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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200590

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200590

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200590
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL ALQUIER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, M. D A B et Mme C épouse A B, représentés par Me Alquier demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner la compensation d'un rehaussement éventuel avec leur compte courant créditeur, de sorte qu'il ne s'agisse pas d'un revenu taxable ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Ils soutiennent que :

- les dépenses déduites de coaching, de frais d'entretien des locaux, de restauration, de café et de voyages ont été engagées dans l'intérêt de l'exploitation et ne doivent pas être considérées comme des revenus distribués ;

- ils sont fondés à se prévaloir de la réponse ministérielle du 25 janvier 1993 au député Godfrain (AN, p. 286, n° 58282), du paragraphe 110 de l'instruction référencée BOI-BIC-CHG-40-40-20, de la réponse ministérielle au sénateur Authié (Sén. 24 avril 1997, n° 18147), du paragraphe n° 10 de l'instruction référencée BOI-BNC-BASE-40-60-60 et de la réponse ministérielle au député Ollivro (AN, 7 mai 1969, p. 1285, n° 1458).

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques de La Réunion a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon,

- et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- aucune des parties n'étant présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A B et Mme C épouse A B sont associés de la société par actions simplifiée (SAS) Circe investissement, qui exerce une activité de conseil. M. A B en est l'associé majoritaire, à hauteur de 95%, et le dirigeant. La société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos en 2017 et 2018. Dans les suites de cette vérification de comptabilité, M. et Mme A B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel ils ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux au titre des années 2017 et 2018 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers correspondant à ces rehaussements de bénéfices regardés comme revenus distribués. Par une réclamation préalable du 2 novembre 2021, M. et Mme A B ont sollicité le dégrèvement de ces impositions. Cette demande a été rejetée par une décision du 23 mars 2022. Par la présente requête, M. et Mme A B demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2017 et 2018.

Sur les conclusions à fins de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 17 décembre 2020 ainsi que de la réponse aux observations du contribuable du 13 avril 2021, que l'administration fiscale a regardé les charges non admises en déduction du bénéfice imposable de la société Circe investissement au titre des exercices clos en 2017 et 2018 comme des revenus distribués entre les mains de M. et Mme A B.

S'agissant de l'exercice clos en 2017 :

4. Au titre de cet exercice, la société présentant un résultat déficitaire de 60 384 euros qui après contrôle a été ramené à 26 010 euros, l'administration a réintégré le montant de ces distributions aux revenus déclarés par M. et Mme A B considérés comme les bénéficiaires des frais engagés sur le fondement des dispositions de l'article 109, 1, 2° précité au point 2.

5. Pour contester l'imposition entre leurs mains des sommes réputées distribuées par la SAS CIRCE investissement, M. et Mme A B se bornent à soutenir que les dépenses considérées comme injustifiées par l'administration fiscale, comme les dépenses de coaching, les dépenses de frais de l'entretien de leur habitation correspondant aux parties extérieures telles que leur piscine ainsi que les dépenses de restaurant ont été engagées à des fins autres que personnelles sans apporter d'éléments probants à l'appui de leurs allégations. Si pour justifier des dépenses de voyage, M. et Mme A B ont fourni deux factures indiquant une refacturation au client pour des frais de voyage les 31 mars et 30 mai 2017 ainsi qu'une attestation d'un cabinet d'avocat mentionnant trois rendez-vous à Maurice les 11 mars, 29 avril et 5 octobre 2017, ainsi que le fait valoir l'administration, la facturation au client ne précise pas le voyage pris en charge et ne permet pas d'identifier la charge comptabilisée et correspond par ailleurs à un séjour du 27 avril au 2 mai 2017. De plus, concernant la participation au rallye du soleil, leur permettant de convoyer leur navire aux Antilles pour y être loué, les requérants n'ont pas justifié que le surcoût de l'inscription et l'inscription au stage de sécurité n'avaient pas un caractère personnel. Enfin, s'agissant des dépenses de voyage de Mme A B, s'ils soutiennent que cette dernière travaillait effectivement pour la société, ils ne produisent aucun élément probant permettant d'établir la réalité des fonctions exercées. Ainsi, M. et Mme A B, qui ne contestent pas avoir été seuls à pouvoir disposer de ces distributions, ne produisent aucun élément de nature à remettre en cause le montant de ces sommes réputées distribuées entre leurs mains. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a estimé que les sommes correspondant aux charges non admises en déduction du bénéfice imposable de la société Circe investissement au titre de l' exercice clos en 2017 devaient être imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers de M. et Mme A B.

S'agissant de l'exercice clos en 2018 :

6. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que compte tenu du résultat bénéficiaire de la société au titre de cet exercice, les dispositions de l'article 109, 1, 1° précitées au point 2, qui posent une présomption de distribution à l'égard de tous les bénéfices qui ne sont pas investis dans l'entreprise, quelle que soit la forme de la distribution, trouvent à s'appliquer. A cet égard, pour les mêmes raisons qu'exposées au point précédent, les requérants n'apportent aucun élément permettant d'établir que les bénéfices résultant de la réintégration des dépenses évoquées au point précédent sont demeurés investis dans la société. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a estimé que les sommes réintégrées au bénéfice de la SAS Circe investissement devaient être regardées comme des revenus distribués entre les mains de M. et Mme A B.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

7. M. et Mme A B ne sont pas fondés à invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, la réponse ministérielle du 25 janvier 1993 au député Godfrain (AN, p. 286, n° 58282), le paragraphe 110 de l'instruction référencée BOI-BIC-CHG-40-40-20, dans le champ desquels ils n'entrent pas, puisque ces énonciations concernent la déduction des dépenses correspondant au prix des prestations de conseil en réinsertion professionnelle effectuées par des cabinets spécialisés pour le compte d'une entreprise qui envisage le licenciement de certains de ses salariés. Ils ne sont pas davantage fondés à se prévaloir de la réponse ministérielle au sénateur Authié (Sén. 24 avril 1997, n° 18147), du paragraphe n° 10 de l'instruction référencée BOI-BNC-BASE-40-60-60 ou de la réponse ministérielle au député Ollivro (AN, 7 mai 1969, p. 1285, n° 1458) qui, en tout état de cause, ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018.

Sur les autres conclusions :

9. À titre subsidiaire, M. et Mme A B demandent une compensation d'un rehaussement éventuel avec leur compte courant créditeur " de sorte qu'il ne s'agisse pas d'un revenu taxable ". Toutefois, il n'appartient ni à l'administration fiscale ni au juge de l'impôt de décider de faire procéder au paiement de l'imposition supplémentaire des associés par la société, en opérant une compensation avec la créance détenue par ces derniers sur la société en vertu d'un crédit de compte courant. Cette modalité de paiement des impositions supplémentaires mises à la charge des requérants relevant d'une décision de gestion de l'entreprise, ces conclusions à fins de " compensation " ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme A B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, Mme C épouse A B et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller ;

Mme Lebon, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 28 novembre 2024.

La rapporteure,

L. LEBONLa présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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