mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200418 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | Atéléia Société d'Avocats |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars et 16 décembre 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) CISE Reunion, représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière des entreprises mises à sa charge au titre des années 2016, 2017 et 2018 dans le rôle des communes de Saint-Benoît, Bras-Panon, Les Avirons, Salazie, Saint-André, Sainte-Suzanne, Sainte-Marie, Saint-Denis, Trois Bassins et Saint-Leu à raison des bâtiments et terrains qu'elle exploite dans le cadre des contrats d'affermage pour son activité de traitement des eaux usées et de production et distribution d'eau ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision de rejet de sa réclamation préalable est insuffisamment motivée ;
- les éléments pris en compte par l'administration fiscale pour apprécier la valeur locative des biens qu'elle exploite sont approximatifs et ne peuvent donc justifier les rectifications litigieuses ;
- d'une part, les données transmises par les trois communes sont insuffisantes ;
- d'autre part, le montant du coût des constructions mentionné dans les documents transmis par ces communes intègre des éléments qui ne sont pas passibles de taxe foncière ;
- enfin, l'approche retenue par le service, qui ne justifie pas l'application de l'abattement de 50 % sur la base imposable ne permet pas de tenir compte de l'état de vétusté des installations affermées ;
- la méthode de calcul utilisée par l'administration fiscale n'est pas adaptée dès lors que le service, qui aurait dû se référer à des immeubles de nature comparable, en application du paragraphe n° 430 de la doctrine administrative publiée le 10 décembre 2012 au bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-TF-TFB-20-10-30-30, s'est abstenu de consulter les communes voisines ayant délégué la gestion de leurs eaux à des sociétés concurrentes ;
- la valeur vénale retenue forfaitairement pour les postes de relevage est infondée ;
- les valeurs au m3 pour les réservoirs, qui varient très fortement, de 381 à 706 euros, ne permettent pas de justifier le caractère adapté de la valeur moyenne retenue ;
- l'unité de mesure en m² retenue pour déterminer le coût de revient moyen des stations d'épuration et des postes de relevage n'est pas adéquate dès lors que ces installations se distinguent par un débit mesuré en m3.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, la direction régionale de contrôle fiscal Sud-Est-Outre-Mer conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) CISE Reunion, qui exerce une activité de traitement des eaux usées et de production et distribution d'eau sur l'île de La Réunion, a obtenu l'exploitation par contrats d'affermage d'équipements de traitement des eaux usées et de production et distribution d'eau appartenant à des communes de l'île de La Réunion. Estimant que certains des éléments fonciers mis à sa disposition par l'intermédiaire de contrats d'affermage par certaines communes de l'île de La Réunion étaient passibles de l'impôt, le service vérificateur a notifié à la société CISE Réunion des rectifications en matière de cotisation foncière des entreprises pour les années 2016, 2017 et 2018. Par une réclamation du 28 décembre 2020, la société CISE Réunion a sollicité le dégrèvement des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 18 janvier 2022. Par la présente requête, elle demande la réduction des cotisations de taxe foncière des entreprises ainsi mises à sa charge.
2. Les irrégularités susceptibles d'entacher la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation, décision postérieure à la mise en recouvrement, sont sans influence sur la régularité et le bien-fondé des impositions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 18 janvier 2022 de rejet de la réclamation préalable formée par la société CISE Reunion doit être écarté comme inopérant.
Sur les dispositions applicables :
3. D'une part, aux termes de l'article 1447-0 du code général des impôts : " Il est institué une contribution économique territoriale composée d'une cotisation foncière des entreprises et d'une cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises ". L'article 1467 du même code précise : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période () / La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe () ". D'autre part, aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties () est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte ".
En ce qui concerne la cotisation foncière des entreprises pour l'année 2016 :
4. Aux termes de l'article 1498 code général des impôts, dans sa version applicable aux impôts de l'année 2016 : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : / 1° Pour les biens donnés en location à des conditions de prix normales, la valeur locative est celle qui ressort de cette location ; / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / Soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date, / Soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales ; / 3° A défaut de ces bases, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe ". Aux termes de l'article 1499 de ce code : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Et aux termes du II. de l'article 1500 du même code : " Les bâtiments et terrains industriels sont évalués : / 1° selon les règles fixées à l'article 1499 lorsqu'ils figurent à l'actif du bilan de leur propriétaire ou de leur exploitant, et que celui-ci est soumis aux obligations définies à l'article 53 A ; / 2° Selon les règles prévues à l'article 1499, lorsqu'ils figurent à l'actif du bilan d'une entreprise qui a pour principale activité la location de ces biens industriels ; / 3° Selon les règles fixées à l'article 1498, lorsque les conditions prévues aux 1° et 2° du présent article ne sont pas satisfaites. ". L'article 333 A de l'annexe II au CGI a fixé la date de référence de la dernière révision générale des opérations foncières au 1er janvier 1975 à La Réunion.
5. Aux termes de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 : " I. - Les conditions de la révision des valeurs locatives des propriétés bâties mentionnées à l'article 1498 du code général des impôts () retenues pour l'assiette des impositions directes locales et de leurs taxes additionnelles sont fixées par le présent article. / La valeur locative des propriétés bâties mentionnées au premier alinéa est déterminée à la date de référence du 1er janvier 2013. () / II. - () Les propriétés mentionnées au I sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, les propriétés sont, le cas échéant, classées par catégories, en fonction de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. / III. - La valeur locative des propriétés bâties mentionnées au I est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au B du IV à la surface pondérée du local définie au V ou, à défaut de tarif, par la voie d'appréciation directe mentionnée au VI. / VI. - () / B. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés à la date de référence mentionnée au I pour l'entrée en vigueur de la révision et au second alinéa du X pour les années suivantes. () / Lorsque le IV n'est pas applicable, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe en appliquant un taux de 8 % à la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété au sens du I, telle qu'elle serait constatée à la date de référence définie au B du IV si cette propriété ou fraction de propriété était libre de toute location ou occupation. / A défaut, la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété au sens du I est déterminée en ajoutant à la valeur vénale du terrain, estimée à la date de référence par comparaison avec celle qui ressort de transactions relatives à des terrains à bâtir situés dans une zone comparable, la valeur de reconstruction à la date de référence de la propriété. / La valeur locative mentionnée au premier alinéa du présent VI est réduite de moitié pour tenir compte de l'impact de l'affectation de la propriété ou fraction de propriété au sens du I, partielle ou totale, à un service public ou d'utilité générale. ".
6. Et aux termes de l'article 324 AB de l'annexe III au code général des impôts : " Lorsque les autres moyens font défaut, il est procédé à l'évaluation directe de l'immeuble en appliquant un taux d'intérêt à sa valeur vénale, telle qu'elle serait constatée à la date de référence si l'immeuble était libre de toute location ou occupation. / Le taux d'intérêt susvisé est fixé en fonction du taux des placements immobiliers constatés dans la région à la date de référence pour des immeubles similaires ". Enfin aux termes de l'article 324 AC de l'annexe III au code général des impôts : " En l'absence d'acte et de toute autre donnée récente faisant apparaître une estimation de l'immeuble à évaluer susceptible d'être retenue, sa valeur vénale à la date de référence est appréciée d'après la valeur vénale d'autres immeubles d'une nature comparable ayant fait l'objet de transactions récentes, situés dans la commune même ou dans une localité présentant du point de vue économique une situation analogue à celle de la commune en cause. / La valeur vénale d'un immeuble peut également être obtenue en ajoutant à la valeur vénale du terrain, estimé par comparaison avec celle qui ressort de transactions récentes relatives à des terrains à bâtir situés dans une commune comparable, la valeur de reconstruction au 1er janvier 1970 dudit immeuble, réduite pour tenir compte, d'une part de la dépréciation immédiate et, d'autre part, du degré de vétusté de l'immeuble et de son état d'entretien, ainsi que de la nature, de l'importance, de l'affectation et de la situation de ce bien. ".
7. Pour reconstituer la valeur du bien à la date de référence du 1er janvier 1975, en vertu du 3° de l'article 1498 du code général des impôts, l'administration doit procéder selon l'une des méthodes prévues à l'article 324 AC précité de l'annexe III au code général des impôts. Ces dispositions n'excluent toutefois pas qu'en l'absence d'acte ou de toute autre donnée récente faisant apparaître une estimation de l'immeuble à évaluer susceptible d'être retenue, l'administration se réfère à des transactions portant sur des immeubles de nature comparable et dont la date est la plus proche possible du 1er janvier 1975. Pour reconstituer la valeur vénale de l'immeuble ainsi retenue à la date du 1er janvier 1975, il lui appartient, sous le contrôle du juge, d'appliquer à la base ainsi déterminée, tout indice ou combinaison d'indices propres à retracer au mieux la variation de la valeur vénale entre la date de cette transaction et le 1er janvier 1975.
En ce qui concerne la cotisation foncière des entreprises pour les années 2017 et 2018 :
8. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts, dans sa version applicable aux impôts de l'année 2017 et 2018, codifiant les dispositions précitées de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. / II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. () / III. - A. - La valeur locative des propriétés ou des fractions de propriété qui présentent des caractéristiques exceptionnelles est déterminée en appliquant un taux de 8 % à la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété, telle qu'elle serait constatée si elle était libre de toute location ou occupation à la date de référence définie au B du présent III. / A défaut, la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété est déterminée en ajoutant à la valeur vénale du terrain, estimée à la date de référence par comparaison avec celle qui ressort de transactions relatives à des terrains à bâtir situés dans une zone comparable, la valeur de reconstruction de la propriété à la date de référence. / La valeur locative mentionnée au premier alinéa du présent A est réduite de moitié pour tenir compte de l'impact de l'affectation de la propriété ou fraction de propriété, partielle ou totale, à un service public ou d'utilité générale. / B. - La valeur locative des propriétés et fractions de propriétés mentionnées au A du présent III est déterminée au 1er janvier 2013 ou, pour celles créées après le 1er janvier 2017, au 1er janvier de l'année de leur création. " Aux termes de l'article 1499 de ce code : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Et aux termes du II. de l'article 1500 du même code : " Les bâtiments et terrains industriels sont évalués : / 1° selon les règles fixées à l'article 1499 lorsqu'ils figurent à l'actif du bilan de leur propriétaire ou de leur exploitant, et que celui-ci est soumis aux obligations définies à l'article 53 A ; / 2° Selon les règles prévues à l'article 1499, lorsqu'ils figurent à l'actif du bilan d'une entreprise qui a pour principale activité la location de ces biens industriels ; / 3° Selon les règles fixées à l'article 1498, lorsque les conditions prévues aux 1° et 2° du présent article ne sont pas satisfaites ou lorsque les dispositions de l'article 1499-00 A sont applicables. ".
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne la base de la cotisation foncière des entreprises :
9. Pour déterminer la valeur locative des biens exploités par la société CISE Réunion, l'administration fiscale a recouru à la méthode d'évaluation directe prévue par les dispositions du 3° de l'article 1498 du code général des impôts. La société requérante, qui ne conteste pas le choix de la méthode d'évaluation directe, soutient que les éléments pris en compte par l'administration fiscale pour apprécier la valeur locative des biens qu'elle exploite sont approximatifs et ne peuvent donc justifier les rectifications litigieuses.
Quant à l'ensemble des impositions en litige :
10. En premier lieu, la société requérante fait valoir que les données transmises par les trois communes sont insuffisantes pour déterminer la valeur locative des biens. En l'occurrence, en l'absence d'imposition à la cotisation foncière des entreprises des installations affermées et de tout élément permettant leur estimation, le service a sollicité, par le biais de son droit de communication, l'ensemble des communes ayant délégué la gestion de l'eau à la société CISE Réunion afin de déterminer la valeur vénale de ces biens. Il résulte de l'instruction que seules les communes de Saint-Benoit, Bras Panon et Les Avirons ont transmis des documents relatifs à trois réservoirs d'eau et à deux stations d'épuration, lesquels ont été communiqués à la requérante le 24 juin 2019. En outre, la société requérante, qui a été invitée par le service à fournir tout élément de comparaison ou toute information en sa possession, n'a produit aucun élément permettant de déterminer la valeur vénale de ces biens, alors qu'il est constant qu'elle est détenue par la SAS SAUR, laquelle dispose pourtant de plus de 4 600 usines de production et de traitement des eaux usés d'après son site internet. Dès lors, à défaut d'éléments supplémentaires malgré les sollicitations du service, l'administration a pu se fonder sur les données des trois communes précitées pour estimer la valeur vénale des biens affermés.
11. En deuxième lieu, l'article 1382 du code général des impôt prévoit que : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 ". Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties, en application des dispositions précitées du 11º de l'article 1382 du code général des impôts, et doivent, par suite, être exclus des bases imposables à la cotisation foncière des entreprises, les biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel.
12. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
13. La société CISE Réunion fait valoir qu'en retenant le montant total du coût des constructions mentionné dans les documents transmis par les communes, l'administration a augmenté artificiellement la base d'imposition en y intégrant des outillages et biens d'équipements spécialisés qui sont pourtant exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en application des dispositions précitées du 11° de l'article 1382 du code général des impôts. Toutefois, elle ne produit aucun élément permettant de démontrer que les outillages et autres moyens matériels d'exploitation des établissements industriels dont elle dispose entrent dans le champ de l'exclusion de taxe foncière sur les propriétés bâties visée par les dispositions précitées. Dès lors, au regard des éléments dont elle disposait, l'administration fiscale était fondée à apprécier la valeur vénale des biens affermés en ne tenant pas compte des éléments ne devant pas être inclus dans le calcul de la base de la cotisation foncière des entreprises.
14. En troisième lieu, si la société CISE Réunion fait valoir que l'application d'un abattement de 50 % sur la base imposable n'est pas justifiée par le service, il résulte des dispositions citées au point 4 du présent jugement du VI de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, codifiées à l'article 1498 du code général des impôts depuis le 1er janvier 2018, qu'un tel abattement s'applique aux immeubles affectés, en partie ou en totalité, à un service public ou d'utilité générale tels que les installations confiées en affermage à la société requérante.
Quant à la cotisation foncière des entreprises pour l'année 2016 :
15. Si la société requérante soutient que le service ne tient pas compte de l'état de vétusté des installations affermées qui ont été construites il y a longtemps, comme le prévoient les dispositions de l'article 324 AC de l'annexe III au code général des impôts citées au point 5 du présent jugement, il résulte de l'instruction que le service a apprécié la valeur vénale moyenne des installations en litige à partir d'éléments transmis par les communes ayant répondu à ses sollicitations datant de 2004, 2009, 2011 et 2017. Ainsi, la méthode d'appréciation utilisée par l'administration a nécessairement pris en compte l'ancienneté des équipements. En outre, il est constant que les contrats d'affermage liant la société aux trois communes précitées lui imposent d'entretenir les installations mises à sa disposition et de réaliser tous les travaux nécessaires au respect de cette obligation. Dès lors, la société CISE Réunion n'est pas fondée à soutenir que l'état de vétusté des installations n'aurait pas été pris en compte par le service.
En ce qui concerne la méthode de calcul :
Quant à la cotisation foncière des entreprises pour l'année 2016 :
16. En vertu des dispositions combinées de l'annexe III au code général des impôts citées au point 5 du présent jugement et 333 A de l'annexe II au même code, la valeur vénale des immeubles domiciliés à La Réunion évalués par voie d'appréciation directe doit d'abord être déterminée en utilisant les données figurant dans les différents actes constituant l'origine de la propriété de l'immeuble si ces données, qui peuvent résulter notamment d'actes de cession, de déclarations de succession, d'apports en société ou, s'agissant d'immeubles qui n'étaient pas construits en 1975, de leur valeur lors de leur première inscription au bilan, ont une date la plus proche possible de la date de référence du 1er janvier 1975. Si ces données ne peuvent être regardées comme pertinentes du fait qu'elles présenteraient une trop grande antériorité ou postériorité par rapport à cette date, il incombe à l'administration fiscale de proposer des évaluations fondées sur les deux autres méthodes prévues à l'article 324 AC, en retenant des transactions qui peuvent être postérieures ou antérieures aux actes ou au bilan mentionnés ci-dessus dès lors qu'elles ont été conclues à une date plus proche du 1er janvier 1975. Ce n'est que si l'administration n'est pas à même de proposer des éléments de calcul fondés sur l'une ou l'autre de ces méthodes et si le contribuable n'est pas davantage en mesure de fournir ces éléments de comparaison qu'il y a lieu de retenir, pour le calcul de la valeur locative, les données figurant dans les actes constituant l'origine de la propriété du bien ou, le cas échéant, dans son bilan.
17. La société CISE Réunion soutient que le service aurait dû consulter les communes voisines ayant délégué la gestion de leurs eaux à des sociétés concurrentes. En l'occurrence, les données propres aux installations affermées en litige ont une date très postérieure au 1er janvier 1975. Il résulte de l'instruction qu'aucun terme de comparaison à une date plus proche de la date de référence n'a pu être trouvé par le service, la société requérante ne produisant en outre aucun élément de nature à remettre en cause l'absence de transactions sur des biens comparables à une telle date. Ainsi, le service était fondé à reconstituer la valeur vénale des installations à partir du rapport entre l'indice INSEE du coût de la construction au 1er janvier 1975 et l'indice INSEE du coût de la construction à la date de construction des installations, bien qu'elles soient très postérieures à la date de référence.
Quant à l'ensemble des impositions en litige :
18. Si la société CISE Réunion fait valoir que la valeur vénale retenue forfaitairement pour les postes de relevage est infondée, elle ne produit aucun élément au soutien de ses allégations. En outre, la circonstance que les valeurs retenues par l'administration pour les réservoirs d'eau varient très fortement s'explique par les différences de montant hors taxe des factures transmises relatives à ces équipements ainsi que par leur volume respectif. Si la société requérante critique également l'utilisation par le service du m² en tant qu'unité de mesure pour déterminer la valeur vénale des stations d'épuration et des postes de relevage plutôt que le m3, il n'est pas contesté que l'administration ne disposait pas des données techniques relatives au fonctionnement de ces équipement permettant de retenir une autre unité de mesure, la société CISE Réunion n'ayant par ailleurs fourni aucun document lui permettant d'affiner son estimation de leur valeur vénale. Par ailleurs, si la société requérante s'est effectivement acquittée de la contribution foncière des entreprises sur plusieurs communes concernées par les rôles supplémentaires en litige, il est constant que la liste des équipements exploités dans le cadre de son activité de traitement des eaux usées et de production et distribution d'eau sur l'île de La Réunion et transmise au service a fait apparaître que certains biens affermés n'étaient pas imposés. Dans ces conditions, la société requérante ne critique pas utilement la méthode de calcul mise en œuvre par l'administration pour déterminer la valeur vénale des installations en litige.
Sur l'interprétation administrative de loi fiscale :
19. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".
20. La société CISE Réunion n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement des dispositions précitées, des énonciations du paragraphe n° 430 de la doctrine administrative publiée le 10 décembre 2012 au bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-TF-TFB-20-10-30-30 dès lors que ces extraits ne font pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de réduction des impositions en litige présentées par la société CISE Réunion ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société CISE Réunion est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée (SASU) CISE Réunion et à l'administratrice générale des finances publiques de la direction régionale du contrôle fiscal Sud-Est-Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller.
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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03/08/2026