mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200384 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2022 et un mémoire enregistré le 26 mars 2024, Mme H A, Mme C E, Mme G D et Mme F B, représentées par Me Maillot, avocat, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Louis à verser, en conséquence de l'insuffisance des rémunérations versées entre 2014 et 2021, les sommes suivantes, majorées des intérêts légaux et de leur capitalisation ;
- 26 809,04 euros à Mme A ;
- 19 837,57 euros à Mme E ;
- 11 101,48 euros à Mme D ;
- 32 916,64 euros à Mme B ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis le versement à chacune de la somme de 1 098 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur requête est recevable et ne se heurte ni à l'autorité de chose jugée, ni à la prescription quadriennale ;
- la commune a commis une faute en les privant de leurs indemnités à partir de 2014 pour des motifs illégaux et discriminatoires.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, la commune de Saint-Louis, représentée par Me Lomari, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il sout mise à la charge des requérantes une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les prétentions des requérantes se heurtent à l'autorité de chose jugée résultant des décisions de rejet déjà rendues par le tribunal en 2018 et 2019 et à la tardiveté, notamment au regard de la prescription quadriennale, des nouvelles demandes qu'elles ont formulées en 2021 ;
- les requérantes n'ont fait l'objet d'aucune discrimination ;
- le préjudice allégué n'est pas établi.
La requête a été communiquée au Défenseur des droits qui n'a présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- et les observations de Me Maillot, représentant les requérantes.
Considérant ce qui suit :
1. Mmes A, E, D et B, agents de la commune de Saint-Louis, ont adressé à leur employeur, le 15 novembre 2021, une demande indemnitaire qui tendait à l'indemnisation des préjudices subis par elles du fait d'un traitement discriminatoire allégué à l'égard de la privation, depuis 2014, de certains éléments de leur rémunération (IAT, IEMP, NBI) et qui s'appuyait sur une recommandation émise par le Défenseur des droits le 4 février 2021. A la suite du rejet implicite de leur demande, elles ont saisi le tribunal, le 16 mars 2022, pour demander la condamnation de la commune à verser à chacune une indemnité correspondant au montant de rémunération non perçu entre 2014 et 2021. La commune conteste l'existence d'une discrimination et oppose, au préalable, l'autorité de la chose jugée résultant des décisions de justice rendues en 2018 et 2019 à l'égard de Mmes A, E et B, ainsi que la prescription quadriennale.
Sur la situation de Mme A, Mme E et Mme B :
2. Aux termes de l'article 1355 du code civil : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité ". L'autorité de chose jugée dont est revêtu un jugement s'attache à son dispositif et aux points qu'il a tranchés implicitement ou explicitement et qui viennent au soutien de son dispositif.
3. En l'espèce, il résulte des motifs et du dispositif des ordonnances n° 1800013 et n° 1800545 des 31 octobre 2018 et 18 septembre 2019 rendues sur les requêtes de Mme A et de Mme B, ainsi que du jugement n° 1800079 rendu le 16 décembre 2019 sur la requête de Mme E, ces trois décisions de justice étant passées en force de chose jugée, que les décisions de suppression d'IAT, d'IEMP et de NBI prises en 2014 par le maire de Saint-Louis à l'égard de ces trois agents, dans le cadre d'une mesure générale de réduction des dépenses appliquée à un grand nombre d'agents communaux, avaient un objet exclusivement pécuniaire et étaient devenues définitives avant l'introduction des requêtes, avec toutes les conséquences pécuniaires qui en découlaient, ce qui était de nature à rendre irrecevables les demandes indemnitaires fondées sur l'illégalité des décisions intervenues en 2014.
4. Le présent litige soumis au tribunal par Mmes A, E et B, présente une identité de parties au regard de celles concernées par les instances précédemment introduites en 2018. Par ailleurs, les conclusions indemnitaires soumises au tribunal en 2018 avaient pour fondement l'illégalité des décisions de suppression d'indemnités prises par le maire en 2014. De même, les conclusions soumises au tribunal dans le cadre de la présente instance tendent à nouveau à l'octroi d'une indemnité en réparation du préjudice résultant de l'insuffisance de la rémunération perçue depuis 2014 et se fondent, comme précédemment, sur l'illégalité des décisions de 2014, une situation de discrimination étant à nouveau invoquée à l'encontre de ces décisions. Ainsi, l'actuelle demande indemnitaire de Mmes A, E et B se caractérise, alors même qu'est désormais invoquée la recommandation du Défenseur des droits adressée à la commune de Saint-Louis le 4 février 2021 sur la base d'un constat de discrimination, par une identité de parties, d'objet et de cause juridique par rapport aux instances ayant donné lieu aux décisions de justice rendues en 2018 et 2019. Dès lors, l'autorité de la chose jugée s'oppose aux prétentions indemnitaires aujourd'hui exprimées par ces trois personnes.
Sur la situation de Mme D :
5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
6. Le préjudice invoqué par Mme D est lié à l'illégalité de la décision par laquelle le maire de Saint-Louis avait abrogé, à compter du 1er mai 2014, son droit à l'IAT, à l'IEMP et à la NBI. Cette décision du maire en date du 26 mai 2014 avait un objet exclusivement pécuniaire et est devenue définitive, avec toutes les conséquences pécuniaires qui en sont inséparables, à l'issue d'un délai de deux mois suivant la date de sa notification. La requérante ne peut légitimement être regardée comme ayant ignoré l'existence de sa créance à l'époque de la décision. Alors qu'elle pouvait dès cette époque apprécier l'étendue de ses préjudices et former un recours en indemnisation, elle n'est pas fondée à soutenir que le fait générateur de sa créance se situerait à la date de la décision du Défenseur des droits. Dès lors, la commune de Saint-Louis est fondée à opposer la prescription quadriennale à la demande indemnitaire présentée par Mme D le 15 novembre 2021.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A, Mme E, Mme B et Mme D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit des requérantes, qui ont la qualité de partie perdante, ni, dans les circonstances de l'espèce, au profit de la commune de Saint-Louis.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A, Mme E, Mme D et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Louis sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H A, Mme C E, Mme G D, Mme F B et à la commune de Saint-Louis.
Copie en sera adressée au Défenseur des droits et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Aebischer, président,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.
Le rapporteur,
X. MONLAÜ
Le président,
M.-A. AEBISCHER
La greffière,
S. LE CARDIET - BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026