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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200647

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200647

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200647
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantAVRIL FRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2022, la chambre de commerce et d'industrie de La Réunion (CCIR), représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) de condamner la société à responsabilité limitée (SARL) Martin Dominique à lui payer la somme de 47 440,33 euros au titre des redevances impayées antérieures au 1er septembre 2019 et des taxes foncières dues pour 2018 et 2019, assortie des intérêts au taux légal à compter d'un mois après l'émission de chaque facture ;

2°) de condamner la SARL Martin Dominique à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dommages et intérêts pour résistance abusive ;

3°) de mettre à la charge de la SARL Martin Dominique la somme de 3 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le juge administratif est compétent pour connaître de son action en remboursement de redevances d'occupation du domaine public et de taxes foncières impayées ;

- elle a intérêt à agir pour les créances antérieures au 1er septembre 2019, en vertu du protocole d'accord transactionnel signé avec le territoire de la côte Ouest qui a résilié sa convention de concession de manière anticipée ;

- la société lui est redevable des redevances antérieures au 1er septembre 2019 et des taxes foncières pour 2018 et 2019, arrêtées au 31 août 2019.

Par une lettre du 7 mars 2023, la SARL Martin Dominique a été mise en demeure de présenter ses observations en défense en application de l'article R.612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 11 avril 2023, le président du tribunal a prononcé la clôture de l'instruction au 26 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des impôts ;

- la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Legrand, première conseillère,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Saint-Paul a confié la gestion de son domaine public portuaire et notamment celle du port de plaisance de Saint-Gilles-les-Bains à la chambre de commerce et d'industrie de La Réunion (CCIR) le 26 janvier 1972 pour une durée de 50 ans. Dans ce cadre, la CCIR a notamment procédé à l'édification de locaux dont elle a confié l'exploitation à des entreprises privées au moyen d'autorisations d'occupation du domaine public. La SARL Martin Dominique a bénéficié, par ce biais, de la mise à disposition du local n°42, mais la validité de cette autorisation a expiré le 7 novembre 2013. En application de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, la gestion du domaine public portuaire a été transférée le 1er janvier 2017 de la commune de Saint-Paul à la communauté d'agglomération du Territoire de la côte Ouest (TCO), qui a décidé de résilier la convention de gestion avec la CCIR à effet du 1er septembre 2019. Par une lettre du 9 janvier 2020, le directeur général de la CCIR a demandé à la SARL Martin Dominique de lui verser la somme de 63 054,01 euros au titre des redevances concernant le local occupé. Par la présente requête, la CCIR demande au tribunal de condamner la société à lui verser la somme totale de 47 440,33 euros, correspondant aux redevances impayées antérieures au 1er septembre 2019 et aux taxes foncières dues pour 2018 et 2019.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 7 mars 2023 par le greffe du tribunal, la SARL Martin Dominique n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de 30 jours qui lui été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée au 26 avril 2023. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la requérante.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".

5. Le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à l'occupant qui utilise de manière irrégulière le domaine une indemnité compensant les revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, il doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public. La circonstance que l'occupation en cause serait irrégulière soit du fait qu'elle serait interdite, soit du fait que l'utilisation constatée de celui-ci contreviendrait aux termes de l'autorisation délivrée, n'empêche pas le gestionnaire du domaine de fixer le montant de l'indemnité due par l'occupant irrégulier par référence au montant de la redevance exigible, selon le cas, pour un emplacement similaire ou pour une utilisation procurant des avantages similaires. En outre, le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à l'occupant qui utilise de manière irrégulière le domaine une indemnité compensant la charge financière effectivement exposée résultant de l'application de la fiscalité directe locale.

6. D'autre part, il résulte de l'article 2.4 du protocole d'accord transactionnel conclu le 13 septembre 2021 entre la CCIR et le TCO que " le TCO s'engage à prendre en charge la taxe foncière due sur les installations à compter de cette même date, à savoir au prorata temporis pour l'année 2019 ".

7. Enfin, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

8. En premier lieu, il ressort de l'état de compte client certifié par le directeur financier de la CCIR et non contesté par la SARL Martin Dominique que celle-ci est redevable de la somme de 42 009,33 euros au titre des redevances impayées antérieures au 1er septembre 2019. Il ressort du même état de compte que la taxe foncière de 2018 se monte à 2 741 euros et la taxe foncière pour 2019 à 2 690 euros. Cependant, conformément aux termes du protocole d'accord transactionnel conclu entre la CCIR et le TCO, la société n'est redevable à l'égard de la CCIR que des huit premiers mois de l'année 2019 au titre de la taxe foncière, soit la somme de 1 793,33 euros. Par suite, la SARL Martin Dominique doit être condamnée à verser à la CCIR la somme totale de 46 543,66 euros. Dans la mesure où la demande de paiement formée par la CCIR le 9 janvier 2020 couvrait les seules redevances d'occupation à l'exclusion des taxes foncières, la somme de 42 009,33 euros correspondant aux redevances d'occupation impayées sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 janvier 2020, date de réception par la société de la demande de paiement de la CCIR, tandis que les intérêts de la somme de 4 534,33 correspondant aux impayés de taxes foncières pour 2018 et 2019 ne courront qu'à compter de l'enregistrement de la requête.

9. En second lieu, si la CCIR demande également la condamnation de la SARL Martin Dominique à lui verser la somme de 3 000 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive, elle ne produit, à l'appui de sa demande, aucun élément de nature à justifier de la réalité et de l'importance du préjudice qu'elle invoque. Par suite, la demande indemnitaire présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Martin Dominique la somme de 500 euros à verser à la CCIR sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SARL Martin Dominique est condamnée à verser à la CCIR la somme de 42 009,33 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 janvier 2020.

Article 2 : La SARL Martin Dominique est condamnée à verser à la CCIR la somme de 4 534,33 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 mai 2022.

Article 3 : La SARL Martin Dominique versera à la CCIR la somme de 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Martin Dominique et à la CCIR.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

Mme Legrand, première conseillère,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

I. LEGRAND

Le président,

Ch. BAUZERANDLe greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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