mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200546 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DEBORD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 avril 2022 et le 25 juillet 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Marketing direct de l'Océan Indien représentée par Me Gleize demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution de son crédit d'impôt pour un investissement productif outre-mer d'un montant de 279 024 euros au titre de l'exercice 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que ses investissements pour deux types d'activité, l'acquisition de lignes d'impression ainsi que d'un ensemble de composants logiciels, sont éligibles au crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater W du code général des impôts.
Par des mémoires en défense et une pièce complémentaire enregistrés les 25 octobre 2022, 28 octobre 2022 et le 5 avril 2024, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Marketing direct de l'Océan Indien qui exerce des activités d'impression automatisée et éditique ainsi qu'une activité de centre d'appel, a saisi l'administration fiscale le 22 mai 2020 sur le fondement des dispositions de l'article 244 quater W du code général des impôts, d'une demande de remboursement d'un crédit d'impôt d'un montant de 279 024 euros, à raison des investissements pour deux activités, l'acquisition de lignes d'impression et d'un ensemble de composants logiciels exposés au cours de l'année 2019. L'administration fiscale a sollicité par courriel du 29 mai 2020 la production d'éléments supplémentaires, que la société lui a transmis par deux courriels du 26 juin 2020 ainsi qu'un courrier postal du 29 juin 2020. La société a par ailleurs adressé deux courriers au conciliateur fiscal du 28 janvier 2021 et du 26 janvier 2022. Par la présente requête, la société demande au tribunal de lui accorder le remboursement de ce crédit d'impôt.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction, notamment du mémoire en défense de l'administration fiscale, que celle-ci, a, par décision du 26 octobre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, procédé à un dégrèvement d'impôt sur les sociétés d'un montant de 7 449 euros. Le montant dégrevé correspond à la facture liée à l'investissement se rapportant à son activité de centre d'appel, secteur éligible à la défiscalisation, pouvant ouvrir droit au bénéfice du crédit d'impôt. Les conclusions du requérant sont donc devenues, à cet égard, sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fins de remboursement du crédit d'impôt à concurrence de 7 449 euros.
Sur le surplus des conclusions à fins de remboursement du crédit d'impôt :
3. Aux termes de l'article 244 quater W alinéa 1 du code général des impôts ; " Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 duodecies à 44 septdecies, exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34, peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt à raison des investissements productifs neufs qu'elles réalisent dans un département d'outre-mer pour l'exercice d'une activité ne relevant pas de l'un des secteurs énumérés aux a à I du I de l'article 199 undecies B, à l'exception des activités mentionnées au I quater du même article 199 undecies B ". Aux termes de l'article 199 undecies B du code général des impôts, I), i) : " N'ouvrent pas droit à la réduction d'impôt les investissements réalisés, dans les secteurs d'activité suivants : les services fournis aux entreprises, à l'exception de la maintenance, des activités de nettoyage et de conditionnement à façon et des centres d'appel.
4. Il appartient, en principe, au juge de l'impôt, saisi d'un litige dont l'objet est de déterminer si un contribuable peut prétendre à un avantage fiscal, d'apprécier, au vu de l'instruction, si l'intéressé remplit ou non les conditions lui permettant de bénéficier de cet avantage, tel une réduction d'impôt.
5. La SARL Marketing direct de l'Océan Indien sollicite le bénéfice du crédit d'impôt pour son investissement dans des lignes complètes d'impression couleur (dite Bowe) et d'un ensemble de composants logiciels dits " B A ". La requérante fait valoir que l'éditique est un néologisme qui désigne l'ensemble des outils, services et moyens informatiques appliqués à l'édition de documents et qu'il s'agit d'un métier qui fait partie du métier de l'imprimerie, métier qui est lui-même englobé dans l'industrie des arts graphiques. Elle ajoute que ce dernier secteur répond à la définition des activités industrielles, caractérisées par l'importance des moyens mis en œuvre et en conclut qu'il ne fait pas partie de la liste des activités expressément exclues du dispositif du crédit d'impôt en litige. Toutefois, l'administration lui oppose les codes d'activité sous lesquels elle est enregistrée à l'Institut national de la statistique et des sciences économiques (INSEE), et surtout le descriptif d'activité fourni par elle et le détail des investissements réalisés selon lesquels l'activité d'éditique " () propose des services multiples et complets d'impression regroupant : la conception et le traitement de l'information clients, la conception de documents (paramétrage, formatage), l'impression traditionnelle et impression couleur, la mise sous pli automatique ", ainsi que les caractéristiques du système Bowe qui sont mentionnées dans la brochure, qui permet aux clients de supprimer la gestion des documents pré-imprimés et de gérer à distance l'impression et mise sous pli à la demande. Ces éléments, qui permettent de considérer que l'activité de la société requérante ne peut être regardée comme une activité d'imprimerie englobée dans l'industrie des arts graphiques, sont confirmés par la description des activités de la société à l'article 2 de ses statuts dont la dernière mise à jour date du 19 février 2020 et qui mentionne que " La société a pour objet, directement ou indirectement : la création, la conception, la mise en place et l'exploitation des nouvelles techniques informatiques et de communication (N.T.I.C.), le traitement de données pour la gestion informatique de fichiers, et notamment la création, la modification, l'édition et l'annulation de fichiers informatisés, la constitution de bases de données à disposition des clients pour la location d' adresses, le marketing direct et notamment la conception, la réalisation, la rédaction et l'organisation de campagnes de publicité directe, la conception de programmes de télévision sous formes d'émissions ou de films publicitaires pour le télé-achat, toutes activités de routage, d'envois postaux en nombre et de timbrage, ainsi que l'expédition de colis et les affranchissements pour le compte de tiers, la vente par correspondance sur catalogue général en nom propre ou pour le compte de tiers, l'audit et la préconisation en matière d'organisation de sociétés ou de structures de production et de commercialisation quelconques, ainsi qu'en matière de transfert de technologie, toutes opérations industrielles et commerciales se rapportant à : la création, l'acquisition, la location, la prise en location-gérance de tous fonds de commerce, la prise à bail, l'installation, l'exploitation de tous établissements, usines, ateliers, fonds de commerce, se rapportant à l'une ou l'autre des activités spécifiées ci-dessus, la prise, l'acquisition, l'exploitation ou la cession de tous procédés et brevets et droits de propriété intellectuelle concernant lesdites activités, la participation, directe ou indirecte, de la société dans toutes opérations financières, immobilières ou mobilières ou entreprises commerciales ou industrielles pouvant se rattacher à l'objet social ou à tout objet similaire ou connexe". Dans ces conditions, et en l'absence de production par la société des contrats conclus avec ses clients ou de tout autre document de nature à caractériser les prestations réalisées, c'est à bon droit que l'administration a considéré que la société ne pouvait être regardée comme exerçant une activité d'imprimerie englobée dans l'industrie des arts graphiques et ne pouvait donc prétendre valablement au remboursement du crédit d'impôt pour cette activité.
Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :
6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".
7. La SARL Marketing direct de l'Océan Indien doit être regardée comme invoquant, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, l'instruction référencée BOI-BIC-RICI-20- 10-10-40 n° 7, selon laquelle seule l'activité réelle des entreprises doit être prise en compte pour apprécier l'éligibilité à l'aide fiscale, quelle que soit la codification NAF de l'entreprise. Toutefois, la garantie prévue par le premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procède l'administration. Or, la décision refusant d'accorder le crédit d'impôt pour investissements productifs outre-mer ne constitue pas un rehaussement d'imposition. La société requérante ne peut donc utilement se prévaloir de cette interprétation administrative de la loi fiscale.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins de remboursement du crédit d'impôt à concurrence d'un montant de 271 575 euros doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fins de remboursement du crédit d'impôt à hauteur de la somme de 7 449 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Marketing direct de l'Océan indien et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
L. LEBONLa présidente,
A. KHATER
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026