement à la caisse par le tiers responsable des prestations qu'elle sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente et ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord.

16. En l'espèce, s'il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que des " dépenses de santé futures " exposées postérieurement à la consolidation de l'état de M. D, fixée au 29 novembre 2019, sont en relation avec la prise en charge des séquelles de son défaut de prise en charge, et que leur imputabilité est également attestée par le médecin conseil de la caisse, le CHU de La Réunion a déclaré s'opposer au versement immédiat d'un capital. Dès lors, la CPAM de l'Orne peut seulement prétendre au remboursement des dépenses qu'elle prévoit d'engager dans l'avenir du fait de l'état de santé de M. D, sur présentation de justificatifs au fur et à mesure qu'elles seront exposées et après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne l'assistance par tierce personne :

17. Pour la période courant du 29 mars 2018 au 22 février 2019, soit 47 semaines, d'un taux horaire de 13 euros, et à raison de 5 heures par semaine, le montant de l'indemnité due au titre de l'assistance par une tierce personne s'élève, pour cette période jours, à la somme de 3 055 euros, soit 2 138,50 euros après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne les pertes de gains professionnels actuelles

18. M. D demande que le CHU de La Réunion soit condamné à lui verser la somme de 14 597,67 euros au titre des pertes de gains professionnels pour la période du 27 novembre 2017 au 29 novembre 2019. Il résulte de l'instruction qu'avant sa prise en charge en novembre 2017 par le CHU de La Réunion, M. D exerçait l'activité de maçon et que, compte tenu de la dégradation de son état de santé, il a fait l'objet en août 2020 d'un licenciement pour inaptitude professionnelle avec impossibilité de reclassement, n'ayant pas été en mesure de reprendre son activité professionnelle après la survenance de son dommage. Il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que lui sont désormais impossibles les métiers physiques nécessitant déplacements et port de charges. Il ressort en outre des avis d'impôt sur le revenu du requérant de 2015, 2016 et 2017 que ce dernier a perçu pour ces trois années un revenu moyen de 14 068 euros. Il est par ailleurs constant qu'il a perçu, au titre des indemnités journalières versées du 29 mai 2018 au 1er novembre 2019, la somme totale de 14 678,64 euros.

19. Il résulte également de l'instruction, et notamment des avis d'imposition sur le revenu produits, que M. D a perçu 12 564 euros au cours de l'année 2017, 5 647 euros au cours de l'année 2018 et 8 223 euros au cours de l'année 2019, revenus incluant les indemnités journalières versées par la CPAM de l'Orne pour un montant total de 14 678,64 euros. Par suite, sa perte de revenus doit être évaluée à 1 504 euros pour la période du 28 novembre au 31 décembre 2017, à 8 421 euros pour l'année 2018 et à 4 672,67 euros pour la période du 1er janvier au 29 novembre 2019, soit une somme totale de 14 597,67 euros, rapportée à la somme de 10 218,37 euros après application du taux de perte de chance.

20. Le CHU de La Réunion, du fait du taux de perte de chance fixé à 70 %, ne saurait ainsi être condamné à verser à la victime et à la CPAM de l'Orne une somme totale supérieure à 70 % du présent poste de préjudice, soit en l'espèce 20 493,41 euros. En vertu du droit de priorité de la victime institué à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, M. D peut prétendre au versement de la somme de 10 218,37 euros.

21. Concernant les indemnités journalières, compte tenu du droit de priorité de la victime sur le poste " pertes de gains professionnels actuels ", eu égard à qui a été dit au point précédent et de la limitation à 70 % de l'obligation de réparation du CHU de La Réunion, il y a lieu de condamner ce dernier à verser à la CPAM de l'Orne uniquement le reliquat, soit la somme de 10 275,04 euros.

En ce qui concerne les pertes de gains professionnels futures :

22. Auparavant employé par une société de construction en qualité d'aide-maçon, M. D a été licencié pour inaptitude physique fin août 2020. Sans emploi du 1er septembre 2020 au 30 juin 2021, il s'est reconverti dans un emploi d'auxiliaire ambulancier. Le requérant réclame, au titre des pertes de gains professionnels futures, les sommes de 1 250 euros pour l'année 2019 et 2 304 euros pour l'année 2020. Il justifie, au titre de l'année 2019, d'une perte de revenus à hauteur de 1 172 euros au prorata de la période postérieure à la date de consolidation. Par ailleurs, son revenu fiscal de référence de l'année 2021, de 11 764 euros, démontre une perte de 2 304 euros au cours de cette période. Il sera ainsi fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant au requérant une somme de 3 476 euros, soit 2 433,20 euros après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne l'incidence professionnelle :

23. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été vu aux points précédents, que, depuis sa prise en charge par le CHU de La Réunion, M. D n'a pu reprendre son activité d'aide-maçon et a dû entamer une conversion dans un autre domaine d'activité. Compte tenu de cette circonstance, de l'âge de la victime au jour du fait générateur, du taux de déficit fonctionnel permanent de 40 % et en l'absence de justificatifs permettant au tribunal d'apprécier avec précision la situation professionnelle de l'intéressé après sa consolidation, il sera fait une juste appréciation de cette incidence professionnelle en l'évaluant à 15 000 euros, soit 10 500 euros après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :

24. Il résulte de l'instruction que M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 29 novembre 2017 au 28 mars 2018 (119 jours), un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 29 mars 2018 au 20 février 2019 (328 jours), et un déficit fonctionnel temporaire de 40 % du 21 février 2019 au 29 novembre 2019 (281 jours), date de sa consolidation. Compte tenu du taux de perte de chance, et sur une base journalière qu'il convient d'évaluer à 13 euros, il lui sera alloué une somme de 3 598,14 euros.

En ce qui concerne les souffrances endurées :

25. Les souffrances endurées ont été estimées par l'expert à 4,5 sur une échelle de 1 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en fixant à 7 000 euros la somme destinée à les réparer après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne le préjudice esthétique temporaire :

26. Il résulte de l'expertise que le préjudice esthétique temporaire de M. D peut être évalué à 3/7 jusqu'au 28 mars 2018, à 2,5/7 jusqu'au 20 février 2019 et à 1,5/7 jusqu'à la consolidation. Compte tenu de la durée de celui-ci et de son importance, il sera fait une juste appréciation en allouant à M. D une somme de 1 400 euros après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :

27. La réparation du déficit fonctionnel permanent de 40 % imputable à la faute de l'hôpital doit, pour un homme de 30 ans à la date de consolidation, être fixée à la somme de 100 000 euros, soit 70 000 euros après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne le préjudice esthétique permanent :

28. M. D subit une altération de son aspect physique en raison d'une cicatrice postérieure sur le cou correspondant à l'abord chirurgical. Il en sera fait une juste appréciation en fixant à 1 000 euros la somme destinée à la réparer, soit 700 euros après application du taux de perte de chance.

En ce qui concerne le préjudice sexuel :

29. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise, que M. D présente des troubles érectiles, liés à ses séquelles neurologiques, et subit ainsi un préjudice sexuel. Compte tenu de son âge à la date de consolidation, soit 30 ans, et du taux de perte de chance ci-dessus retenu, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une réparation de 7 000 euros.

En ce qui concerne le préjudice d'agrément :

30. Si M. D expose être désormais dans l'incapacité de pratiquer la course à pied ainsi que la boxe, loisir qu'il indique avoir pratiqué au sein d'un club à raison de deux séances hebdomadaires, il ne produit à cet égard qu'une attestation peu circonstanciée d'un ami pratiquant avec lui, mais aucun justificatif de son club de boxe. Dans ces conditions, ce poste de préjudice sera écarté.

En ce qui concerne le préjudice d'établissement :

31. Il résulte de l'instruction que, en raison des douleurs causées par ses séquelles physiques, de la prise de médicaments qui en découle et de son état d'invalidité, il est difficile pour M. D, qui est célibataire et sans enfant, de nouer de nouvelles relations amoureuses et de fonder un foyer. Dans ces conditions, il y a lieu de lui accorder la somme de 5 000 euros au titre du préjudice d'établissement, soit 3 500 euros après application du taux de perte de chance.

Sur les sommes dues à M. D et à la société Pacifica :

32. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ". Il résulte de ces dispositions que le versement par l'assureur de l'indemnité à laquelle il est tenu en vertu du contrat d'assurance le liant à son assuré le subroge, dès cet instant et à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre le tiers responsable du dommage. Par suite, l'assureur a qualité pour agir et obtenir, s'il l'estime opportun, la réparation du préjudice qu'il a indemnisé. Il lui appartient de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré, au plus tard à la date de clôture de l'instruction.

33. En l'espèce, la société Pacifica intervient à l'instance en qualité de subrogée dans les droits de M. D en application des dispositions du code des assurances. Pour justifier de sa subrogation, elle produit plusieurs quittances subrogatives faisant état du versement à son assuré de la somme totale de 190 055 euros, au titre de l'assistance par une tierce personne, des souffrances endurées, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent, du préjudice d'agrément et de la perte de gains professionnels futurs.

34. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de La Réunion est condamné à verser à M. D une somme totale de 37 677,21 euros en réparation des postes de préjudices pour lesquels il n'avait pas été indemnisé par sa compagnie d'assurance. Pour ces derniers postes de préjudices, la société Pacifica est fondée à obtenir la condamnation du CHU de La Réunion à lui verser la somme totale de 82 271,70 euros.

Sur les sommes dues à la CPAM de l'Orne :

35. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de La Réunion est condamné à verser à la CPAM de l'Orne une somme totale de 47 928,60 euros.

36. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023, il y a lieu d'allouer à la caisse la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

37. La CPAM de l'Orne a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 47 928,60 euros à compter du 23 mai 2022. Elle a demandé la capitalisation de ces intérêts par un mémoire du 19 mai 2023. A cette date, les intérêts étaient dus pour au moins une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Sur les dépens :

38. Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 3 780 euros TTC par ordonnance du 30 juin 2021, sont mis à la charge définitive du CHU de La Réunion.

Sur les frais liés à l'instance :

39. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de le CHU de La Réunion une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et par la société Pacifica et non compris dans les dépens. De même, il y a lieu de mettre à sa charge la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la CPAM de l'Orne et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHU de La Réunion est condamné à payer à M. D la somme de 37 677,21 euros.

Article 2 : Le CHU de La Réunion est condamné à payer à la société Pacifica la somme de 82 271,70 euros.

Article 3 : Le CHU de La Réunion est condamné à payer à la CPAM de l'Orne la somme de 47 928,60 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 23 mai 2022 et capitalisation à compter de cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure, outre le remboursement sur présentation de justificatifs de 70 % des dépenses de santé futures en lien avec son défaut de prise en charge les 27 et 28 novembre 2017.

Article 4 : Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 3 780 euros TTC par ordonnance du 30 juin 2021, sont mis à la charge définitive du CHU de La Réunion.

Article 5 : Le CHU de La Réunion versera à M. D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le CHU de La Réunion versera à la société Pacifica une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le CHU de La Réunion versera à la CPAM de l'Orne une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le CHU de La Réunion versera à la CPAM de l'Orne une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la société Pacifica, au CHU de La Réunion et à la CPAM de l'Orne.

Copie en sera adressée à M. F C, expert.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. DUVANEL

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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