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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200406

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200406

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200406
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLOMARI LAURA-EVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 mars 2022, le 24 mars 2023 et le 3 août 2023, M. A B, représenté par Me Maillot, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Saint-Louis, ou à défaut, la région Réunion, à lui verser la somme de 10 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis consécutivement à sa chute sur un regard ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis une somme de 1 640,50 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de la commune de Saint-Louis, ou, à défaut de la région Réunion, doit être engagée en raison du défaut d'entretien normal de la voirie et d'un regard ;

- il a subi un préjudice physique qui doit être évalué à la somme de 5 000 euros ;

- il a subi un préjudice moral en raison des souffrances endurées qui doit être évalué à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, la commune de Saint-Louis, représentée par Me Lomari, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa responsabilité ne peut être engagée, dès lors que l'entretien de la voirie incombe à la région Réunion, et que la compétence assainissement est dévolue à la communauté intercommunale des villes solidaires (CIVIS) ;

- aucun défaut d'entretien normal du regard n'est démontré ;

- la réalité de la chute et son lien de causalité avec le regard ne sont pas démontrés ;

- le préjudice physique et le préjudice esthétique ne sont pas établis ;

- les souffrances endurées ne sont pas établies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2023, la société mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL) Assurances, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre la commune de Saint-Louis, alors que la gestion de la voirie incombe à la région Réunion et que la compétence eaux pluviales/assainissement est exercée par la CIVIS ;

- la réalité de la chute et son lien de causalité avec le regard ne sont pas démontrés ;

- aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage n'est imputable à la commune ;

- la victime a commis une faute en manquant de vigilance ;

- le préjudice physique n'est pas établi ;

- les souffrances endurées ne sont pas établies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, la région Réunion, représentée par Me Lafay, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que M. B n'a pas introduit de recours contentieux distinct pour demander l'engagement de la responsabilité de la région ;

- elle est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre la région, alors que seule la responsabilité de la commune de Saint-Louis, ou, à défaut, celle de la CIVIS, peuvent être recherchées ;

- la matérialité de la chute et son lien de causalité avec le regard ne sont pas démontrés ;

- le regard litigieux faisait l'objet d'un entretien régulier, de sorte qu'aucun défaut d'entretien normal n'est démontré ;

- son préjudice physique et son préjudice moral ne sont pas démontrés.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 12 juillet 2022, la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion (CGSSR) demande au tribunal de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis la somme de 513,55 euros, au titre des prestations versées à son assuré social, et celle de 171,18 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Un mémoire a été enregistré pour M. B le 9 février 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2007-424 du 23 mars 2007 relatif au transfert de l'ensemble du réseau des routes nationales de la Réunion de l'ancienne entité " DDE " au Conseil Régional de La Réunion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Maillot, représentant M. B ;

- les observations de Me Lomari, représentant la commune de Saint-Louis ;

- et les observations de Me Herlin, représentant la SMACL Assurances.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B fait valoir qu'il a chuté, le 11 novembre 2019, du fait d'un regard mal fixé situé sur la route nationale n°5 (RN5) à Saint-Louis. Par un courrier reçu le 25 novembre 2021, M. B a demandé à la commune de Saint-Louis de l'indemniser des préjudices subis. La commune n'a pas répondu à ce courrier. Par un courrier du 11 mars 2023, l'intéressé a demandé à la région Réunion de l'indemniser de ses préjudices. La région Réunion a rejeté cette demande par un courrier du 30 mai 2023. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Louis, ou à défaut, la région Réunion, à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis en raison d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public constitué par la RN5.

Sur la responsabilité :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage causé par un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. En l'espèce, M. B fait valoir qu'il a chuté à cause d'un regard voilé sur le trottoir de la RN5. Toutefois, les éléments produits par M. B, à savoir deux certificats médicaux indiquant seulement qu'il a été victime d'un " accident de la voie publique en tant que piéton " le 11 novembre 2019 vers 19h, sans indiquer le lieu de l'accident, et une audition de gendarmerie d'un agent de la commune de Saint-Louis qui ne mentionne pas le nom du requérant et qui se borne à reconnaître qu'un regard était voilé sur la RN5, ne permettent pas d'établir l'existence d'un lien de causalité entre sa chute et ledit regard, alors que ce lien de causalité est par ailleurs contesté en défense. En outre, M. B est très imprécis sur les circonstances de sa chute et ne produit aucun témoignage ni aucune photographie permettant d'apprécier la configuration des lieux et la possibilité d'une chute causée par ce regard. Dans ces conditions, M. B n'établit pas l'existence d'un lien de causalité entre sa chute et l'ouvrage public.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ni sur la personne publique responsable, que les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées par la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Louis, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme globale de 1 500 euros à verser à parts égales à la commune de Saint-Louis, à la SMACL et à la région Réunion.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Saint-Louis une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. B versera à la SMACL une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : M. B versera à la région Réunion une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions présentées par la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Saint-Louis, à la région Réunion, à la société mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL) et à la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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