LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200534

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200534

samedi 29 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200534
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE BARRE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 avril 2021 et 27 septembre 2022 sous le n° 2100524, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) devenue la société Relyens Mutual Insurance, représentée par Me Budet, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 46 émis le 25 janvier 2021 par le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) d'un montant de 36 183,77 euros ;

2°) de la décharger l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'incompétence ;

- il n'indique pas les bases de liquidation ;

- il est mal fondé, dès lors que le manquement à l'obligation d'information n'a pas causé de perte de chance à M. B en raison de l'absence d'alternative thérapeutique ;

- les sommes demandées au titre l'assistance par une tierce personne, les dépenses de santé actuelle et les pertes de gains professionnels ne sont pas justifiées ;

- les conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à sa condamnation au paiement de la somme de 36 183,77 euros sont irrecevables.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juillet 2021 et 6 octobre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête de la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la SHAM soit condamnée au versement de la somme de 36 183,77 euros ;

3°) en toute hypothèse, à la condamnation de la SHAM au paiement des intérêts au taux légal à compter du 26 février 2021 et leur capitalisation, au versement d'une pénalité de 5 247,60 euros sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique et d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) à ce que la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion soit appelée à la cause.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés ;

- il a droit au versement de la pénalité de 15% prévue par l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;

- le titre exécutoire a été reçu le 26 février 2021 de telle sorte qu'il a droit aux intérêts au taux légal à compter de cette date.

II. Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 avril et 16 novembre 2022 et 11 avril 2024 sous le n° 2200534, la caisse générale de la sécurité sociale (CGSS) de La Réunion (CGSSR), représentée par Me Barre, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion à lui verser une somme de 623 642,94 euros, avec intérêts au taux légal, au titre de la prise en charge de M. B ;

2°) de mettre à la charge du CHU de La Réunion l'indemnité forfaitaire de gestion ainsi que la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle a déboursé la somme de 623 642,94 euros au titre de la prise en charge de son assuré social, M. B.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 octobre 2022 et 29 février et 17 avril 2024, le centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion, représenté par Me Budet, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les demandes présentées par la CGSS ne sont pas fondées en l'absence de faute commise par le CHU de La Réunion dans la prise en charge de M. B ;

- en tout état de cause, les demandes ne sont pas justifiées et le taux de perte de chance ne pourra pas être supérieur à 50% ;

- en tout état de cause, le CHU de La Réunion refuse d'être condamné au paiement d'une somme en capital s'agissant des préjudices futurs.

III. Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 août 2022 et 15 mars 2024 sous le n°2201007, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) devenue la société Relyens Mutual Insurance, représentée par Me Budet, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 594 émis le 3 mai 2022 par le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) d'un montant de 84 959 euros ;

2°) de la décharger l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'incompétence ;

- il n'indique pas les bases de liquidation ;

- il est mal fondé, dès lors que le manquement à l'obligation d'information n'a pas causé de perte de chance à M. B en raison de l'absence d'alternative thérapeutique ;

- les sommes demandées ne sont pas justifiées ;

- les conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à sa condamnation au paiement de la somme de 84 959 euros sont irrecevables.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 novembre 2022 et 3 avril 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête de la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la SHAM soit condamnée au versement de la somme de 84 959 euros ;

3°) en toute hypothèse, à la condamnation de la SHAM au paiement des intérêts au taux légal à compter du 24 juin 2022 et leur capitalisation, au versement d'une pénalité de 12 743,85 euros sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique et d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) à ce que la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion soit appelée à la cause.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés ;

- il a droit au versement de la pénalité de 15% prévue par l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;

- le titre exécutoire a été reçu le 24 juin 2022 de telle sorte qu'elle a droit aux intérêts au taux légal à compter de cette date.

IV. Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 août 2022, 15 mars et 16 avril 2024 sous le n°2201009, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) devenue la société Relyens Mutual Insurance, représentée par Me Budet, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 755 émis le 31 mai 2022 par le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) d'un montant de 677 170,46 euros ;

2°) de la décharger l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'incompétence ;

- il n'indique pas les bases de liquidation ;

- il est mal fondé, dès lors que le manquement à l'obligation d'information n'a pas causé de perte de chance à M. B en raison de l'absence d'alternative thérapeutique ;

- les sommes demandées ne sont pas justifiées ;

- les conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à sa condamnation au paiement de la somme de 677 170,46 euros sont irrecevables.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 novembre 2022 et 3 avril 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête de la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la SHAM soit condamnée au versement de la somme de 677 170,46 euros ;

3°) en toute hypothèse, à la condamnation de la SHAM au paiement des intérêts au taux légal à compter du 20 juillet 2022 et leur capitalisation, au versement d'une pénalité de 101 575,57 euros sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique et d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) à ce que la caisse générale de sécurité sociale de La Réunion soit appelée à la cause.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés ;

- il a droit au versement de la pénalité de 15% prévue par l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;

- le titre exécutoire a été reçu le 20 juillet 2022 de telle sorte qu'elle a droit aux intérêts au taux légal à compter de cette date.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public ;

- les observations de Me Bellanger substituant Me Budet, représentant de la société Relyens Mutual Insurance et le CHU de La Réunion ;

- et les observations de Me Barre représentant la CGSSR.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / Dans ce cas, les dispositions de l'article L. 1142-14, relatives notamment à l'offre d'indemnisation et au paiement des indemnités, s'appliquent à l'office, selon des modalités déterminées par décret en Conseil d'Etat. / L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime, ou ses ayants droit, en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur ou, le cas échéant, au fonds institué au même article L. 426-1 du code des assurances ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis. "

2. Par trois titres exécutoires n° 46, 594 et 755 émis les 25 janvier 2021, 3 mai et 31 mai 2022, le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) a mis à la charge de la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), devenue en cours d'instance la société Relyens Mutual Insurance, les sommes de 36 183,77 euros, 84 959 euros et 677 170,46 euros correspondant à celles qu'il a versées à M. A B dans le cadre de transactions réalisées sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. Par les requêtes n° 2100524, 2201007 et 2201009, la SHAM demande au tribunal d'annuler ces titres exécutoires et de la décharger de l'obligation de payer en résultant.

3. Par une requête n° 2200534, la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion (CGSSR), auprès de laquelle M. B est affilié, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion, dont l'assureur est la SHAM, à lui verser la somme de 623 642,94 euros au titre des frais et débours qu'elle a exposés pour le compte de son assuré social.

Sur la jonction :

4. Les requêtes n° 2100524, 2200534, 2201007 et 2201009 ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

5. Aux termes de l'article L. 1111-2 code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

7. M. B, né en 1988, a été traité à l'âge d'un an pour cure de sarcome prostatique par chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie. A compter du mois de juin 2014, il s'est plaint de dysurie. Le 17 août 2014, il a été pris en charge au CHU de La Réunion pour une rétention aigüe des urines. Compte tenu de l'impossibilité de procéder à un sondage urinaire, il lui a été posé un cathéter sus-pubien pour évacuer les urines. Une fibroscopie a été réalisée le 20 août 2014 et a révélé une sclérose très importante de l'urètre prostatique avec un col complètement fermé. Le 22 août 2014 une urétrotomie interne a été pratiquée sous endoscopie. Compte tenu du retour d'une dysurie sévère et des douleurs importantes liées à la sclérose, une nouvelle fibroscopie a été réalisée le 1er octobre 2014, ainsi qu'une endoscopie le 14 octobre 2014, montrant une fibrose et une sclérose de l'urètre prostatique et du col vésical. Durant l'endoscopie, effectuée au CHU de La Réunion, le praticien hospitalier a pratiqué une résection transurétrale de la prostate permettant de retirer cinq grammes de tissus. A la suite de l'opération, M. B a présenté des douleurs importantes et a été de nouveau hospitalisé. En janvier 2015, alors qu'il présentait des urines fécales et un syndrome septique, lui a été diagnostiqué une fistule entre le haut rectum et la vessie. Par la suite, il a été pris en charge dans divers hôpitaux de la région parisienne et y a subi plusieurs opérations lourdes notamment en juin, juillet et septembre 2015. A la date du présent jugement M. B conserve de lourdes séquelles des conséquences dommageables liées à cette fistule.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 14 septembre 2018 réalisé à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation de La Réunion, que la fistule entre le haut rectum et la vessie a été causée par la résection transurétrale de la prostate effectuée sous endoscopie le 14 octobre 2014 au CHU de La Réunion. Le rapport d'expertise qualifie les faits d'accident médical non fautif. Il est constant que cette intervention a été réalisée sans que M. B n'ait reçu aucune information préalable, notamment sur le risque de survenue d'une fistule qui s'est effectivement concrétisé. Toutefois, il résulte de l'instruction que le patient, alors âgé de 26 ans, sportif confirmé et ancien militaire, souffrait depuis trois à quatre mois d'une dysurie sévère causée par une sténose douloureuse impliquant la mise en place d'un traitement morphinique. A la date de l'opération litigieuse, le patient, qui n'avait pas pu être sondé, avait déjà subi des traitements par la pose d'un cathéter sus-pubien et une urétrotomie interne par endoscopie. Ces traitements n'ont pas permis de traiter la sclérose de l'urètre prostatique toujours présente le 14 octobre 2014. Il résulte du rapport d'expertise mentionné précédemment qu'en l'absence de résection transurétrale de la prostate, le patient aurait conservé une fermeture complète de l'urètre. Il résulte de ces mêmes éléments que le sondage urinaire et la pose d'un cathéter sus-pubien, qui présentent en outre des risques infectieux, ne constituent pas des alternatives thérapeutiques à la résection transurétrale de la prostate, dès lors qu'ils ne permettent pas de traiter la sclérose mais seulement de libérer temporairement les urines. Il ne ressort en outre d'aucun élément de l'instruction que la sclérose aurait pu être traitée par une autre technique chirurgicale que celle employée par le CHU de La Réunion. Par ailleurs, s'il résulte du rapport que les experts ont estimé le risque de fistule en cas de résection de la prostate entre 10 et 15%, dans le cas particulier de M. B dont les tissus avaient été endommagés par le traitement radiothérapique subi à l'âge d'un an, il résulte des éléments documentés apportés par la SHAM en défense que ce risque a été surévalué et qu'il était très peu documenté à la date des faits. Enfin, si l'ONIAM soutient que M. B a perdu une chance de prendre d'autres avis sur son état de santé et notamment celui de l'équipe médicale qui l'avait suivie durant son enfance, il résulte de l'instruction que les praticiens du CHU de La Réunion avaient pris attache avec cette équipe de telle sorte qu'ils disposaient de l'ensemble des informations propres à la situation médicale particulière du patient. Dans ces conditions, le manquement de l'établissement à son obligation d'information n'a pas entraîné de perte de chance pour M. B de se soustraire au risque qui s'est réalisé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les titres exécutoires litigieux émis par l'ONIAM doivent être annulés et que la SHAM devenue Relyens Mutual Insurance doit être déchargée de l'obligation de payer en résultant. Par voie de conséquence, l'ensemble des conclusions reconventionnelles et accessoires présentées par l'ONIAM doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions indemnitaires de l'office.

Sur les demandes présentées par la CGSSR :

10. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / () ".

11. Il résulte de qui précède que le CHU de La Réunion n'est pas responsable du dommage causé à M. B. Par suite les conclusions de la CGSSR tendant à sa condamnation au versement d'une somme de 623 642,94 euros, avec intérêts au taux légal, au titre de la prise en charge de M. B ne peuvent être que rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions accessoires relatives au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion et aux frais de justice présentées par la CGSSR doivent être également rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'ONIAM le versement d'une somme unique de 2 500 euros à la SHAM devenue Relyens Mutual Insurance, au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres exécutoires n° 46, 594 et 755 émis les 25 janvier 2021, 3 mai et 31 mai 2022 par le directeur de l'ONIAM sont annulés.

Article 2 : La société Relyens Mutual Insurance est déchargée de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par les titres annulés à l'article 1er.

Article 3 : L'ONIAM versera une somme de 2 500 euros à la société Relyens Mutual Insurance, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La requête n° 2200534 présentée par la CGSSR est rejetée.

Article 5 : L'ensemble des conclusions reconventionnelles et accessoires présentées par l'ONIAM dans les requêtes 2100524, 2201007 et 2201009 doivent être rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Relyens Mutual Insurance, au centre hospitalier universitaire de La Réunion, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et à la caisse générale de la sécurité sociale de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

N° 2100524, 2200534, 2201007, 2201009

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions